Réactions au texte

 

« Troubles scolaires … »

 

 

 

Je vous propose donc ici des réactions que j’ai reçues de la part de lecteurs du texte … Les troubles scolaires : petite recension phénoménologique

Le débat est donc ouvert. Les réactions vous sont proposées soit dans leur entièreté, soit après suppression de paroles de politesse ou plus personnelles. Jamais de censure des idées, bien entendu ! 

 

1. De Mr Bernard Demuysère, psychologue, directeur de l’Ecole des parents et éducateurs (Belgique)

 

Comme chaque fois, j’apprécie beaucoup l’empathie qui se dégage de ces réflexions et la volonté (oserais-je dire obstinée) de te situer du côté de l’enfant. C’est une position dans le champ scolaire qui se voit peu, de nos jours. On voit plutôt des plaidoyers pour une clarification des rôles respectifs (parents – enseignants), une réflexion pédagogique (méthodologique), une « responsabilisation » des parents ou des enseignants. Je lis peu une réflexion sur l’accompagnement empathique, respectueuse et responsabilisante de l’enfant (sauf ici)

 

A ce sujet (responsabilisation et positionnement d’un cadre), je partage ce point de vue même s’il rame « à contre-courant ». L’idée d’une période à 15 ans d’une heure à réaliser une activité intellectuelle même si elle n’est pas scolaire me semble une belle idée ! Difficile à tenir pour les parents (comme pour l’enseignant) mais chouette ! A cet âge, une heure me semble peu, d’ailleurs.

 

Pour mieux entrer dans le texte, j’aurais besoin ici et là de précisions quant au niveau scolaire dont tu parles. La dynamique familiale autour de l’école me semble différente s’il s’agit de l’école maternelle, primaire ou secondaire.

 

D’autre part, tu pars du postulat de parents « suffisamment bons », c’est-à-dire qui s’occupent ou se préoccupent de leurs enfants sur le plan de la scolarité. A Bruxelles ou Charleroi, j’en vois tout de même beaucoup sur le trottoir après 18 – 19 h. Ca me semblerait utile à reconnaître.

 

La réaction dévalorisante des parents ou des enseignants me semble souvent associée à un vécu de dévalorisation de leurs rôles (réciproquement et/ou personnellement de leur image d’eux-mêmes). Les conflits (explicites ou larvés) entre les parents et l’écoles me semblent fréquents et de nature (comme tu le mentionnes) à empêcher un véritable travail de soutien de l’enfant.

 

La partie concernant le redoublement me semble sujette à discussion.

 

1.      Celui-ci n’est guère possible à l’école primaire puisque l’enfant de 13 ans doit entre dans le secondaire (même s’il ne sait ni lire ni écrire)

2.     Un certain nombre d’études (cf. Marcel Crahay de l’université de Liège) plaident pour l’inutilité du redoublement. Dans un certain nombre de pays, le redoublement n’intervient que rarement et très tard dans la scolarité. Au total, l’argent qui y serait consacré est mis dans l’accompagnement individualisé des enfants en difficulté.

3.     Le redoublement me semble un « outil » dangereux car il est souvent accompagné d’une motivation cachée de la part (au mieux) de l’enseignant ou (au pire) de la société. De façon schématique, je dirais qu’une école (une classe) où aucun élève ne redouble n’est pratiquement jamais considérée comme une « excellente école » ou une classe avec un corps professoral hors du commun qui dispense un enseignement adéquat. Elle est considérée comme une école (classe) « facile » où tout le monde peut réussir mais d’une réussite dévalorisée. Il faut chaque année un quota d’échecs (environ 10% au minimum) pour « maintenir la pression » ou pour justifier de l’exigence de l’école. D’un simple point de vue statistique : dans notre système belge, si chaque année (du secondaire) l’on considère qu’un taux d’échec de 10% est nécessaire, le taux de réussite devient :

-        90% en fin de première

-        81% en fin de seconde

-        72% en fin de troisième

-        63% en fin de quatrième

-        54% en fin de cinquième

-        45% en fin de sixième.

L’on constate en effet qu’environ la moitié des élèves a eu un échec au moins dans sa scolarité secondaire ! (Il y en a qui ont redoublé 2 ou 3 fois aussi). Note que certains échecs sont masqués en réussite à condition que l’enfant passe dans une section « plus faible » (mécanisme de relégation)

Rien n’est véritablement mis en place pour accompagner ces jeunes et remédier à ce qui a pu provoquer cet échec. C’est à la discrétion de la famille.

 

2. De Mr Baudouin Hecquet, sociologue, professeur émérite à la haute école sociale de Mons

 

Ø      A propos de la surévaluation par les parents : Il faut insister sur l’enjeu important de la scolarité, de cela va dépendre la position socio-économique de l’enfant et sa position dans le système social. Les parents en situation non précaires et les parents aisés sont davantage conscients de cet enjeu et veulent la réussite de l’enfant. Je crois que c’est cela aussi qui entraîne ce dysfonctionnel ; Si la hiérarchisation entre les professions était nettement moins accentuée ou les professions relativisées par un comparatif avantages/désavantages, l’enjeu deviendrait : que pourrait faire mon enfant pour être bien dans sa peau vu ses capacités, la préoccupation socio-économique devenant secondaire tant pour les parents que pour l’école. Il ne faut pas oublier que l’école est professionnel c a d en définitive, mais par palier, axée quasi exclusivement sur l’acquisition des professions qui elles sont à la fois hiérarchisées mais- plus grave peut-être- dualisées en tâches répétitives d’exécution et sans responsabilité et autonomie et d’autre part en tâches intellectuelles à responsabilité et autonomie avec rémunération nettement plus avantageuse.

 

Ø      Quelques enfants deviennent alors des chiens battus, passifs et introvertis, tout au long de leur carrière scolaire. (l’expérience montre aussi qu’une fois que le processus est entamé, si l’enfant s’efforce de remonter la pente par des actes positifs il a un mal fou de persuader ces professeurs et parents qu’il essaye d’inverser la pente pcq ces actes sont interprétés selon l’image qui colle à sa peau, à quoi bon alors…),

 

Ø       Par ailleurs, d’importantes préoccupations et conflits affectifs peuvent envahir l’enfant  Par exemple, il est très tracassé par l’idée que ses parents pourraient se séparer ou que ses parents séparés restent en guerre active. Il peut aussi vivre une culpabilité fondée, ou une perception culpabilisante suite à un événement familial comme le décès d’un membre de la famille ; il peut aussi mal supporter les éternelles comparaisons avec un frère ou cousin modèle de scolarité réussie

 

Ø       Tant à propos du petit jouette que du semi bagnard, à propos de l’espérance et du réalisme : je crois aussi que les parents doivent avoir confiance en l’avenir de l’enfant et qu’il n’y a pas de continuité de résultat entre scolarité médiocre en secondaire et échec en études ultérieures. Le problème le plus important c’est d’éviter que l’enfant dans le secondaire se retrouve dans les orientations qui bloquent son futur. Il vaut mieux poursuivre médiocrement et s’y faire, tant pour l’enfant que pour les parents, une filière scolaire généraliste que l’impasse d’une orientation Et penser à la médiocrité scolaire d’Einstein….voir photo

 

Ø       A propos  du semi bagnard : Certains ont récupéré une certaine estime de soi en déniant leurs droits et en se donnant des occasions de réussite dans des rôles marginaux ou des domaines antisociaux. ou le contraire : dans des rôles de type idéalistes ou de conviction comme le scoutisme, les groupes religieux ou sportifs ; rôles valorisés où le jeune se donnera à fond compensant la dévalorisation scolaire, et coinçant d’une certaine manière les adultes Il sera plus difficiles pour ses parents de freiner ces activités au profit de la scolarité.