Le devenir à long terme des enfants et des adolescents victimes d'inceste



Jean-Yves Hayez (1)    


L'essentiel de ce texte a été publié dans la revue française Santé mentale, 2011, 156, 34-38.

 ...   914  ...

Introduction

Les faits d'inceste engagent des protagonistes très variés et prennent place dans des contextes relationnels qui le sont tout autant. L'intelligence, le tempérament et la personnalité de base de l'enfant qui les subit sont très variables eux aussi, tout comme le type de prise en charge et les réactions familiale et sociale qui suivent l'éventuelle découverte des faits. Et c'est le jeu et les relations entre tous ces éléments qui, finalement, vont provoquer les éventuelles modifications de la personnalité qui nous occupent ici. Donc, pas de causalité linéaire simple.

Par exemple, un enfant vit dans un contexte d'indifférence et d'absence de protection. Un de ses parents est particulièrement violent, à de nombreuses occasions ; un beau jour, pour exercer sa puissance, il franchit la frontière de l'abus, y prend goût et persévère. Mais le contexte avait déjà forgé chez l'enfant une personnalité triste et soumise. Il va donc se laisser faire passivement, puis, même si l'abus s'arrête, en rester particulièrement affecté : cette désorganisation rémanente est donc bien l'effet de l'ensemble.

 ...   914  ...

Dans cet ensemble, des cliniciens expérimentés peuvent identifier des facteurs de gravité ou de protection qui ont bien des chances d'alourdir ou d'alléger l'impact d'un même fait sexuel, mais il faut se souvenir avec prudence qu'ils ne mettent en évidence que des probabilités : peut-être certaines variables échappent-elle à leur analyse ; peut-être des hasards, des événements de vie heureux ou malheureux vont-ils influencer le cours des remaniements psychologiques ultérieurs. Et puis, il reste cette ultime réalité opérante qu'est la liberté intérieure. En référence à celle-ci, l'ex-victime a un pouvoir certain et limité d'autocréation. Jusqu'à un certain point, elle peut modifier la représentation mentale qu'elle se fait de ce qui lui est arrivé. Elle peut relativiser, dramatiser, travailler sur son angoisse ou sa colère, chercher à retrouver la confiance en soi et à se remettre debout ou accepter de se laisser aller au désespoir !

§ I. Enumération des principaux facteurs de gravité (2)

I. La nature des actes commis et leurs qualifications les plus immédiates :

- Effractions dans le corps, surtout si elles sont brutales, douloureuses, non prévues ou non connues par l'enfant ( l'inverse, ici, n'est pas vrai : de simples attouchements, de simples conversations obscènes peuvent déjà, s'avérer bien délétères )

- Contexte « partouzard » ( auteurs multiples, etc. ) ; exigences perverses inconnues de l'enfant ( le lier ; uriner sur lui, etc. )

- Répétition des actes ; irrégularité et imprévisibilité du moment de leur retour ; récidives inattendues

- Absence de contrôle sur le retour des actes : quand ce n'est pas l'enfant qui sollicite, mais qu'on vient faire pression sur lui ou le forcer.

II. Statut et attitudes de l'auteur : Le plus potentiellement déstructurant, c'est qu'il soit un parent ( ou un grand parent ) de sang, donc censé être un protecteur naturel. Viennent ensuite d'autres membres « de sang » de la famille ( une grande sœur presque adulte (3)  ; un oncle, ... ) Viennent ensuite tous les « grands », sur qui l'enfant se sent d'autant moins de capacité de résistance qu'il est plus jeune ou que leur statut leur donne une autorité morale sur lui ( un beau-père ; un professionnel de l'enfance, etc.)

Quant aux attitudes les plus délétères, citons :

- Un comportement brutal, effrayant, sadique ; les dimensions angoissantes ou culpabilisantes introduites pour que l'enfant garde le secret sur les faits.

 ...   914  ...

- L'absence d'amour, de tendresse ( même immature ) dans les actes commis et dans la « relation » menée avec l'enfant.

- Des mensonges actifs à propos de ce qui se passe, qui dissimulent un égoïsme jouisseur plus qu'une vraie disposition à l'affection (« C'est normal que les pères initient leur fille ; c'est une superbe façon de nous aimer ») : l'enfant est vaguement dupe quelque temps et, en vieillissant, il constate qu'on l'a trompé et qu'il n'était qu'un objet, et il ne pardonne pas.

- Une volonté de posséder et de téléguider toute la vie de l'enfant (« Pense comme moi ; demain, mets tels vêtements et sous-vêtements ( sous-entendu : parce que tu es ma chose ... »)

- Dans un ordre d'idée différent, de grands hédonistes, souvent pervers, ont un réel art de l'initiation érotique « en douce » et peuvent « allumer » définitivement un enfant ou un adolescent, qu'ils prennent vraiment comme partenaires de leurs investissements et découvertes érotiques ou/et comme un terreau vierge à initier au plaisir.

III. Inconsistance ou défection de l'entourage non abuseur : L'enfant baigne ici dans la solitude ou une certaine indifférence, ou est prié de ne pas déranger les a priori naïfs ou confortables de ces personnes qui gravitent autour de l'abuseur.

 ...   914  ...

Le plus grave, c'est quand il constate que les perches qu'il tend pour évoquer l'abus ne sont pas reçues. C'est quand il se sent abandonné de tous ( ses frères savent, mais ne font rien pour lui ) Ou encore, quand il a l'impression, vraie ou fausse, d'être sacrifié en tout ou en partie dans l'aventure, pour le confort psychologique de son entourage.

IV. La réalité et l'impact de la traumatisation secondaire sont bien connus des professionnels : l'ensemble de ses composantes peut être plus désorganisateur que l'inceste qu'on a stoppé. Cette traumatisation peut émaner de son environnement quotidien. Par exemple, une partie de l'entourage familial ne le croit pas, l'accuse d'avoir été provocateur ; le fiancé s'enfuit lorsque la jeune fille se hasarde enfin à lui raconter ce qu'elle a subi, etc.

Plus souvent encore ce sont les imperfections des professionnels censés aider qui malmènent l'enfant, jusqu'à cette issue assez fréquente où la Justice classe indûment sans suite ou innocente de vrais agresseurs. Découverte lente et douloureuse, inattendue, injuste qui le persuade plus ou moins définitivement qu'il ne vaut rien ou qu'il n'y a rien à attendre des autres.

§ II. Réorganisations et atteintes ultérieures de la personnalité

Qualitativement, j'en distingue cinq catégories, qu'il faut considérer comme les pointes d'une pyramide tétraédrique. Ce ne sont que des pôles, décrits comme tels pour simplifier la réflexion. En réalité, les personnalités se situent bien plus souvent sur les côtés, la surface ou le volume intérieur de la pyramide. Quantitativement, l'intensité de l'atteinte est variable et susceptible de mouvance, à l'instar des variations sismiques sur l'échelle de Richter : à l'extrémité la plus favorable, moments de légers malaises ( ou d'excitation sexuelle anormale ) occasionnels. A l'autre, invalidation de la vie, jusqu'au suicide ( ou hyper sexualité compulsive )

Sur l'échelle du temps, un certain nombre de ces remaniements sont transitoires ; d'autres sont plus constants, stables ou avec une certaine aggravation ou un certain allègement lent et progressif, spontané ou lié à de nouvelles circonstances de la vie. Quelques complications n'apparaissent ou ne se révèlent même que de façon différée, lors d'événements typiques de la traumatisation secondaire, ou parce que l'ex-victime interprète erronément des expériences désagréables qu'elle fait (« S'il me plaque, c'est bien parce que je suis marquée secrètement par ce que mon père m'a fait »)

I. Au sommet de la pyramide : maintien de l'intégrité ou cicatrisation de bonne qualité.

 ...   914  ...

En l'absence d'études épidémiologiques fiables, mon expérience clinique, mes lectures, ma fréquentation de forums Internet spécifiques me font penser que ce premier pôle constitue une issue non négligeable de « l'inceste pris dans sa dynamique d'ensemble » C'est surtout le cas lorsque les facteurs de gravité ne sont pas trop pesants, que le tissu relationnel qui accueille l'ex-victime par après est de qualité ou/et que celle-ci a une forte prédisposition à la résilience ...

A. Dans une minorité de ces cas, il ne se produit même jamais une altération significative de la personnalité. Le jeune sollicité n'est pas vraiment conscient - ou met entre parenthèses - la nature incestueuse ou déviante de ce qui se passe, et n'y voit qu'une activité originale agréable, avec quelqu'un avec qui il s'entend bien.

Par exemple, oncle célibataire et neveu de quinze ans qui se voient de temps en temps, qui ont commencé par de la masturbation devant du porno, puis ont eu envie de se donner davantage de plaisir. Ou encore - paradoxalement - tout petit attouché de façon soft par un parent séparé, et dont la traumatisation ne va commencer que face au bouleversement émotionnel ultérieur de l'autre parent.

Cette « intégration » est encore facilitée si les activités incestueuses s'arrêtent vite, l'auteur concerné y mettant spontanément un stop. (4)

B. D'autres, plus nombreux, se trouvent davantage psycho-traumatisés après la cessation des faits et des premières prises en charge et réactions sociales : leur personnalité se situe plus bas dans la pyramide, en direction des pôles deux, trois et quatre que je décrirai tout de suite. Mais au fil du temps, la souffrance s'estompe et il s'installe une cicatrisation, excellente ou satisfaisante : ici, ça peut se réveiller et faire mal de temps en temps, apparemment sans autre raison que le vagabondage de la pensée, ou lors de moments évocateurs.

Au-delà seule douleur morale occasionnelle, c'est chez ces personnes également que l'on rencontre inconstamment des phénomènes de projection bien plus tard dans leur vie.

Telle femme a été abusée par son père entre ses neuf et treize ans. Elle en a cicatrisé imparfaitement la trace. Son mariage est un échec, entre autres parce qu'elle n'a pas beaucoup d'envie ni de plaisir sexuel, ce qui frustre passablement son mari. De leur union naît quand même une petite fille. Puis le couple va de plus en plus mal et se sépare. Les visites de l'enfant chez le père se mettent en place péniblement. Bien vite, sur base d'une rougeur vulvaire à un retour de visite, la mère est folle d'inquiétude quant à de possibles attouchements de la part du père. Toute émotionnée, elle interroge maladroitement la fillette ... et vous devinez la suite.

II. Second pôle : Les angoisses post-traumatiques et leur destin

 ...   914  ...
Extrait de Shining (S. Kubrick, 1980)

Ici l'inceste, la relation avec l'auteur, voire l'ambiance dans laquelle se déroule la vie du mineur sont de nature à provoquer, dans le sens précis du terme, un traumatisme psychique, le plus souvent répété (mille fois ) : les sollicitations sexuelles et bien d'autres expériences de vie du jeune (5) constituent des événement brutaux, effrayants, déclenchant un vécu d'impuissance et une sensation immédiate de très grande menace pour l'intégrité, voire pour la vie. Aussi longtemps que le traumatisme psychique est opérant, le maître symptôme, c'est l'angoisse. Mais pis encore, lorsque l'inceste continue et que l'enfant est terrorisé pour en garder le secret, il ne peut même pas montrer clairement qu'il est anxieux. Son angoisse s'exprime alors par des signes très indirects ( troubles somatiques, troubles sphinctériens, troubles du sommeil, grande distractibilité à l'école ) Après cessation des faits, son angoisse peut exploser et s'exprimer plus librement : troubles de l'endormissement, cauchemars, dépendance à un parent jusqu'au collage, refus de se montrer nu, crises de panique inexpliquées, etc. ...

Au fil du temps, les angoisses les plus crues et les plus irrationnelles se résorbent mais il s'installe de tenaces conduites d'évitement : par exemple, telle jeune fille a peur des garçons, puis des hommes et ne veut plus les fréquenter ; elle est solitaire ou célibataire ; à supposer qu'elle finisse quand-même par nouer un lien amoureux, elle a peur des relations sexuelles et s'arrange pour ne pas en avoir, elle a peur de l'intimité avec son conjoint ...

Si l'imprégnation par de la violence traumatique reste très forte, si la personne n'a jamais pu se soulager en parlant à un tiers des souffrances et des agressions subies, il existe un autre type de risque, celui du renversement soudain et brutal de rôle et de la décharge impulsive du comportement qui a été celui de l'abuseur : la personne exorcise sa terreur intérieure en faisant subir à un autre, souvent faible et innocent, ce qu'on lui a fait à elle-même. Ce risque est loin d'être inéluctable : tous ne s'extériorisent pas de la sorte, loin de là. Ceux qui le font, ne le font que très occasionnellement, avec une répétitivité faible, et le plus souvent à l'époque où c'est encore très chaud et douloureux en eux, c'est à dire pendant l'adolescence et au début de l'âge adulte. (6)

III. Troisième pôle : Tristesse, honte et culpabilité

A. Se retrouvent ici en proportions variables des vécus de :

- Tristesse : avoir un destin plus malheureux que les autres ; être privé d'un bon parent (l'abuseur), et parfois même de deux ( l'autre ne s'allie pas à l'ex-victime ) ; avoir provoqué des souffrances ou dissensions familiales, etc.

 ...   914  ...

- Désespoir ; perte de confiance dans les autres : aucune aide à attendre de personne.

- Honte : impression d'une tache sur soi et sur la famille, que les autres ont repérée et montrent du doigt.

- Culpabilité : ses sources peuvent être multiples, complètement ou partiellement irrationnelles : s'être laissé faire et avoir été inefficace ; avoir nui à la famille ; avoir été ambivalent et se reprocher la part de plaisir ou de satisfaction affective que l'on a connue, etc.

- Et donc, il s'ensuit une chute plus ou moins prononcée de l'estime de soi, jusqu'au vécu franchement dépressif (« Je ne vaux rien et personne ne m'aimera jamais »)

B. Tous ces vécus pénibles entraînent des comportements quotidiens qui extériorisent la perte de la joie de vivre et de la confiance en soi. Ces personnes communiquent peu, se replient sur elle-même, ne savent pas dire du bien d'elles-mêmes, réussissent peu de projets. Elles sont également candidates à des troubles psychosomatiques ou des douleurs chroniques.

Elles aussi peuvent rester célibataires ou rater leurs liens sentimentaux et leur vie sexuelle ( évitement, frigidité ... ), plus par manque de confiance en soi et par honte que par angoisse. D'autres iront se mettre sous la coupe d'un partenaire irrespectueux, qui leur fera subir diverses violences, en ce inclus dans le domaine sexuel ( re-victimisation tardive ) Quelques femmes se réorientent vers l'homosexualité, par dégoût et haine des hommes, et pour trouver quand même chez l'autre des signes d'affection plus fiables.

C. Il arrive que ces vécus pénibles deviennent tout à fait insupportables pour la personne : c'est à l'origine de quelques anorexies mentales de forme quasi-mélancolique notamment à la fin de l'adolescence, de quelques tentatives de suicide ou suicides réussis, ou encore d'évasion dans la consommation addictive de drogues fortes.

L'on peut voir aussi s'installer des conduites négativistes intenses, surtout à l'adolescence et au début de l'âge adulte. Difficile alors de déceler le pôle de souffrance morale lié aux violences subies, bien caché derrière des troubles du comportement où l'adolescent n'arrête pas de se détruire en détruisant les autres : par exemple, filles en rupture de liens sociaux, avec des conduites sexuelles à risque, jusqu'à la prostitution.

IV. Quatrième pôle : Colère et victimisation

A. Il est possible, mais assez rare que le vécu de colère et de protestation soit immédiat ou en tout cas rapide : Par exemple, quelques enfants en âge d'école primaire racontent vite à un parent en qui ils ont confiance ce qu'un membre de la famille leur a fait. Ou alors, ils présentent des signes de mal-être physique ou psychique qui attirent l'attention, et « se mettent vite à table » si on les interroge : alors, la colère succède rapidement à l'angoisse et à la honte de révéler.

Plus souvent, la montée de colère est un vécu différé : l'ex-victime découvre qu'elle a été baratinée, trompée ou que l'auteur reste impuni, parfois triomphant, parfois s'en prenant à d'autres, et sa rage va croissant. Formalisations les plus usuelles : colère dirigée contre la personne qui a abusé mais se limitant à être exprimée à des tiers ; colère s'adressant directement à l'abuseur, et s'exprimant par des actes divers ( lettre ou convocation à une séance de « thérapie » familiale, dénonciation publique ou en famille (7) , plainte judiciaire ) ; colère portant également contre tous ceux qui ont été passifs et n'ont pas bien aidé ; refus durable de pardonner, etc.

 ...   914  ...
Extrait de Festen, (T. Vintenberg, 1998) Le fils aîné accuse publiquement son père ... mais il faudra du temps pour que la famille accepte sa révélation

B. Parfois, couplée à la colère, on assiste à une « victimisation » Plus rarement celle-ci se déploie sans colère, sur un mode massivement plaintif. Presque par définition, elle se joue en partie sur la place publique ( médias, livres ... ) et tous les renforçants que la personne reçoit tendent à l'enfermer dans son rôle. Elle ne consiste pas qu'en un comportement de lamentation et de demande d'aide ostensible. Elle a aussi la dimension d'une agression, avouée ou non, contre la famille et la société qui n'ont pas su aider efficacement en temps et heure : l'ex-victime leur signale ostensiblement tout son vécu douloureux et l'invalidation de sa vie sans faire d'efforts suffisants pour se prendre directement et discrètement en charge et en demandant mille réparations à la société.

V. Cinquième pôle : Modifications du projet affectif et sexuel dans le sens du désir de l'abuseur.

Tous les incestes ne sont pas effrayants, rappelons-nous-en. Certains sont vécus par le mineur comme une initiation et un apprentissage d'un savoir érotique qui lui plaît bien. Les mêmes, ou d'autres encore, peuvent être vécus comme un moment de rencontre, si pas de privilège affectif : le mineur se trompe parfois à ce propos car son abuseur est bien occupé à l'embrouiller. Mais parfois pas : même s'il commet un inceste, l'adulte donne aussi son affectivité, toute immature qu'elle soit. Que peut-il s'en suivre ?

 ...   914  ...
Extrait de For a lost soldier (R. Kerbosch, 1992) ... Une romance entre un soldat en guerre et un tout jeune ado, tous deux à la dérive. Deus ex machina : le départ du soldat au front met fin à la matérialité du lien ... mais 60 après, le jeune devenu adulte, y pense encore avec mélancolie

A. Un attachement profond, archaïque, fusionnel à l'auteur. Attachement le plus souvent transitoire car l'enfant vieillit et l'adulte va chercher une autre fontaine de Jouvence. Ou alors, la société met le holà et le mineur l'accepte tout de suite ou après une phase douloureuse.

Le plus souvent, ça finit par mourir de sa belle mort, le plus jeune se trouvant un(e) partenaire amoureux(se), et il en parle éventuellement des années après sur Internet, parfois avec nostalgie.

On connaît néanmoins des cas où l'attachement incestueux s'est poursuivi, même par delà l'emprisonnement de l'auteur et où le couple a perduré.

B. La poursuite au moins à moyen terme d'une relation positive, « amicale », qui vise le plaisir sexuel, le plus souvent avec un adulte qui n'est pas en position parentale proche : par exemple, de vrais incestes dans la fratrie ( en tenant compte des réserves de la foot note 2 )

C. Lorsque l'inceste a été commis dans des milieux peu socialisés, parfois avec plusieurs auteurs, dans une ambiance d'initiation érotique davantage partouzante qu'effrayante, certains mineurs précocement allumés sexuellement et se mettre à vivre une vie sexuelle sans beaucoup de retenue (Hayez, 2004, p. 94 et sq.) : Sélection de la sexualité « partie de plaisir » plutôt que de la sexualité liée à l'affectivité. A noter qu'ils ne se transforment pas spécifiquement en abuseurs, mais plutôt en hédonistes partouzards. C'est ainsi que certaines jeunes adolescentes ne sont plus perçues que comme des allumeuses de mecs, et que l'on ne veut pas prendre en compte toute cette initiation incestueuse qui a brouillé leur projet sexuel.

§ III. Conclusions

J'espère avoir pu montrer combien peut être diversifié ce qui se vit dans le décours de l'inceste. L'analyse des raisons d'être de ces conséquences doit être multimodale : vaste système de « forces opérantes » où l'acte occupe une place, mais pas toute. En outre, il n'est pas rare que l'on fasse l'erreur reprise dans l'adage « Post hoc, ergo propter hoc »

Certes, il existe des victimes meurtries à vie, les survivors de la littérature nord-américaine. Mais il existe bien davantage de gens qui essaient de se remettre debout, de « faire avec » un souvenir, des traces inscrites dans la mémoire, même lorsque ce qui s'était passé au moment des faits étaient cauchemardesque.

 ...   914  ...

Nous avons vu que la reproduction transgénérationnelle existait parfois mais, ici aussi, l'analyse de ses raisons d'être doit être très prudente. Le rapport est parfois de simple contingence temporelle, et pas de causalité. Et même quand il est de causalité, il ne s'agit la grande majorité des fois que d'une causalité partielle : la personne peut être poussée de l'intérieur, prédisposée par de la souffrance morale ... même si cela peut sembler paradoxal que de la souffrance morale pousse à refaire ce qui pourtant a fait souffrir. Elle peut être poussée aussi par un éveil excessif et un ciblage nouveau de ses appétits sexuels. Mais le plus souvent, sa liberté de choix n'est pas devenue nulle pour autant : les fois où la reproduction transgénérationnelle est le fait d'une impulsion irrésistible ou quasi sont infiniment plus rares, quasi toujours liées à la très grande violence qui a marqué la jeunesse de l'abuseur de seconde génération. Enfin, il est juste de rappeler que la grande majorité des personnes qui ont été victimes d'abus n'ont vraiment jamais l'idée d'en commettre à leur tour !

(2)

Notes

1. Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur émérite à la Faculté de Médecine de l'Université Catholique de Louvain.
Courriel : jyhayez@uclouvain.be
Site web : www.jeanyveshayez.net

2. Pour une description plus détaillée, voir Hayez J.-Y., Facteurs de risque ou de protection chez le mineur d'âge victime d'abus sexuel, 47-61 in Conséquences des maltraitances sexuelles : reconnaître, soigner, prévenir, (sous la dir. de Horassius N. et Mazet P.), conférence de consensus de la FPP, 2004 bis, John Libbey Eurotext.

3. Les activités sexuelles dans la fratrie, surtout entre mineurs jeunes ou du même groupe d'âge, posent cependant des problèmes d'appréciation particuliers. Quant à leur signification profonde, ils ne devraient être qualifié d'inceste que dans quelques contextes, assez rares. J'en parle p. 147 et sq. dans mon livre La sexualité des enfants (Odile Jacob, 2004)

4. Se référer à la notion de dérapage sexuel que j'ai développée page 167 et suivantes dans mon livre La sexualité des enfants Odile Jacob, 2004.

5. Assez fréquemment, quand l'inceste est imposé de manière effrayante, l'ambiance de vie quotidienne est elle aussi violente : l'enfant en est témoin ou/et la subit directement au-delà de l'inceste.

6. Il existe une issue encore plus rare mais encore plus catastrophique, et qui est propre à des personnes qui glissent précocement du deuxième pôle ici décrit jusqu'au quatrième, celui de l'agressivité et de la haine élevée en système. On voit cela par exemple, lorsque l'on étudie la biographie de certains serial killers. Au début de leur « carrière », il s'agit d'enfants qui vivent dans des ambiances très violentes et ont été eux-mêmes très violentés. Ici, tôt dans l'enfance, vers neuf, dix ans, ils éteignent ou refoulent de façon très bétonnée les traces anxieuses et, un peu par identification, un peu par rage de protestation, ils « concoctent » une agressivité haineuse, envahissante et souvent très bien contrôlée.

7. Je vous invite à ce propos à revoir le superbe film Festen (Vinterberg) Vous y constaterez que faire adhérer une famille à la vérité, cela ne va pas de soi !

Mots clé

CONSEQUENCE DE L'ABUS SEXUEL, inceste, abus sexuel, traumatisation secondaire, angoisses post-traumatiques, victimisation, dépression chronique, hyperérotisation.

Si vous voulez en discuter avec moi

Pour télécharger en Word 2000

Retour au menu princeps
Retour au début

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

 

Création le 20 mars 2011.
Dernière mise à jour le dimanche 22 mai 2011.
ds.ds
 


Fin du dossier























































































































































































... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit n'est constitué que d'informations techniques automatiques dont les textes sont déjà repris plus haut.

... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec le texte du professeur Jean-Yves Hayez.





































 

































































































































































































Bravo de m'avoir trouvé

Félicitations

Ce site a été composé par un bénévole sans aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié du professeur Hayez.

C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.

L'hébergement du site est situé sur lycos depuis le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir pratiqué cette action bénévolement également avec beaucoup de professionnalisme.

Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a été supprimé par Lycos le 15 octobre 2006 pour une raison non expliquée. Nous le regrettons vivement et ceci altère fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.


... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ...

Retour au menu princeps.
Retour au début.

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be












 







































































































































































































































































































































































































... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit n'est constitué que d'informations techniques automatiques dont les textes sont déjà repris plus haut.

... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec le texte du professeur Jean-Yves Hayez.





































 




















































































































































































Ce site a été composé par un bénévole sans aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié du professeur Hayez.

C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.

L'hébergement du site est situé sur lycos depuis le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir pratiqué cette action bénévolement également avec beaucoup de professionnalisme.

Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a été supprimé par Lycos le 15 octobre 2006 pour une raison non expliquée. Nous le regrettons vivement et ceci altère fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.


... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ...

Retour au menu princeps.
Retour au début.

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be












 
























































































































































































































 



* Cocher le paragraphe pour y accéder immédiatement.

Plan.     ici

Résumé - Abstract - Resumen.     ici

Mots clés.     ici

Bibliographie.     ici

Notes.     ici

Télécharger.     ici

Retour au menu princeps.
Retour au début.

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

 




































RESUMES.

Résumé en français : Résumé.     ici

Résumé en anglais : Summary.     ici

Résumé en néerlandais : Samenvatting.     ici

Résumé en espagnol : resumen.     ici



Retour au menu princeps.
Retour au début.

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

 




































PLAN.

Cochez ici pour voir le texte original et intégral immédiatement sur votre écran.
.

.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
CONCLUSIONS.


Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir.


Retour au menu princeps.
Retour au début.

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

 



































- Notes automatiques. -

.
.
Note *.


(*).

Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir.


Retour au menu princeps.
Retour au début.

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

 


































.
.
Note **.


(**).

Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir.


Retour au menu princeps.
Retour au début.

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

 


































.
.
Note ***.


(***).

Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir.


Retour au menu princeps.
Retour au début.

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

 


































.
.
Note 1.


(1). Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur émérite à la Faculté de médecine de l'Université catholique de Louvain.
Courriel : jyhayez@uclouvain.be
Site web : www.jeanyveshayez.net


Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir


Retour au menu princeps
Retour au début

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

 


Fin du dossier






















































































































































































.
.
Note 2.


2.  Pour une description plus détaillée, voir Hayez J.-Y., Facteurs de risque ou de protection chez le mineur d'âge victime d'abus sexuel, 47-61 in Conséquences des maltraitances sexuelles : reconnaître, soigner, prévenir, (sous la dir. de Horassius N. et Mazet P.), conférence de consensus de la FPP, 2004 bis, John Libbey Eurotext.



Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

Retour au menu princeps
Retour au début

 


Fin du dossier






















































































































































































.
.
Note 3.


(3). Les activités sexuelles dans la fratrie, surtout entre mineurs jeunes ou du même groupe d'âge, posent cependant des problèmes d'appréciation particuliers. Quant à leur signification profonde, ils ne devraient être qualifié d'inceste que dans quelques contextes, assez rares. J'en parle p. 147 et sq. dans mon livre La sexualité des enfants (Odile Jacob, 2004)



Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

Retour au menu princeps
Retour au début
 


Fin du dossier






















































































































































































.
.
Note 4.


(4). Se référer à la notion de dérapage sexuel que j'ai développée page 167 et suivantes dans mon livre La sexualité des enfants Odile Jacob, 2004.



Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

Retour au menu princeps
Retour au début
 


Fin du dossier






















































































































































































.
.
Note 5.


(5). Assez fréquemment, quand l'inceste est imposé de manière effrayante, l'ambiance de vie quotidienne est elle aussi violente : l'enfant en est témoin ou/et la subit directement au-delà de l'inceste.



Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

Retour au menu princeps
Retour au début
 


Fin du dossier






















































































































































































.
.
Note 6.


(6). Il existe une issue encore plus rare mais encore plus catastrophique, et qui est propre à des personnes qui glissent précocement du deuxième pôle ici décrit jusqu'au quatrième, celui de l'agressivité et de la haine élevée en système. On voit cela par exemple, lorsque l'on étudie la biographie de certains serial killers. Au début de leur « carrière », il s'agit d'enfants qui vivent dans des ambiances très violentes et ont été eux-mêmes très violentés. Ici, tôt dans l'enfance, vers neuf, dix ans, ils éteignent ou refoulent de façon très bétonnée les traces anxieuses et, un peu par identification, un peu par rage de protestation, ils « concoctent » une agressivité haineuse, envahissante et souvent très bien contrôlée.



Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

Retour au menu princeps
Retour au début
 


Fin du dossier






















































































































































































.
.
Note 7.


(7). Je vous invite à ce propos à revoir le superbe film Festen (Vinterberg) Vous y constaterez que faire adhérer une famille à la vérité, cela ne va pas de soi !



Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

Retour au menu princeps
Retour au début
 


Fin du dossier























































































































































































Pour télécharger ce site ...

...


... en format traitement de texte, vous avez les choix suivants :

Format word 8

Format pdf.

Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir

Retour au menu princeps
Retour au début.

je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be




Fin du dossier






















































































































































































liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.

abus sexuel, accompagnement éducatif, adolescents abuseurs, adolescents, allégation d'abus sexuel, angoisse de séparation, angoisse, anxiété, assuétude, autorité parentale, beaux-parents, besoins psychiques des enfants, bizarrerie sexuelle infantile, cadre thérapeutique, confidences, confidentialité, conformisme, culpabilité, debriefing collectif, délinquance, dépendance, dépression, destructivité, deuil compliqué, deuil pathologique, éducation sexuelle, enfant abuseur, enfants, énuresie, éthique, équipes SOS-Enfants, famille, famille reconstituée, Familles restructurées, guerre, identité, infanto-juvénile, intervention de crise, Jean-Yves Hayez, jeux sexuels, livres, mendiants, mort, mort d'un proche, mots-clés, pédopsychiatrie, perversion sexuelle infantile, perversion sexuelle, peur, pornographie, protection, psychiatrie de liaison, psychothérapie, publications, relation de soin, réparations, réseau de santé, sanctions, secrets de famille, séparation parentale, sexualité infantile, sexualité normale, signalement, soins pluridisciplinaires, stress, SOS-enfants, suggestibilité, syndrome de stress post-traumatique, traumatisme psychique, trouble de l'endormissement, trouble du comportement, trouble psychique, urgences, violence, vulnerabilité.