La violence est une forme d’agressivité qui ne respecte pas la convivialité humaine

 

Jean-Yves Hayez est psychiatre infanto-juvénile et professeur émérite à l'Université catholique de Louvain. Selon lui, la pratique des jeux vidéo violents serait plutôt bénéfique pour la plupart des joueurs.

 

Il semble que les jeux vidéo violents ont de plus en plus de succès aujourd’hui, qu’en pensez-vous ?

 

 

Avant tout, les jeux où l’on montre une agressivité conquérante, où l’on tue des personnages hostiles dans le cadre de guerre ou de quêtes présentées comme justifiés sont à différencier de la violence. Pour moi, la violence commence lorsque l’agressivité détruit la vie et les biens des autres gratuitement, pour le plaisir de se sentir puissant, de triompher du côté du mal. La violence est une forme d’agressivité destructrice qui ne respecte pas la convivialité humaine.

 

A votre avis, pourquoi ce type de jeux ont-ils du succès ?

 

Parce que, depuis notre naissance, il y a en nous une agressivité via laquelle nous cherchons à prendre notre place et à nous faire respecter. Nous avons le Bien, la bonté, la sociabilité en nous, tout comme un côté « Terminator », destructeur.

Les jeux vidéo rejoignent des pulsions, des potentialités qui sont en nous et les montrent en exercice. Mais en exercice imaginaire. C’est un peu comme certains fantasmes conscients d’agressivité ou de violence que nous pouvons avoir, avant de dormir par exemple. Et avec le jeu, nous ne devons plus les inventer : de magnifiques fantasmes apparaissent sous nos yeux. Ici, on vit sa destructivité par procuration avec des activités latérales, des « must » : le plaisir des yeux, la réussite, le dialogue avec d’autres. C’est très attractif.

 

Ne risquent-ils pas de poser problème dans la croissance de l’être humain ?

 

Pour une bonne majorité des êtres humains, les jeux agressifs où cette agressivité est légitimée, sans cette violence gratuite que je viens de définir, ont l’effet d’un punching-ball sur lequel on peut taper quand la vie est frustrante. En même temps qu’on s’amuse et qu’on vit le plaisir de réussir, on se défoule dans l’imaginaire. Ce n’est ni bien ni mal. C’est même plutôt bien. Quelqu’un de sensible, d’anxieux doit pouvoir se représenter son agressivité, se donner une puissance de feu.

Le risque, c’est de finir par utiliser le jeu comme une drogue et de passer son temps à casser la gueule à des tas de gens alors qu’on reste timide dans la vie. Dans ce cas, alors que l’univers du jeu vidéo pouvait préparer à l’affirmation agressive de soi, il devient une bulle représentant l’unique endroit où l’on peut vivre son agressivité.

 

Le débat sur la violence dans les jeux vidéo revient régulièrement au devant de la scène lors de massacres commis par des jeunes, sans mobile apparent…

 

C'est un fait que, pour des personnalités très fragiles, impulsives, peu socialisées, le jeu peut servir de catalyseur, c’est-à-dire encourager à basculer dans la réalité. Seulement, je le répète, cela ne concerne qu’une toute petite partie des gens. Pour la majorité, c’est un passe temps qui donne satisfaction et qui aura même un effet bénéfique.

 

Et pour les jeux vraiment violents dans lesquels le joueur recherche la destruction de l’ordre, la souffrance des autres ?

 

Ces jeux ne sont pas majoritaires. Et, à nouveau, je crois que chez beaucoup de gens, une petite dose occasionnelle de jeux vraiment violents peut être positive. Là aussi, l’être humain va vivre la puissance du mal qu’il y a en lui dans l’imaginaire du jeu. Le jeu montre que cette puissance du mal fait partie de l’humain et qu’on n’est pas pour autant un monstre. Personnellement, j’aime autant savoir que c’est là que l’adolescent a éprouvé le plaisir de se sentir mauvais plutôt qu’en cassant les pattes d’une grenouille ou en arrachant les ailes d’une mouche …

Une personne qui est vraiment sociable et en bonne évolution affective, va se modérer seule par rapport à ces applications imaginaires. Ce qui est inquiétant, c’est lorsque des jeunes choisissent de jouer à longueur de temps à des jeux destructeurs. Je ne pourrais pas m’empêcher de penser qu’ils ont un problème, qu’ils se sentent rejetés et qu’ils vivent une certaine haine de l’humanité. Comme pour les jeux agressifs, pour quelqu’un de peu sociable qui se contrôle mal, les jeux violents peuvent servir de catalyseur. Mais il me semble c’est plutôt révélateur d’un profond mal-être.

 


 

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