Consulter de la pédopornographie

 

 

J.-Y. Hayez [1]  

 

 

Regarder des photos ou des vidéos pédopornographiques on-line sans les télécharger constitue-t-il un délit aux yeux de la loi belge ? Ce n’est pas clair et l’avenir nous dira la position plus précise du législateur à ce propos.

Mais sur le plan moral, pas l’ombre d’une ambiguïté : achat, téléchargement ou non, c’est mal !

Ce geste fait partie de la très vaste gamme des abus sexuels contre mineurs d’âge. Pour l’internaute spectateur, il y a jouissance sexuelle, dont le point de départ est le regard impudique sur l’enfant concerné. Et celui-ci lui existe bien en chair et en os, quelque part dans le monde ; il a été abusé plus ou moins cruellement pour produire l’image visionnée ( parfois séduit ou acheté et pseudo consentant, mais c’est quand même un abus )

 Celui qui regarde est complice de l’acte, soit « seulement » pour alimenter son voyeurisme, soit parce qu’il le commet alors lui aussi, dans sa tête, par procuration, en s’identifiant à l’abuseur concrètement actif.

C’est aussi parce que cet internaute existe comme consommateur que le commerce de la pédopornographie est entretenu ( et s’il ne circule pas d’argent, ça se passe entre pervers prosélytes :  les images sont produites pour lui, pour l’entraîner dans la jouissance boueuse, par d’autres pervers )

 

Ceci dit, et sans les absoudre de leur faute pour autant, il existe des circonstances sociologiques contemporaines telles qu’un assez grand nombre de personnes pourraient être concernées par ce problème, sans pour autant se transformer pour la  majorité  en abuseurs actifs dans la vie quotidienne concrète et même sans que ce goût pédopornographique devienne une fixation occupant la majorité de leurs pensées sexuelles : pour eux, ça reste un moment de « récréation/ régression » malsain et inacceptable, mais cantonné on-line à leurs moments perdus.

Le même contexte entraîne aussi que les adultes et grands adolescents ici concernés ne réfléchissent plus à fond à ce qu’ils font et que leur sentiment de faute est émoussé.

Ces circonstances sont :

 

1.                   Une incitation très forte des sociétés occidentales à « l’éclate sexuelle » Les tabous ont largement rétrocédé et on invite chacun à réaliser « sa » sexualité, en s’amusant bien ; certes on n’a pas annulé officiellement les ultimes tabous, les plus fondamentaux ( violence, pédophilie … ) mais on invite  les gens, au moins à partir de leur majorité [2],  non plus à se retenir et à « chasser leurs mauvaises pensées », mais à explorer et vivre à fond leur sexualité … Du coup, bien des gens reprennent conscience de composantes archaïques de celles-ci, sans plus chercher à les refouler, mais au contraire à les réaliser jusqu’à un certain point. Composantes multiples, et parmi lesquelles un goût sexuel pour des corps d’enfants ou de jeunes adolescents peut resurgir plus souvent qu’on ne le croit.

 

2.                 Un effet pervers lié à l’utilisation d’Internet, qu’on appelle parfois la légitimation par le grand nombre : l’impression, vécue par l’internaute, que beaucoup d’autres personnes partout dans le monde font ce que lui fait amène celui-ci à penser que c’est « normal » puisque c’est commis par beaucoup …

 

N.B. IL existe un autre effet pervers, mais tout à fait « délinquant »  celui-ci, c’est l’impression erronée d’anonymat : « On ne me retrouvera jamais, bien planqué derrière mon ordinateur … Je peux débrancher, disparaître, détruire ce que j’ai téléchargé etc … »  Fausse sécurité, et l’on doit se réjouir que c’est une illusion !

 

Mots clé :

 

PEDOPORNOGRAPHIE, image pédopornographique, photo pédopornographique, vidéo pédopornographique, voyeurisme, abus sexuel.

 

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Notes

 



[1]    Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur émérite à la Faculté de médecine de l’Université catholique de Louvain.

Courriel : jyhayez@uclouvain.be   Site web : www.jeanyveshayez.net

 

 

[2] « J’affirme que j’ai plus de dix-huit ans », peut-on lire un peu partout à l’entrée des sites sulfureux d’Internet…belle hypocrisie…les mineurs menteurs sont les bienvenus, pour leur prendre progressivement leur argent en les rendant dépendants, certainement, mais aussi parce que le prosélytisme sexuel inclut une invitation aux adolescents, qui commence à partir d’un âge nébuleusement convenu