Histoire de la découverte et de la promotion de la santé mentale infantile

 

                     Jean-Yves Hayez [1]  
 
 
Résumé : L’auteur donne d’abord une définition de la santé mentale infantile, puis décrits les éléments qui contribuent à la mettre en place.
Il esquisse ensuite les modèles de référence sur lesquels se basent les programmes qui visent la promotion de la santé mentale infantile, puis il en passe en revue quelques catégories. L’article se termine par un résumé de l’histoire de la psychiatrie infanto-juvénile et du concept de santé.
 
Mots-clé : Santé mentale infantile ; prévention en santé mentale infantile ; histoire de la psychiatrie infanto juvénile ; histoire de la santé mentale infantile.

 

 

Abstract : The author first defines what he means by child mental health, then describes the elements that help to establish it.  He goes on to outline the reference models that form the basis of programmes aimed at promoting child mental health, and then reviews a number of categories. The article ends by summarising the history of child and adolescent psychiatry and child mental health.
 
Keywords : Child mental health ; prevention in child mental health ; history of child and adolescent psychiatry ; history of child mental health.

 

Resumen : El autor define la salud mental infantil y, a continuación, se describen los elementos que contribuyen a su instalacion.

Despues, el autor esboza los modelos de referencia en  que se basan los programas destinados a promover la salud mental infantil. Unas categorias de programas son describidas. El artículo concluye con un resumen de la historia de la psiquiatría infantil y del concepto de salud mental infantil.

Palabras clave : Salud mental infantil ; prevención en  salud mental infantil ;  historia de la salud mental infantil ; historia de la psiciatria de niños y adolescentes.

 

§ I. Définition et discussion
 

I. La bonne santé mentale de l’enfant [2], c’est un état de son psychisme et de ses  comportements exprimant la présence « suffisamment bonne » [3] de trois dimensions ( Cloutier, 1966 ; Chiland, 1993 ) :

 

- L’absence d’un problème psychopathologique ou d’une maladie psychiatrique usuellement diagnostiqués comme tels.

 

- La coexistence d’une capacité d’adaptation raisonnable et de celle de se rebeller contre ce qui, en son âme et conscience, n’a pas de sens ou est injuste.

 

En proposant que la concrétisation de ces deux potentialités puisse indiquer une bonne santé mentale, nous évitons deux écueils inverses [4]  :

 

 

 

- L’existence d’un « sentiment positif de soi » : soi, comme individu unique et précieux, congruent à ses propres aspirations et authentique ; existence corollaire d’un plaisir à  goûter l’existence et à y trouver du sens,  d’un sentiment de bonheur « suffisamment bon : «  Je suis ce que je suis, et je suis bien plus content de l’être que son inverse ! »

 

II. Discussion

 

- Pour chacune des dimensions évoquées, il existe un gradient entre l’acquisition et la non-acquisition, et donc une zone intermédiaire entre la bonne et la mauvaise santé mentale où le lieu de la frontière est flou, désigné par la subjectivité de ceux – enfants ou adultes – qui ont à statuer à son propos : Nous sommes habitués à cette incertitude, et la masse de critères soi-disant objectifs que nous produisons régulièrement pou y parer n’y change pas grand chose.

 

- Il existe des différences entre les perceptions et les attentes des enfants et  celles des adultes. Ceux-ci usent de leur pouvoir pour imposer leurs représentations de la santé mentale. Dans ces représentations, ils projettent leurs rêves et leurs besoins, consciemment ou non : « L’enfant en bonne santé mentale est celui qui travaille et réussit bien à l’école » ! Nous devons rester lucides à ce propos : aucune catégorie d’humains n’est exempte de projections issues de son histoire personnelle, de sa culture, etc., lorsqu’il disserte sur ce qui est bien pour un autre, les professionnels pas moins que les autres ( Laplantine, 1993 ).

- Par ailleurs, nous écoutons trop peu nos enfants lorsqu’ils nous proposent, au moins intuitivement, comment ils « pensent » leur santé mentale. Nous pourrions donc être plus attentifs, sans pour autant  leur reconnaître une toute-puissance dans ce domaine : « Je suis bien comme je suis » pourrait nous dire l’enfant paresseux, délicieusement égoïste, rejetant l’idée du moindre effort pour développer ses ressources et participer à la construction de l’humanité.

 

Ce n’est pas possible, bien sûr ! Il reste un rôle essentiel à jouer pour l’éducation, avec ses dialogues, ses invitations et ses exigences. Cela reste un signe de bonne santé mentale adulte que les rêves des parents sur leurs enfants fassent leur chemin … jusqu’à un certain point.

 

- Invitons-nous donc à rester humbles, sceptiques, l’esprit ouvert, à l’écoute de ce que nous disent les parents, les enfants, les collègues d’une autre culture que la nôtre … pour mettre indéfiniment en question, en nous, ce que nous considérons comme un savoir sur l’enfant. Ce devraient être  des dialogues renouvelés et approfondis, conçus à l’instar   de« conférences de consensus », qui réunissent sans hiérarchie le point de vue de chacun – enfants, éducateurs, société, professionnels -, des dialogues donc qui devraient construire l’édifice fragile et mouvant des représentations les plus valables sur la santé mentale de l’enfant, dans un contexte donné.   

 

§ II. Ce qui fonde la santé mentale de l’enfant

 

 

I. C’est pour une part la qualité de son « équipement », donc une dimension constitutionnelle [6] de son être, issue des avatars du déploiement de son patrimoine génétique individuel.

 

Par ailleurs, en référence à une transmission bien plus mystérieuse, transcendant la matière, il n’est pas impossible qu’existe une dotation psychique basale, mettant à la disposition de chacun des « traits d’esprit » spécifiques.  Cet apport du constitutionnel, génétique et peut-être  spirituel fournit le principal de nos caractéristiques cognitives, de notre tempérament [7], de notre équipement potentiel en agressivité, en sexualité, en angoisse ou en témérité, etc.

 

En référence à l’équipement, il nous faut assumer qu’il existe des enfants « prédisposés à » ( la dépression … la nervosité … un rendement intellectuel très moyen … de forts intérêts sexuels … être des petits dormeurs, etc. ). Et donc les programmes de santé mentale doivent viser à faire reconnaître et accepter ces prédispositions qui influencent les choix et les différenciations ultérieures. Sans immobilisme démissionnaire : avec l’aide positive de son entourage, chacun peut veiller jusqu’à un certain point à ce que ses propres différences ne pèsent pas trop sur autrui. Sans utopie non plus : l’idée de l’intégration de tous dans le même milieu d’éducation ou de vie constitue très probablement une utopie dévastatrice. Prévoir avec respect des endroits ou des moments de vie spécifiques pour les plus différents, qui ne peuvent pas suivre le rythme ni les exigences des autres, ce n’est pas ipso facto les stigmatiser.

 

II. La santé mentale de l’enfant est aussi sous l’influence de son environnement : les stimuli positifs ou adverses qui émanent d’un environnement matériel, familial et sociétaire en mutation rapide, les relations qu’il peut nouer avec d’autres humains, et ce dont il s’en imprègne pour construire sa personnalité.

 

A. En nous limitant à la perspective historique de l’article, quelques mots d’abord sur l’influence de la famille. Tous les professionnels de la santé mentale soulignent l’importance de sa qualité pour le développement de l’enfant, mais n’ont pas toujours été tendres ni même objectifs à son égard. Pendant longtemps, ils n’ont surtout mis en évidence que les facteurs de risque et les dimensions psychopathologiques émanant  de la famille et de surcroît, dans la perspective d’une causalité linéaire où l’enfant ne serait qu’une victime passive [8].

 

Il a fallu l’implantation de la pensée systémique dans les années 1980  pour nous rappeler que la famille pouvait aussi constituer un lieu de ressources et que de façon interactive, l’enfant prenait part à la détermination de ce qui lui arrivait. Par la suite, surtout à partir de 1990, la famille dite d’origine a de plus en plus « éclaté » et de nombreuses formes alternatives sont apparues. Un certain nombre de professionnels ont alors vu s’émousser leur esprit critique et se sont fait les chantres inconditionnels de n’importe laquelle de ces nouvelles structures pour le bien-être de l’enfant.

 

Autre retour de balancier, on s’est mis à abhorrer les placements institutionnels. dont on avait jadis abusé, et à prôner le maintien quasi à tout prix de l’enfant dans sa famille. Ceux qui osent dire que cette dernière est parfois diablement toxique, comme Maurice Berger en France, font vite figure de Don Quichotte.

 

B. La nature des relations de l’enfant avec l’école, avec d’autres milieux de vie, avec la société dans son ensemble constitue une autre catégorie de facteurs d’influence à propos desquels nous pouvons faire le même raisonnement qu’à propos de la famille [9]. Nous ne dirons jamais assez combien un bon niveau d’instruction, bien intégrée par l’enfant, est un puissant facteur de promotion humaine et donc combien les programmes  de  santé mentale doivent viser  une scolarisation positive, adaptée aux capacités de chacun, créative et exigeante, et ouverte à tous, sans distinction de sexe, de race et de classe.

 

C. Quelques mots enfin sur l’influence du changement comme tel  sur la santé mentale de l’enfant ( Anthony et Chiland, 1983 [10] ).  Certains estiment les transformations du monde et des sociétés à tout le moins trop rapides, dépassant le supportable pour l’être humain, surtout jeune, et biologiquement, et psychologiquement ; d’où structures et conduites pathologiques qui expriment  son stress et sa désorganisation, comme un certain nombre de troubles anxieux ou narcissiques et de troubles des conduites chez les adolescents.

 

A l’inverse, d’autres pensent que l’enfant s’est adapté très vite et jouit  de ces transformations rapides dans le flot desquels il est pris ( enfants des nouvelles familles les plus acrobatiques ; enfants d’Internet ; enfants du « You like it ?  just do it ! » ) … D’autres ont une position d’incertitude prudente : l’enfant pourrait s’adapter et être heureux dans les nouveaux environnements, mais ça va quand même trop vite et tout n’est pas à son bénéfice : par exemple lors des revendications de nombreux adultes quant au droit à leur droit à se réaliser à n’importe quel prix.

 

III. Reste à parler de ces facteurs individuels ultimes que sont la conscience réflexive, la liberté de penser et de choisir, et  le pouvoir partiel  d’auto création d’idées et de projets propres à chacun ( Harter, 1983 ).

 

 

Sous le feu continu, en partie harmonieux et en partie clivé, contradictoire ou chaotique de ces facteurs d’influence émanant de son équipement constitutionnel et de ses expériences avec le monde et les autres, l’enfant se construit en permanence un monde intérieur de pensées, d’aspirations et de projets dans tous les domaines de la vie : Ce qu’il se représente de lui et de la vie, ce qu’il veut, ce que lui veulent ses parents et comment construire ses relations avec eux ; quelle place pour le plaisir ou le travail ? A quelles valeurs adhérer ? etc., etc. …

 

M. Rutter ( 1983 ) le désigne comme une « cohérence psychologique comprensive ( d’ensemble), une sorte de « modèle interne de cognitions sur nous, nos relations, notre passé ou notre avenir, à partir desquelles nous réagissons à nos perceptions » Entre autres, si ce monde intérieur est riche en estime de soi, l’enfant aura plus facile à se montrer résilient, peu enclin à se laisser déstabiliser par les assauts venus de l’extérieur.

 

Et Philippe Jammet de conclure le 11e congrès international de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et des disciplines associées ( 1985 ) en affirmant : « Penser qu’il serait possible d’objectiver le fonctionnement mental, la vie relationnelle, etc., c’est oublier ce qui spécifie l’être humain, c’est sa capacité auto-réflexive et de ce fait son appartenance au monde des valeurs » … « Il serait illusoire et dangereux de méconnaître l’importance fondamentale pour chaque enfant de donner sens à sa vie, et de pouvoir l’intégrer par rapport à des repères essentiels comme ses géniteurs, sa famille ou sa culture » [11].

 

§ III. Les modèles de référence

 

I. Pour statuer sur ce qu’est la santé mentale, deux modèles de référence se sont vite imposés, en conflit à certaines époques ( Joshi, 1975 ) et s’assumant comme complémentaires à d’autres : le modèle dit médical et l’autre, « psycho-éducatif ( ou psychosocial ) ».

 

A. Le modèle médical procède de l’idée qu’une cause – plus souvent externe qu’endogène ; souvent connue, parfois encore mystérieuse – dérègle le fonctionnement d’une « bonne nature » humaine, physique ou psychique ; elle provoque donc un trouble, qui conduit à tout le moins à de l’inadaptation.

 

A certaines époques, ce modèle a été promu de façon très stricte («  Les troubles spécifiques de l’apprentissage ne s’expliquent que par des dysfonctions cérébrales » ) : à d’autres, il s’est davantage ouvert vers le monde social ( moments « socio-scientifiques » ) ( Amiel – Lebigre, 1993 ). Dans ces moments plus intégratifs, le modèle fait davantage référence au stress comme « cause » sociale diffuse de perturbation, et aux supports sociaux comme facteurs de rémédiation. Il fait davantage de place aussi au sujet : place donnée à son énergie, sa combativité, et à ses dispositions à un bon coping with ( Blanchet, 1993 ).

 

Veiller à la santé mentale en procédant de ce modèle, c’est «  faire de la prévention » : prévention primaire – lutte directe contre la cause ou contre sa pénétrance par exemple, via l’éducation à la santé - ;  prévention secondaire ( par exemple, lutte contre les premiers signes de stress … ) et même tertiaire. La responsabilité du sujet sur son propre devenir est appréciée de façon très variable : elle se limite parfois à accepter ou à refuser de prendre des médicaments.

 

Depuis quelques années, ce modèle médical a repris beaucoup de puissance et de radicalisation à partir du discours omniprésent sur la génétique et son déploiement : lorsqu’ils tiennent le haut du pavé, les psychiatres généticiens  sont parfois des plus radicaux et, à travers leurs assertions et leurs tableaux schématiques ultra-compliqués, leur option est l’objectivation de l’être, défini par ses gènes. 

 

Pourquoi cette modélisation médicale conserve-t-elle tant de succès ? Parce que, de bonne foi, en référence à leur culture, les médecins font du bon lobbying pour l’imposer, et que l’industrie pharmaceutique les appuie avec ses motivations désintéressées. Mais aussi parce qu’elle ne dérange pas l’ordre social et qu’elle est simple, en référence à d’autres, insolentes et complexes ( Laplantine, 1992 ). Et puis, elle a l’apparence de la science, qui se présente à travers elle comme un savoir objectif, légitime, bien contrôlable ( Frankard, Renders, 2004 ).

 

B. Les modèles psycho-éducatifs  ( ou psychosociaux )  se représentent la vie humaine comme une réalité bien plus complexe, une jungle où – hormis quelques maladies mentales incontestablement liées au cerveau – il est quasi impossible de statuer avec certitude sur ce que seraient des composantes naturelles saines de la vie psychique : c’est plutôt un grouillement de forces mouvantes, en relation avec le social et avec le corps. Le déploiement phénotypique de la génétique, ici, ne constitue qu’un élément parmi bien d’autres. Tant l’adaptation au milieu que la désadaptation sont considérées comme des attitudes apprises, ce que la promotion de la santé mentale inspirée par ces modèles prend en compte, en s’appuyant, elle aussi, sur la force de l’être, son énergie, sa combativité, sa capacité de résilience : Dès 1966, G. Canguilhem soulignait l’existence d’une « normativité personnelle », équilibre défini personnellement, et vers lequel l’être investissait toute sa force.

 

II. Un modèle intégratif bio-psycho-social reste-t-il une utopie ?

 

 

Bien que nombre de professionnels affirment notre nature bio-psycho-sociale [12] – « L’être humain est son corps ; il est son psychisme ; il est société » -, un modèle de référence qui en découlerait radicalement a du mal à s’imposer. Modèle complexe, tissé d’incertitudes, où nous refuserions le principe des hiérarchies, des lois toujours harmonieuses et des équiproportionnalités entre les « causes » Nous sommes plutôt un bricolage, un patchwork dont il faut reconstituer chaque fois l’identité.

 

Si nous procédions de ce modèle, la recherche et la promotion de la santé mentale seraient largement remplacées par celles d’une santé globale ( Lebovici, p. 38 et sq. in Chiland, Young, 1993 ). Pratique que  nous voyons poindre en Europe, dans certaines maisons d’adolescents ou centres de médecine d’adolescents et que, dans les pays en émergence, nombre de centres  de santé primaire s’efforcent de mieux mettre en œuvre !

 

§ IV. Les applications de terrain

 

Nous passerons en revue les principaux moyens mis en œuvre pour promouvoir la santé mentale infantile, en les répertoriant selon leur public cible et leurs objectifs.

 

I. De nombreuses applications se destinent directement aux enfants. Elles visent à :

 

◊ - Faire se déployer leurs potentialités : programmes de stimulation précoce ; ateliers qui favorisent la créativité, l’expression de soi, les capacités artistiques ou sportives, la communication, etc. 

 

◊ - Leur faire acquérir un savoir bien intégré. L’instruction des enfants constitue la mission fondamentale de l’école, à qui les Etats confient souvent des missions annexes ( par exemple, éducation civique ou sexuelle ). Il existe également des campagnes d’information ou de sensibilisation plus amples et multifocales ( par exemple, prévention de la maltraitance physique ou sexuelle ; promotion des droits des enfants ). Les adolescents constituent ici un public-cible particulièrement investi : campagnes contre le racisme, l’homophobie, les addictions en tout genre ; réflexion en petit groupe sur les rapports fille-garçon, la sexualité et la parentalité responsables, la non-violence. Malheureusement, quel que soit l’art de leurs promoteurs pour faire passer leurs messages, ces rencontres avec l’enfant ressemblent trop souvent à la transmission hiérarchique de savoirs, comme à l’école.

 

◊ - Les écouter parler de leur santé mentale et tenir compte de ce qu’ils disent ( par exemple, « conseils » de jeunes dans certaines écoles, institutions résidentielles et même dans des villes et villages ) Comme nous l’avons déjà évoqué, cette attitude de vraie écoute et prise en considération émanant des adultes est relativement rare, même si elle n’exclut pas la possibilité de partager des idées et d’éduquer.

 

En outre, si d'aventure les enfants ont été écoutés, ils se heurtent souvent à une fin de non recevoir, parce que leurs attentes dérangent trop l’ordre social existant ou requièrent des financements que l’on destine à d’autres priorités.

 

 

◊ - Faire appel à eux, en faire des opérateurs de santé mentale. C’est rare aussi. Les programmes « child to child » qui existent surtout dans les pays en émergence portent davantage sur la promotion de la santé physique. La santé mentale est néanmoins concernée par certaines pratiques en Amérique Latine, qui confèrent à des adolescents mûrs et intelligents le statut de « lideres » ( leaders ) pour des membres plus ignorants de leur communauté,

 

II. De nombreuses autres applications ciblent les adultes en charge du parentage ou de l’éducation quotidienne de l’enfant, à commencer par ses parents. 

 

Les objectifs qui viennent d’être passés en revue à propos de l’enfant s’appliquent également à eux, à quelques nuances près :

 

◊ -  Par exemple, l’écoute destinée aux adultes est plus abondante et diversifiée que celle destinée aux enfants. Sur Internet notamment, via d’innombrables forums, il s’agit bien d’écoute mutuelle et de co-création d’idées sur la santé mentale, entre adultes concernés et parfois avec l’aide de professionnels. Ces derniers attachent souvent de l’importance à faire s’exprimer les représentations parentales sur ce qu’est un enfant « réussi », à les discuter et à s’efforcer de les mobiliser s’ils les estiment peu adéquates ( Frankard et Renders, 2004 ).

 

◊ - A propos de la transmission du savoir, il faut rappeler que c’est dans le décours des années 1970 que, en France, des professionnels de haut niveau comme Françoise Dolto ont décidé de se transmettre et de dialoguer avec les parents via des moyens de communication de masse ( Dolto, 1985 ).

 

◊ - Enfin, plus spécifiquement, beaucoup de programmes incitent les adultes concernés à améliorer leur fonctionnement et l’offre affective et éducative qu’ils font à l’enfant, en accroissant les facteurs de protection et en diminuant les facteurs de risque ( cf. infra ).

 

III. Enfin, une partie des programmes s’adressent à la communauté sociale comme ensemble. Leurs objectifs sont semblables à ce qui vient d’être exposé dans les alinéas précédents, ici aussi avec quelques nuances :

 

◊ - Quant à l’amélioration des conditions de vie, on se centre parfois de façon bien trop réductrice sur la marginalité et la pauvreté ; nous devrions pourtant nous interroger davantage quant à l ‘impact sur l ‘enfant de certaines « valeurs » sociales contemporaines comme : le rendement scolaire et général et le résultat cherchés à tout prix ; le droit – presque le devoir – pour chacun de faire tout ce qu’il désire et l’affaiblissement de l’autorité parentale ; l’équivalence de toutes les nouvelles « formes » de famille ; une sorte de négation de la « condition d’enfant » des enfants ( par ex., enfants sur-consommateurs ; jeunes adolescents libres de gérer leurs idées transsexuelles, etc.).

 

◊ - Quant à l’amélioration de l’information, de nombreuses campagnes existent qui visent la sensibilisation de la communauté dans son ensemble. Par contre, il est beaucoup plus rare que les professionnels de l’enfance s’unissent et prennent l’initiative d’informer les décideurs, et notamment les décideurs politiques sur les besoins des enfants; or, ceux-là ont rarement comme motivation principale le bien-être de ceux-ci ; ils sont davantage préoccupés par les économies à faire ou par le maintien de leur image sociale, par exemple via le renforcement du sécuritaire.

 

L’infiltration de l’idéologie sécuritaire se fait parfois à l’insu des scientifiques, parfois avec leur collaboration active ( Foucault, 1992 ) [13]. On la devine par exemple dans des projets de dépistage précoce de « tendances » à la délinquance, dans le grand retour de la pénalisation des adolescents ou dans certains programmes de réinsertion des jeunes en milieu urbain difficile, où la collaboration police – autorités communales – travailleurs sociaux ressemble parfois à un quadrillage serré [14].

 

 

Au bout du sécuritaire : une prison soviétique pour mineurs …

 

 

IV. Quelques mots sur les réalités des pays en émergence

 

Fondamentalement, ce qui vient d’être écrit les concerne également ( Graham, 1980 ). Nous avons déjà dit que, dans les centres de santé primaire, la perspective d’une santé globale pouvait être à l’œuvre, parfois davantage que dans les pays industrialisés, et c’est très bien ainsi.  Autant pour la visée d’une santé communautaire, gérée par la communauté directement concernée.

 

De grands prérequis doivent continuer à être investis à bras le corps : l’alphabétisation, la stimulation précoce, la scolarisation, la lutte contre la pauvreté et le travail des enfants quand il est sans dignité ou l’exploitation de ceux-ci, la recherche d’une vraie égalité fille-garçon et la promotion d‘une parentalité responsable.

 

Il faut aussi se battre contre le fléau de maladies physiques et de l’hygiène insuffisante, entre autres parce qu’elles grèvent le fonctionnement mental ( retard mental, épilepsie, IMC, etc. … ).

 

S’en suivent alors les grandes campagnes, telles que les promeuvent l’UNICEF et d’autres ONG de renom : promotion des droits des enfants, lutte contre la maltraitance, la violence conjugale, les addictions, etc. …

 

 

§ V. Quelques jalons historiques

 

Pour les décrire, nous distinguerons trois pôles qui se superposent partiellement et s’entrecroisent au fil de leur évolution [15] :

 

◊ - la santé mentale de l’enfant, comme partie intégrante de la Santé publique et des aspirations des sociétés ;

 

◊ - la souffrance « morale » de l’enfant, psychopathologique ou socio-psychopathologique, comme objet de la sollicitude des soignants ;

 

◊ - la psychiatrie de l’enfant, comme discipline médicale spécifique.

 

I. Avant et autour de la seconde guerre mondiale

 

A. Pas de conceptualisation d’une santé mentale infantile spécifique

 

1908 : C. W. Beers, ex-malade des hôpitaux psychiatriques, fonde la première société d’hygiène mentale dans le Connecticut (USA), pour sensibiliser le public au sort peu enviable des malades mentaux ( cité in Cloutier, 1966 ) Son initiative fait tache d’huile dans le monde.

 

1948 : Le comité international d’hygiène mentale change de nom et devient Fédération mondiale pour la santé mentale.

L’OMS propose sa célèbre définition de la santé, non plus comme absence de maladies, mais comme état global de bien-être physique, mental et social.

 

. Dans les années 1950, des chercheurs réputés comme M. Jahoda aux Etats-Unis et F. Cloutier en France élaborent le concept de santé mentale positive, où l’on cherche à reconnaître et développer les ressources de l’être, plutôt qu’à en prévenir la pathologie. Ils soulignent aussi la limite et les risques liés au concept de normalité. Finalement, selon eux ( et beaucoup d’autres … ) c’est un état intérieur de bien-être, de bonheur ressenti qui définit ce qu’est la santé mentale ; et, ils s’efforcent de trouver des critères objectifs et repérables pour « décomposer » ce que signifie cet état de satisfaction globale ( Cloutier, 1966 ; Jahoda, 1950, 1958 )

 

B. Naissance de la psychiatrie infantile

 

On évoque souvent l’initiative individuelle d’Itard, en 1850, qui essaie de rééduquer Victor, l’enfant sauvage de l’Aveyron ( un autiste ? ) et croit donc à la possibilité de la mobilisation du psychisme infantile défaillant et déviant. Début du XXe siècle, les psychiatres francophones qui écrivent sur l’enfant le font de façon adultomorphe, avec de fortes croyances organicistes – constitution – nalistes [16]  ( Lebovici, 1995)

 

C’est de cet arrière-plan que se détache Georges Heuyer, en France, qui a vraiment mis la psychiatrie infantile sur les fonts baptismaux. Dès 1925, il devient responsable d’une « clinique annexe de neuropsychiatrie », destinée aux enfants, à l’hôpital de la Salpetrière.

 

D’obédience classique, cet esprit très éclairé s’entoure de collaborateurs d’une pensée différente de la sienne et invite rapidement Eugénie Sokolonicka, psychanalyste, à venir travailler à ses côtés. L’accueil par le monde médical étant difficile, l’expérience ne se prolonge pas mais il la renouvellera plus positivement après la guerre avec Sophie Morgenstern, et ce sera le prélude à l’école parisienne de psychanalyse d’enfant. En 1937, Heuyer organise la première conférence internationale de psychiatrie de l’enfant ( à l’occasion d’une conférence d’hygiène mentale ) avec le suisse Tramer et le nord-américain Léo Kanner [17]. En 1948, il devient titulaire de la première chaire universitaire de psychiatrie infantile, à la même époque que E.J. Anthony à Saint-Louis (USA).

 

C. Premier rayonnement des psychothérapies psychanalytiques appliquées à l’enfant

 

Néanmoins, sur le côté et plus rapidement que la mise en place de cette discipline médicale, la souffrance morale des enfants avait déjà été repérée, investie et soignée par une nouvelle catégorie de psychothérapeutes, les psychanalystes. Freud avait très rapidement fait le lien entre les traces issues de l’enfance et la souffrance actuelle des adultes. Le père fondateur avait même analysé directement le petit Hans. De quoi donner envie à ses élèves de s’intéresser aux enfants dans une approche tout, sauf médicalisée : il s’est tout de suite agi de se mettre à l’écoute de chaque enfant, sujet unique et à même de se dire si l’on utilise des médias appropriés pour l ‘entendre ; l’on a très vite compris aussi qu’il fallait s’intéresser activement à sa situation familiale et sociale.

 

Pour mémoire, c’est en 1927, qu’Anna Freud publie « L’introduction à la psychologie des enfants » et c’est en 1938 que, émigrée à Londres, elle y fonde l’Hampstead clinic dédiée aux thérapIes d’enfants. Thérapies dans lesquelles elle est persuadée qu’il fallait introduire des dimensions éducatives et se donner, entre autres, un objectif d’adaptation psychosociale.

 

C’est vers 1920, que Mélanie Klein publie ses « Remarques sur le développement d’un petit enfant » et en 1927 qu’elle théorise sur son utilisation de la technique du jeu dans ses cures, où elle en interprète les dimensions symboliques.

 

Ces tout grands fondateurs et fondatrices ont vite fait école, et il ne nous est pas possible de citer ici tous les ouvriers de la première heure qui se dirigèrent vers l’enfant avec beaucoup de respect ( l’enfant, vraiment reconnu comme sujet et agent de son destin ) et avec enthousiasme, des deux côtés de l’océan et jusqu’en Argentine.

 

II. Des années 1950 à l’an 2000

 

A. La santé mentale infantile est nommée et étudiée

 

1. En 1948 et autour de la définition de la santé de l’OMS, la santé mentale de l’enfant entre en scène, par le biais d’une problématique sociale terriblement d ‘actualité : le conseil économique et social des Nations Unies, sensibilisé aux problèmes vécus par les orphelins de guerre, confie à John Bowlby, expert auprès de l’OMS, le soin de réaliser une recherche sur les besoins des enfants « sans foyer » Jusque 1950, celui-ci y oeuvre de manière très active et ses résultats publiés en 1951 en anglais et en 1954 en français, restent formidablement intéressants ( Bowlby, 1951, 1954 ) Il décrit la pulsion d’attachement, l’importance énorme des soins maternels, l’existence de périodes sensibles précoces pour bien en bénéficier, les syndromes liés à la carence maternelle. Probablement s’est-il montré trop sévère par rapport à ce que les institutions résidentielles pouvaient apporter comme substitution.

 

Quoiqu’il en soit, son travail a provoqué non seulement de très nombreuses autres recherches, parfois polémiques, autour des théories de l’attachement, mais il a tout autant inspiré et inspire toujours de vastes programmes de prévention ( il les appelait « prévention de la faillite familiale ») autour de la qualité du maternage et des soins aux tout petits.

 

2. Dès la fin des années 1950, d’abord dans les pays industrialisés, les centres de santé mentale naissent et se multiplient. A leurs débuts, beaucoup investissent avec enthousiasme à la fois une mission de soins, dont nous reparlerons dans l’alinéa suivant et une autre de promotion de la santé mentale [18], souvent au bénéfice des collectivités géographiquement proches ( conférences ; groupes de parents ; écoles de devoir, etc. )

 

Au fil du temps néanmoins, beaucoup de centre  de santé mentale ont ( largement ) privilégié leur mission de soins et réduit, si pas supprimé celle de prévention.

 

La promotion de la santé mentale est donc largement passée aux mains d’autres équipes, plus spécifiques, composés  d’autres catégories professionnelles que les psychothérapeutes. Malheureusement, ces services se sont très diversifiés, pour ne pas dire atomisés ( selon leur localisation, leur culture de référence, leurs objectifs, leur mandat social ) Beaucoup de clivages et de rivalités s’y expriment ; Même si la coordination générale et harmonieuse est très probablement une illusion angélique, il faut reconnaître que l’on n’est pas toujours très loin de son inverse, un enfer  de particularismes pavé de bonnes intentions.

 

Nous ne pouvons pas nous départir non plus de l’idée que, dans le choix des grands thèmes considérés comme porteurs, il existe des phénomènes non logiques de mode et de répétition par les uns de ce que disent les autres. Certains thèmes sont plutôt désinvestis, sans raison profonde, et d’autres surgissent … les soins maternels … la prévention des addictions … le stress … la maltraitance en général, qui s’est vite réduite à l’abus sexuel … et aujourd’hui, nouveau « clignotant social », les troubles de la conduite et la sécurité.

 

 

3. A partir des années 1970, en France, Colette Chiland constitue une  figure de proue de la promotion de la santé mentale infantile. Promotion qu’elle mène en complément de son travail de thérapeute d’enfants en souffrance,  souvent en association avec d’autres cliniciens, comme C. Koupernik en France ou E. J. Anthony aux Etats-Unis. Ensemble, ils ont élaboré nombre de concepts fondamentaux :

 

D’abord C. Chiland attire l’attention sur le risque qu’il y a à dresser un portrait idéal de l’enfant en bonne santé mentale, idéal infiltré par la religion ou la morale. Elle propose plutôt de se référer à des descriptions minutieuses d’enfants qui se sentent fonctionner bien, qui se développent bien et paraissent heureux. Elle se met donc résolument du côté de la santé mentale positive.

 

Corollairement, avec ses co-équipiers, elle  explore beaucoup le thème de la vulnérabilité et de la résistance de l’enfant, avec ses extrêmes, la grande fragilité ou l’invulnérabilité ( Chiland, 1970 ; Anthony, Chiland, Koupernik, 1980, 1982 ) Les auteurs soulignent la forte dimension constitutionnelle de ces « états d’esprit » ( 2e op. cité, 1980, p. 538 ) et, dans cette perspective, ils élaborent une relation très étroite avec le tempérament [19]. Toutefois, ils soulignent également l’influence des facteurs externes qu’ils appelleront rapidement facteurs de risque ou de protection [20] ; un facteur de protection-clé demeure la qualité du maternage, et le climat de confiance dans lequel il se déroule.

 

4. Par la suite, de nombreuses recherches se sont penchées sur la description de ces facteurs de risque et de protection dans des situations particulières, et il s’en est suivi des programmes de prévention, hélas en nombre moindre que les recherches.

Par la suite aussi, le concept de résilience a remplacé dans une large mesure celui de résistance ou d’invulnérabilité, en y perdant d’ailleurs quelque chose de son sens premier, plus restrictif, où il désignait l’art de rebondir sur de grands malheurs.

 

5. De nombreux autres médecins et thérapeutes ont développé d’importants projets centrés sur la promotion de la santé mentale infantile : stimulation précoce, sensibilisation de la communauté aux besoins des enfants, lutte pour la bientraitance, etc. D’autres se sont investis dans la défense des droits des enfants, estimant que les reconnaître dans leurs droits contribue puissamment à leur bonne santé mentale. Impossible de les citer toutes et tous ! Nous avons déjà évoqué Françoise Dolto et ses communications avec le grand public. Evoquons encore, en leur nom à tous, l’original et créatif Donald Winnicott, homme libre et optimiste qui croyait à une tendance naturelle à la santé présente chez chacun, et à une capacité de l’homme à trouver une solution – sa solution, jamais réductible à des standards – face à ses conflits.

 

B. La psychiatrie de l’enfant se rend (très) accessible et s’éloigne du modèle médical

 

1. La psychiatrie infantile se rend accessible à la communauté ? Revenons aux centres ambulatoires de santé mentale et aux institutions très analogues sous d ‘autres vocables, qui se sont implantés et multipliés à partir des années 1950. Ils  ont toujours investi avec intensité leur mission de soins.

Ils ont donc pris en charge des maladies psychiatriques avérées ou des troubles psychopathologiques graves. Mais on leur a demandé aussi de réduire les inadaptations des enfants, de raboter les différences gênantes, de redonner du pouvoir aux attentes des adultes ( parents, école, etc. ) et ceci, assez souvent à bas prix, sans remise en question de leur fonctionnement par les adultes demandeurs. Beaucoup d’équipes ont eu comme politique d’accueillir toutes ces demandes, mais d’œuvrer subtilement à redonner à l’enfant son statut de sujet, et à faire se mobiliser les attitudes des adultes.

 

Très vite, les centres ont compris la nécessité de travailler de façon multidisciplinaire [21] et en réseau, avec les autres partenaires professionnels en charge de l’enfant dans leur environnement géographique. Dans nombre de pays ils ont même été intégrés, en tout ou en partie, de façon souple ou coercitive, dans des politiques de santé publique où les Etats sectorisaient géographiquement l’offre de soins [22] (Duché, 1995)

 

Il fallait compléter l’offre de ces centres et celui des consultations privées pour prendre en charge les cas trop lourds pour l’ambulatoire : simultanément, les premiers hôpitaux spécifiquement pédopsychiatriques – ou des internats thérapeutiques très analogues – ont fait leur apparition, souvent en site propre, avec davantage l’apparence de grosses bâtisses chaleureuses que d’austères hôpitaux. Très inspirés au début par les idées de la psychanalyse, en recouvrement partiel avec celles de la thérapie institutionnelle ( par exemple : l’orthogenic school de Bruno Bettelheim à Chicago ) Parfois originaux, farouches, pas loin des idées marxistes ( les collectivités de Fernand Deligny en Corrèze ) Parfois pas loin d’être d’un totalitarisme idéologique pénible ( Maud Mannoni et Bonneuil ).

 

Au moins ont-ils eu tous le mérite d’accueillir des enfants très perturbés dans des ambiances très dynamiques et enthousiastes, en multipliant les efforts et les moyens pour améliorer leur état.

 

Et les psychiatres d’enfants ont continué à s’introduire dans tous les réseaux où vivaient des enfants en difficulté psychologique : dans les institutions de rééducation pour handicapés, dans celles pour cas sociaux, aussi bien qu’à l’hôpital général, en pédiatrie ou à la maternité, ou encore dans le monde de la Justice pour mineurs.

 

2. La psychiatrie infantile s’éloigne du modèle médical de ses origines ? Oui, dans de très nombreux pays, jusqu’au début des années 1990, elle se veut principalement psychothérapeutique et sociale, et ne se centre pas vraiment sur le repérage d’entités morbides spécifiques [23]. Pour illustrer cette quasi-annexion de la discipline médicale par les écoles et les méthodes de psychothérapies, nous pouvons recourir à la métaphore de l’océan, avec ses vagues qui se succèdent et ses courants sous-marins.

 

a) Jusque dans les années 1980, les vagues dominantes sont demeurées celles de la psychanalyse. Toujours soucieuse des relations de l’enfant avec sa famille et des introjections des Imagos parentales et la genèse de ses conflits intra-psychiques, mais comme nous l’avons déjà dit, en voyant plus souvent dans la famille un foyer de psychopathologie qu’un lieu de ressources positives. Psychanalyse parfois bien ouverte sur l’école et la société, et parfois barricadée dans la tour d’ivoire de psychothérapeutes aussi puristes qu’abscons. Psychanalyse des grands maîtres : Anthony, Solnit, Cohen, Graham, Cramer, les pères fondateurs de l’école de Paris ( Lebovici, Diatkine, Soulé, Kreisler, Chiland , Misès), Gautier et Lemay au Québec et tous ceux que je n’ai pas identifiés. Psychanalyse des dissensions, notamment en France avec l’école lacanienne : Françoise Dolto s’y est  rattachée tout en ayant pris quelques libertés par rapport aux idées parfois extrêmes du maître … et surtout de ses fils et filles.

 

Psychanalyse aussi qui, hélas [24], s’est régulièrement montrée toute-puissante, méprisante pour les autres approches et inflative dans sa volonté de tout expliquer de l’humain à partir de ses modèles et de ses concepts. Une de ses erreurs les plus dramatiques a porté sur sa modélisation de l’autisme et des pathologies associées. Les autres, plus récurrentes et plus communes, portèrent sur une sous-estimation de la part du corps « en Soi » dans les souffrances morales de l’enfant, trop réduite à des conflits d’Instances ou à des introjections dysfonctionnelles d’Images parentales.

 

b) Sur et sous cet impressionnant océan d’idées, parfois trop bien ordonnées, de modestes courants sous-marins se sont faufilés :

 

◊ - les modèles et méthodes de « thérapie institutionnelle » qui ont été appliqués dans certains lieux de vie pour enfants perturbés. Nous les avons déjà brièvement évoqués.

 

◊ - la découverte, en 1952, du premier psychotrope spécifique de l’ère moderne ( la chlorpromazine ) et le développement psychopharmacologique qui s’en est suivi. Pendant longtemps, de nombreux psychiatres d’enfants sont restés franchement réticents à l’utilisation de psychotropes chez ces derniers, à quelques exceptions près ; les neuroleptiques les plus forts pour les francs psychotiques, des neuroleptiques plus légers pour certains « gros » caractériels, la médicamentation pour la maladie de Gilles de la Tourette … Les choses ont radicalement changé après 1990 !

 

◊ - Dans les années 1970, des anglais ( Laing ) ont été à l’origine d’une sorte de révolution qui secoua les institutions, mais sur une durée assez brève : c’était l’anti-psychiatrie, qui rendait les dysfonctionnements de la famille et de la société, si pas des institutions de soins, responsables principaux du mal des malades. Le mouvement n’a cependant pas eu beaucoup d’influence directe sur la psychiatrie infantile, déjà souvent bien ouverte sur la société. Sauf probablement dans un pays, l’Italie, où il a été à l’origine d’une dés institutionnalisation et d’une volonté d’intégration radicale des malades mentaux de tous âges dans la société ordinaire.

 

 A cette époque de la grande emprise de l ‘orthodoxie psychanalytique, il faut  saluer les esprits indépendants qui eurent le courage d’affirmer des convictions réellement « somato-psychiques », profondément inscrites dans leurs écrits et leurs pratiques. Nous avons repéré à ce propos Julian de Ajuriaguerra et son école à Genève, et Yvon Gautier et Michel Lemay et leur école au Québec.

 

c) Entre 1970 et 1980, c’est l’apparition, puis l’essor des théories systémiques. Terme emprunté à la cybernétique, le système fait essentiellement référence à la circularité et aux rétroactions dans phénomènes qui se déroulent dans son ensemble organisé. Les systémiciens ont promu les thérapies familiales comme moyen principal de venir en aide aux enfants en difficulté. Leurs techniques sont très diversifiées, mais elles cherchent toutes, finalement, à améliorer l’ensemble des relations familiales ( par exemple : via la communication ) et elles se refusent à se centrer sur la personne dite malade, qui, à leurs yeux, n’est jamais qu’un « patient désigné » pour la commodité du système.

 

Les systémiciens se sont rapidement développés en d’assez nombreuses « tribus » qui n’ont jamais vraiment cherché ni à unifier leurs pensées, ni à entrer en conflit les uns avec les autres. Citons à titre d’exemple aux USA, les travaux de S. Minuchin, M. Bowen,   V. Satir, ceux dits de l’école de Palo-Alto ( Watzlawick et coll. ), en Hongrie, Bosmromeny-nach, en Italie, M. Selvini, M. Andolfi, etc … ). Occasionnellement, eux aussi se sont laissé emporter et livrés à quelques exagérations dans leurs modélisations proposées pour les phénomènes humains ( schizophrénie et double message parental ; conception trop rigide du patient-symptôme, etc … ) ;

 

Les systémiciens se sont introduits plus lentement dans les pays francophones qu’en Amérique du Nord ou en Italie. Mais, petit à petit, ils se sont fait une place « autre » reconnue « à côté » de la mouvance psychanalytique, sans entrer frontalement en conflit avec elle [25].

 

C. La psychiatrie infantile se médicalise

 

Au début des années 1990, la psychanalyse et, dans sa foulée, les autres psychothérapies dites d’inspiration psychodynamique commencent à être battues en brèche et le seront de plus en plus vigoureusement. Centre de la contestation, les USA et les pays de leur zone d’influence. Raison d’être ? Probablement plusieurs facteurs simultanément : le conflit des générations entre scientifiques [26],  les nouvelles découvertes sur le cerveau et sur les gènes, le lobby subtil des industries pharmaceutiques, l’intransigeance orgueilleuse d’une partie des psychanalystes, leur refus de faire évaluer leur travail, etc. Les psychiatres d’enfants, d’abord américains et associés, se remirent donc à adhérer de plus en plus strictement à un modèle médical dont nous redisons les tenants principaux :

 

◊ - Beaucoup de troubles des enfants s’expliquent principalement à partir des particularités du fonctionnement de leur cerveau et, encore plus à la base, à partir des aléas de leur génétique.

 

◊ - Il  est important de faire des classifications nosologiques  « objectives » La démarche diagnostique et thérapeutique doit s’appuyer sur des preuves statistiquement solides ( evidence based medecine )

 

◊ - Les seules recherches valables sont de la famille expérimentale. Les recherches cliniques basées sur la description de cas et sur des interactions sont sans scientificité.

 

◊ - Ce qu’il faut améliorer, c’est le symptôme gênant, avec des résultats rapidement palpables, et pas la structure de la personnalité.

 

◊ - Le principal du traitement réside dans la médicamentation,  dans les thérapies cognitivistes ou cognitivo-comportementales souvent brèves, et éventuellement  dans un entraînement pédagogique des parents.

 

Les idées cognitivistes et les méthodes de thérapie qui s’en inspirent se sont donc très bien intégrés dans cette nouvelle façon de voir les troubles. Jusque dans les années 90, il en existait déjà de célèbres précurseurs ( par exemple : M. Rutter en Grande-Bretagne ) mais ils ne faisaient pas vraiment école. Mais aujourd’hui où l’on tient à rebaptiser comme « neuropsychologiques » nombre de phénomènes psychologiques [27], le cognitivisme s’est royalement positionné, non seulement pour décrire cette neuropsychologie, mais aussi comme moyen thérapeutique de choix pour identifier les idées et les émotions, qui ne sont opérantes que dans le champ conscient, et pour travailler dessus. On l’applique donc aux enfants, seuls ou en petits groupes, de façon parfois un peu simpliste. Et discuter d’éducation avec les parents dans une perspective de meilleure efficacité à court terme, c’est aussi du cognitivisme appliqué.

 

Quant au behaviorisme, il vient également compléter les perspectives neuropsychologiques et cérébrales des maladies mentales, mais il ne s’imposera probablement pas comme corpus de techniques isolées. Il restera intégré à titre de complément à la démarche cognitiviste.

 

Dans les pays francophones, les courants psychothérapeutique et médical continuent à exister à puissance égale, sans que l’on puisse prédire si des complémentarités seront recherchées, si une sorte de clivage poli persistera, ou si l’un phagocytera l’autre.

 

Un certain nombre d’affirmations des néo-organicistes sont probablement bien fondées. Les psychiatres-psychothérapeutes ont trop longtemps sous-estimé la part du cerveau, des gènes et l’utilité des médicaments et d’ailleurs, beaucoup en reviennent. On peut avoir peur néanmoins pour le statut de l’enfant-sujet, celui que l’on rencontre dans une relation thérapeutique individuelle et qui est toujours imprévu. Le modèle médical veut trop l’objectiver via tous ses questionnaires et grilles d’évaluation standards et ses recherches d’indicateurs comportementaux. Par ailleurs, s’il peut être intéressant de travailler à la résolution des symptômes, chercher à mobiliser les personnalités peut constituer aussi une aventure passionnante, enrichissante et parfois indispensable.

 

§ VI. En guise de conclusion

 

Le passage à l’an 2000 a-t-il introduit des changements significatifs ?

 

Dans son rapport 2001 sur la santé dans le monde,  l’OMS constate que, partout, les politiques en faveur de la santé mentale sont des sortes de parents pauvres ; elles sont même inexistantes dans 40 % des pays. Et c’est encore pire lorsqu’il s’agit de la santé mentale des enfants et des adolescents.

 

L’OMS recommande d’avoir une vision globale de la santé, et d’intégrer la prise en charge de la composante « santé mentale » dès le début, dès le stade des soins de santé primaire  ; dans les pays industrialisés, par exemple, il s’agit d’améliorer la formation des médecins généralistes, des pédiatres et d’autres intervenants de première ligne en ce sens. L’OMS recommande aussi de miser sur la santé mentale communautaire, santé de la communauté, prise en charge par la communauté : probablement les pays émergents peuvent-ils aller plus loin que les autres dans cette direction, tout simplement parce que les communautés de vie bien précises sont plus consistantes.  Restent les écoles, où davantage pourrait être fait dans le champ de la citoyenneté et de la santé mentale, à condition qu’on leur libère vraiment du temps pour le faire.

 

Dans cet important rapport de l’OMS, il persiste néanmoins un double message à propos de l’être humain.. On peut y lire : « La seule chose importante pour bien comprendre l’être humain, c’est sa biologie et essentiellement sa génétique, qui rend compte de ce que devient le cerveau. Et seul compte le cerveau » Et quelques pages plus loin « Le corps et l’esprit ont la même importance. L’être humain est fondamentalement psychosomatique ( nous avions même proposé « bio-psycho-social » ) ». Ce double message, nous le retrouvons sur le terrain, au cœur de notre conception des soins et de nos programmes de prévention. Dans nos actions, nous oscillons de l’une à l’autre de ces conceptions, la seconde étant plus « théorique » que concrètement opérationnalisée. Quelques chercheurs de très haut vol, quasi des philosophes, cherchent bien des correspondances et des complémentarités entre le langage et les réalités des neurosciences et de la psychanalyse, mais on est encore très loin d ‘en proposer des francs résultats et encore plus, des applications pour le terrain Et les tenants d’une psychogenèse dominante, même pas mentionnés par l’OMS, ne sont pourtant pas morts. A quand davantage d’intégration ?

 

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Notes

[1]. Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur émérite à la Faculté de médecine de l’Université catholique de Louvain. Courriel : jyhayez@uclouvain.be   Site web : www;jeanyveshayez.net

 

2. Dans ce texte, sans autre spécification, le terme « enfant » désigne tous les mineurs d’âge, bébés, enfants et adolescents.

 

3. Suffisamment bonne ? Nous donnons ici une nouvelle application à la célèbre expression de D.W. Winnicott, quand il affirmait que la vraie bonne mère n’est jamais que celle qui s’assume comme suffisamment bonne ( Winnicott, 1971 ).

E. Erickson, quant à lui, proposait que : « Comme toujours dans la santé, on ne peut qu’espérer s’être approché de ce qui semble l’optimum dans la nature des choses, optimum non atteint dans la mauvaise santé » (  26 in Anthony, Chiland, 1983 ).

 

4. A.J. Solnit écrivait déjà en 1976 : « ( La santé mentale est ) un concept relatif ... un équilibre toujours à réinventer entre l’expérience et l’expression individuelle et une adaptation aux exigences de la famille et de la communauté et aux changements de l’environnement, variable dans le temps et selon les cultures ».

 

5. A.J. Solnit, encore lui, disait encore ( 1976 ) : « On mésuse et on abuse des connaissances quand on attache une importance injustifiée aux normes et aux objectifs standardisés, qu’on considère que les atteindre est une preuve de santé mentale et ne pas les atteindre une preuve de maladie ».

 

6. On peut adjoindre à l’apport du « vraiment » constitutionnel, celui de traces précocissimes des premières relations avec notre entourage : par leur côté répétitif, elles ont pu fixer en nous, de façon très peu réversible, des premières ébauches d’images et de représentations qui vont produire leurs effets, à l’instar des composantes génétiques du tempérament.

 

7. Le tempérament ? Dès 1993, J.C. Young notait : « Les cliniciens luttent pour objectiver l’équipement psychobiologique dérivant de la matrice génétique prénatale, en utilisant des concepts qui ne sont jamais satisfaisants, comme le tempérament. » ( p. 98 in Chiland, 1993 ).

 

8. En 1980, P. Graham soulignait que « ( Nos ) interventions doivent renforcer le sentiment de puissance des parents et des enfants eu égard à leur sort, et non supprimer cette puissance. Trop de traitements sont appliqués ... d’une façon qui réduit la compétence plutôt qu’elle ne l’accroît ».

 

9. A. J. Sameroff déclarait en 1985 : « L’expérience ( interhumaine ) peut être explorée, non pas seulement comme modérant l’organisation biologique, mais comme contribuant de façon fondamentale à l’adaptation de l’individu : lorsqu’elle est bien organisée et synchrone au fonctionnement biologique, l’aboutissemnt en est la santé ( globale ) ... ».

 

10. Dans cet ouvrage, Neuhauer y évoque les principaux changements macro sociétaires : la surpopulation, la migration, l’industrialisation, l’instruction de masse, la révolution sexuelle et la transformation des structures familiales. Il y évoque aussi des changements dans notre biologie ( avancement de la puberté ). Il n’est pas encore conscient de l’impact de la détérioration écologique sur la vie dans la planète.

 

[1]1. Reste à ne pas faire une utilisation perverse de cette réalité du « self-sytem ». En effet, dans le monde, les forces politiques les plus conservatrices renaclent à l’idée d’intervenir dans la famille et la société et insistent abusivement sur la notion de responsabilité individuelle. Elles ne sont pas loin de prétendre que, s’il y a maladie ou souffrance mentale, c’est qu’il y a déficit ou trouble de la motivation chez l’individu, un point c’est tout ( Sameroff, 1982 ).

 

12. P. Jammet disait à ce propos : « Les domaines respectifs de l’inné et de l’acquis doivent se concevoir comme des potentialités au devenir plus ou moins ouvert, qui ne se déterminent qu’en fonction de la rencontre plus ou moins aléatoire avec l’environnement. Le poids de toute structure, quel que soit le niveau où elle s’organise, ne peut s’évaluer qu’en fonction de la réponse de l’entourage. » ( p. 593 in Chiland, Young, 1993 ).

 

13. Gardons à l’esprit l’affirmation forte et toujours actuelle d’A. Solnit en 1976 : « L’état actuel de nos connaissances n’est pas encore suffisant pour justifier l’utilisation de critères diagnostiques ou pronostiques de santé mentale ou de maladies mentales comme base d’une intervention coercitive de l’Etat dans l’intimité familiale ».

 

14. Notre préoccupation ne signifie cependant pas son inverse : les programmes de santé mentale ne peuvent pas ignorer le thème de l’adaptation sociale : nous en avons fait un des critères d’une bonne santé mentale jusqu’à un certain point.

 

15. Nous sommes bien conscients des limites de notre érudition pour décrire ce vaste champ, notamment dans le domaine des réalisations géographiques lointaines. Nous prions le lecteur de nous en excuser : nous sommes praticien universitaire et pas historien. Le dialogue avec eux, avec la revue, et avec nous est ouvert pour réduire les lacunes ou inexactitudes de cette partie.

 

16. Sancte de Sanctis, par exemple, parle de démence précocissime pour nommer la schizophrénie infanto-juvénile, en analogie avec le concept de démence précoce de Kraepelin.

 

17. Quelques années plus tard (1943), celui-ci allait identifier l’autisme : son étude de ces processus demeure un document prodigieusement d’actualité.

 

18. Comme déjà dit, « promotion de la santé mentale »  se réfère à une conception positive de la santé mentale et au modèle « psycho-social » . « Prévention » se réfère davantage au modèle médical. Pour simplifier, dans la suite du texte, les deux termes seront employés de façon synonyme. 

 

19. Par la suite, le tempérament sera mieux défini ( Pichot, 1995 ) et d’autres auteurs continueront l’étude de ces relations ( par exemple, invulnérabilité – tempérament facile ( Moziade, 1986 ; Thomas, Chess, 1977 ).

 

20. Citons M. Rutter ( 1987 ) « Les réactions des gens au stress et à l’adversité sont modifiées par des expériences antérieures qui soit augmentent leur vulnérabilité, soit les protègent des effets néfastes ».

 

21. Avec « la » triade de base : pédopsychiatre – psychologue – travailleur social, auxquels s’adjoignent plus irrégulièrement d’autres spécialistes de la rééducation et des thérapies corporelles.

 

22. En France, par exemple, en 1972, avec Serge Lebovici et Roger Misès.

 

23. Hormis peut-être dans le champ des psychoses, à l’intérieur duquel, pendant longtemps, chacun y alla plus ou moins de ses découpages et classifications.

 

24. C’est quasi inévitable pour une discipline qui tient le haut du pavé. Ce qui se passa avec la psychanalyse ne fut pas le triste apanage de celle-ci. Les nouveaux modèlesuni-référentiels médicaux sont occupés à glisser sur le même chemin.

 

25. Il existe, par ailleurs, des psychanalystes qui veulent travailler avec tout le groupe familial, sans recourir aux modèles de la systémique. Nathan Ackerman en a été un pionnier aux Etats-Unis et il existe aujourd’hui des petites écoles de « thérapie familiale psychanalytique ».

 

26. Le jeu de ce facteur irrationnel nous semble évident, mais n’est pas toutjours aisément admis ...

 

27. Neuropsychologiques ? Evidemment, ils l’ont toujours été ! L’être humain ne pense pas et ne vit  pas ses émotions indépendamment de l’activation de son cerveau, et il n’est pas toujours possible de déceler ce qu’il en est de la poule et de l’oeuf dans tout ce que nous produisons comme idées et comportements.

 



[1]   Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur émérite à la Faculté de médecine de l’Université catholique de Louvain. Courriel : jyhayez@uclouvain.be   Site web : www;jeanyveshayez.net

 

2. Dans ce texte, sans autre spécification, le terme « enfant » désigne tous les mineurs d’âge, bébés, enfants et adolescents.

 

[3] . Suffisamment bonne ? Nous donnons ici une nouvelle application à la célèbre expression de D.W. Winnicott, quand il affirmait que la vraie bonne mère n’est jamais que celle qui s’assume comme suffisamment bonne ( Winnicott, 1971 ).

E. Erickson, quant à lui, proposait que : « Comme toujours dans la santé, on ne peut qu’espérer s’être approché de ce qui semble l’optimum dans la nature des choses, optimum non atteint dans la mauvaise santé » (  26 in Anthony, Chiland, 1983 ).

 

[4] . A.J. Solnit écrivait déjà en 1976 : « ( La santé mentale est ) un concept relatif ... un équilibre toujours à réinventer entre l’expérience et l’expression individuelle et une adaptation aux exigences de la famille et de la communauté et aux changements de l’environnement, variable dans le temps et selon les cultures ».

 

[5] . A.J. Solnit, encore lui, disait encore ( 1976 ) : « On mésuse et on abuse des connaissances quand on attache une importance injustifiée aux normes et aux objectifs standardisés, qu’on considère que les atteindre est une preuve de santé mentale et ne pas les atteindre une preuve de maladie ».

 

6. On peut adjoindre à l’apport du « vraiment » constitutionnel, celui de traces précocissimes des premières relations avec notre entourage : par leur côté répétitif, elles ont pu fixer en nous, de façon très peu réversible, des premières ébauches d’images et de représentations qui vont produire leurs effets, à l’instar des composantes génétiques du tempérament.

 

7. Le tempérament ? Dès 1993, J.C. Young notait : « Les cliniciens luttent pour objectiver l’équipement psychobiologique dérivant de la matrice génétique prénatale, en utilisant des concepts qui ne sont jamais satisfaisants, comme le tempérament. » ( p. 98 in Chiland, 1993 ).

 

[8]. En 1980, P. Graham soulignait que « ( Nos ) interventions doivent renforcer le sentiment de puissance des parents et des enfants eu égard à leur sort, et non supprimer cette puissance. Trop de traitements sont appliqués ... d’une façon qui réduit la compétence plutôt qu’elle ne l’accroît ».

 

9. A. J. Sameroff déclarait en 1985 : « L’expérience ( interhumaine ) peut être explorée, non pas seulement comme modérant l’organisation biologique, mais comme contribuant de façon fondamentale à l’adaptation de l’individu : lorsqu’elle est bien organisée et synchrone au fonctionnement biologique, l’aboutissemnt en est la santé ( globale ) ... ».

 

10. Dans cet ouvrage, Neuhauer y évoque les principaux changements macro sociétaires : la surpopulation, la migration, l’industrialisation, l’instruction de masse, la révolution sexuelle et la transformation des structures familiales. Il y évoque aussi des changements dans notre biologie ( avancement de la puberté ). Il n’est pas encore conscient de l’impact de la détérioration écologique sur la vie dans la planète.

 

11. Reste à ne pas faire une utilisation perverse de cette réalité du « self-sytem ». En effet, dans le monde, les forces politiques les plus conservatrices renaclent à l’idée d’intervenir dans la famille et la société et insistent abusivement sur la notion de responsabilité individuelle. Elles ne sont pas loin de prétendre que, s’il y a maladie ou souffrance mentale, c’est qu’il y a déficit ou trouble de la motivation chez l’individu, un point c’est tout ( Sameroff, 1982 ).

 

12. P. Jammet disait à ce propos : « Les domaines respectifs de l’inné et de l’acquis doivent se concevoir comme des potentialités au devenir plus ou moins ouvert, qui ne se déterminent qu’en fonction de la rencontre plus ou moins aléatoire avec l’environnement. Le poids de toute structure, quel que soit le niveau où elle s’organise, ne peut s’évaluer qu’en fonction de la réponse de l’entourage. » ( p. 593 in Chiland, Young, 1993 ).

 

13. Gardons à l’esprit l’affirmation forte et toujours actuelle d’A. Solnit en 1976 : « L’état actuel de nos connaissances n’est pas encore suffisant pour justifier l’utilisation de critères diagnostiques ou pronostiques de santé mentale ou de maladies mentales comme base d’une intervention coercitive de l’Etat dans l’intimité familiale ».

 

14. Notre préoccupation ne signifie cependant pas son inverse : les programmes de santé mentale ne peuvent pas ignorer le thème de l’adaptation sociale : nous en avons fait un des critères d’une bonne santé mentale jusqu’à un certain point.

 

[15]. Nous sommes bien conscients des limites de notre érudition pour décrire ce vaste champ, notamment dans le domaine des réalisations géographiques lointaines. Nous prions le lecteur de nous en excuser : nous sommes praticien universitaire et pas historien. Le dialogue avec eux, avec la revue, et avec  nous est ouvert pour réduire les lacunes ou inexactitudes de cette partie.

 

[16]. Sancte de  Sanctis, par exemple, parle de démence précocissime pour nommer la schizophrénie infanto-juvénile, en analogie avec le concept de démence précoce de Kraepelin.

 

[17]. Quelques années plus tard (1943), celui-ci allait identifier l’autisme : son étude de cas princeps  demeure un document prodigieusement d’actualité.

 

[18]. Comme déjà dit, « promotion de la santé mentale »  se réfère à une conception positive de la santé mentale et au mocdèle “psycho-social” . “Prévention” se réfère danatage au modèle médical. Pour simplifier, dans la suite du texte, les deux termes seront employés de façon synonyme. 

[19]   Par la suite, le tempérament sera mieux défini ( Pichot, 1995 ) et d’autres auteurs continueront l’étude de ces relations ( par exemple, invulnérabilité – tempérament facile ( Maziade, 1986 ; Thomas, Chess, 1977 ).

 

[20]   Citons M. Rutter ( 1987 ) « Les réactions des gens au stress et à l’adversité sont modifiées par des expériences antérieures qui soit augmentent leur vulnérabilité, soit les protègent des effets néfastes ».

 

[21]. Avec « la » triade de base : pédopsychiatre – psychologue – travailleur social, auxquels s’adjoignent plus irrégulièrement d’autres spécialistes de la rééducation et des thérapies corporelles.

 

[22] . En France, par exemple, dans les années 1970, avec Serge Lebovici et Roger Misès.

 

[23] . Hormis peut-être dans le champ des psychoses, à l’intérieur duquel, pendant longtemps, chacun y alla plus ou moins de ses découpages et classifications.

 

[24] . C’est quasi inévitable pour une discipline qui tient le haut du pavé. Ce qui se passa avec la psychanalyse ne fut pas le triste apanage de celle-ci. Les nouveaux modèles uni-référentiels médicaux sont occupés à glisser sur le même chemin.

 

[25] . Il existe par ailleurs des psychanalystes qui veulent travailler avec tout le groupe familial, sans recourir aux modèles de la systémique. Nathan Ackerman en a été un pionnier aux Etats-Unis et il existe aujourd’hui de petites écoles de « thérapie familiale psychanalytique ».

 

[26]   Le jeu de ce facteur irrationnel nous semble évident, mais n’est pas toutjours aisément admis ...

 

[27] . Neuropsychologiques ? Evidemment, ils l’ont toujours été ! L’être humain ne pense pas et ne vit  pas ses émotions indépendamment de l’activation de son cerveau, et il n’est pas toujours possible de déceler ce qu’il en est de la poule et de l’oeuf dans tout ce que nous produisons comme idées, sentiments et comportements.

 


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