Bonjour madame,

 

 

J’ai du mal à vous répondre autrement que par généralités, car vous ne me donnez guère de détails sur ce qui vous est arrivé. Je crois comprendre  cependant que vous avez souffert d’abus sexuels graves, précoces et durables de nature incestueuse. Peut-on guérir de cela ? Il me semble que cela dépend de ce qu’on met dans le mot « guérir » !

 

D’abord, pour que la victime se sente mieux, est-il indispensable que l’auteur  reconnaisse les faits. C’est préférable, bien sûr, surtout s’il le fait de façon suffisamment rapprochée, en regrettant et en demandant sincèrement pardon.

 

Ce n’est cependant pas indispensable. Une vraie reconnaissance par un petit groupe de proches, qui fait confiance à la victime, c’est au moins aussi important et l’on doit parfois s’en contenter.

 

Une ex-victime doit se montrer très prudente et bien réfléchir avant de déposer plainte tardive, alors qu’elle est déjà adulte. D’abord, il y a peut-être prescription (8 ans après 18 ans, en Belgique) et puis, s’il n’existe aucune preuve matérielle, il est très peu probable que l’auteur reconnaîtra tardivement les faits et son obstination à nier, accompagnée d’une disqualification de l’ex-victime, pour traumatiser celle-ci une fois de plus.

 

Certaines ex-victimes se contentent donc d’une lettre dure, salée, où elles disent ce qu’elles pensent, envoyée à l’auteur et même à quelques proches de celui-ci ( mais attention alors à l’éventuelle riposte : plainte pour diffamation !! )

 

Si de tels abus m’étaient arrivés à moi, enfant, j’aurais fait tout ce que je pouvais pour rencontrer quelques personnes qui m’écoutent et me soutiennent à fond. J’aurais fait, en plus, une bonne psychothérapie individuelle profonde, pour retrouver confiance en moi et, de façon réaliste et prudente, confiance dans un premier cercle d’autres. J’aurais fait aussi de la gestion mentale ( une autre forme de thérapie ) pour « remplacer dans ma tête » mes idées noires et mes souvenirs « dégueu » quand ils surgissent, les remplacer par des images heureuses, pleines d’espérance, des images où je suis fort et compétent.

 

Mais même en faisant tout cela, si ça avait été moi, je crois que je n’aurais pas pu effacer complètement toutes les images et les pensées noires qui étaient accumulées en moi. J’aurais essayé de « faire avec », de « vivre avec » J’aurais essayé par la gestion mentale, d’avoir une relative maîtrise sur elles, pour qu’elles ne m’envahissent pas tout le temps ! Je mettrais aussi de l’énergie à avoir confiance en moi, croire que je suis un type bien ( on a volé des morceaux de mon corps quand j’étais faible et impuissant, mais on n’a pas volé mon âme ) Je mettrais aussi beaucoup d’énergie à dénicher mes ressources, à y croire et à les exploiter.

 

Par contre, même avec de bonnes thérapies, je ne suis pas sûr du tout que j’oserais un jour « m’abandonner vraiment » dans une relation intime, même si j’aime quelqu’un d’amour … Je crois que je resterais sur le qui-vive … je crois que je garderais pour toujours des difficultés pour retrouver joie et détente dans la sexualité avec lui … Et donc, moi, j’en avertirais à l’avance mon partenaire pour qu’il me prenne comme je suis. Je négocierais avec lui ce que peut devenir notre relation, notamment dans le domaine sexuel (et pourquoi) Et s’il ne peut pas me prendre comme je suis, eh bien, qu’il s’en aille. Voilà ce que je pense.

 

Mots Clé 

INCESTE,  conséquences de l’inceste, abus sexuel, sexualité contrainte.

 

 

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