L’énurésie primaire de Maxime

 

 

Une maman m’écrit

 

Bonjour,

 

En recherchant des informations sur l'énurésie, je suis tombée sur votre site et sur vos conseils concernant l'énurésie. 

Mon fils Maxime a 6 ans, est propre la journée mais n'a jamais été propre la nuit.

Nous l'avons mis très tôt à l'école (avant ses 2 ans et demi), alors qu'il n'était pas encore propre et j'ai le sentiment qu'il a été stressé à ce moment là.

Maxime a une petite soeur, rapprochée (20 mois d'écart) qui a été propre nuit et jour avant ses 3 ans.

Nous mettons des couches toutes les nuits à Maxime ; elles sont parfois propres, parfois mouillées. Nous avons déjà retiré ses couches, mais cela ne fonctionne pas particulièrement. Nous restons assez zen avec lui en général et puis par période, nous le grondons, en lui disant qu il est grand maintenant pour faire pipi au lit.

Nous avons consulté notre pédiatre qui nous a prescrit un médicament, l'oxybutynine, mais Maxime a eu des effets secondaires et aucun résultat, alors j’ai arrêté. Je voulais essayer l'homéopathie, mais mon conjoint est contre.

Maxime est un enfant intelligent, appliqué, un peu timide (au début !) qui aime l'école, mais est assez anxieux et très perfectionniste, déjà en "mode" compétition, alors qu'il n'est qu'en grande section de maternelle. Il a beaucoup d'amis. Il est très attaché à son père, je dirais plus qu'à moi (l'inverse pour sa petite soeur) malgré que son père soit ponctuellement assez sévère avec lui. Quant à moi, j’ai sans doute plus tendance à le gronder que sa petite soeur. J'ai été souvent absente ces dernières années, à cause de déplacements professionnels. 

Je vous remercie si vous pouviez également me donner votre point de vue.

 

 

Je lui réponds

 

Bonjour,

 

Merci pour votre lettre et votre témoignage, authentiques et sensibles.

Vous avez lu, dans mon article de base L’énurésie et sa prise en charge combien je recommande comme toile de fond une attitude « zen », très très stable dans la durée, donc à quoi l’enfant peut vraiment se référer comme représentation de ce que pensent toujours ses parents. Il n’a en effet pas l’ombre d’un contrôle volontaire sur son énurésie nocturne ; donc tout reproche, tout énervement sont vécus comme des injustices qui retardent les choses.

Dans cet article, je définis l’énurésie primaire comme une entité biopsychosociale. Elle s’améliore et guérit à son rythme propre.

Parmi les facteurs susceptibles de l’entretenir, il est possible, en ce qui concerne Maxime, qu’un facteur affectif ait joué un rôle. En effet, vous faites vous-même référence à un stress lié à une scolarité précoce. Par ailleurs, en tant qu’aîné, il a pu être déprimé, abattu en voyant que sa petite sœur – sa petite rivale ! – arrivait plus vite que lui a la propreté, même s’il n’ena rien laissé paraître. Enfin, comment a-t-il vécu vos déplacements et vos absences ? Il est donc possible qu’il ait été discrètement déprimé il y a un an ou deux et qu’inconsciemment, il a voulu « rester bébé » dans une partie de son corps et de son être : pour se consoler et pour vous rappeler auprès de lui.

Hélas, même si ce facteur affectif ne joue plus très fort aujourd’hui, de bonnes habitudes de programmation mentale n’ont pas été prises à temps !

Il est donc tout à fait certain que Maxime n’a aucune prise, pas la moindre, sur la maîtrise nocturne de sa vessie. Alors, notre devoir est de « relativiser » l’inconvénient, et de maintenir sa confiance en lui et son espérance : Ca s’arrête toujours au moment où le corps devient plus fort, où l’esprit a envie et où la nature le décide. Il faut la conjonction des trois facteurs !

 

Il n’est pas impossible néanmoins que, parfois, l’enfant puisse accélérer les choses en acceptant certaines aides, qui sont aussi des paris, des expériences à tenter. Mais rien ne se passe s’il n’est pas vraiment motivé à tenter le coup face à une mesure qui n’est pourtant qu’un essai, sans résultat garanti. Donc vérifier d’abord, sans pression artificielle, si l’enfant  veut vraiment essayer et, à l’inverse, s’il ne se fait pas des illusions magiques dans sa tête quant à la toute-puissance de l’essai.

 

Pour les enfants « qui en veulent » on peut :

 

- Vérifier avec eux ce qu’ils connaissent du corps ( fabrication du pipi, corps du garçon, corps des filles, différence des sexes, etc. ) ;

- Essayer, chaque fois pour une période de six semaines, pas plus pas moins, si un médicament peut avoir de l’effet ( pourquoi pas votre médicament homéopathique, puis la vasopressine, qui a ma préférence [1] ) ;

 

En ce qui concerne plus particulièrement Maxime, vous pouvez encore :

 

- Vous demander s’il n’est pas un peu triste que sa petite sœur ait pris tant de place auprès de vous : il pourrait bien essayer de  « rattraper » l’attention de sa maman avec son pipi. Donc, montrez-lui délicatement, sans explications tarabiscotées, combien il est important pour vous aussi. Il aime certes sincèrement son papa, mais c’est peut-être aussi parce qu’il croit la place prise par une autre chez sa maman.

- Examiner s’il se sent autant de valeur et de compétence que sa petite sœur et le valoriser comme aîné ( Que fait-il mieux et différemment d’elle ? Peut-il par exemple aller dormir (un peu) plus tard parce qu’il est plus grand ? Etc. )

- Si tout ce qui précède ne suffit pas endéans les six à neuf mois qui viennent, un autre essai pourrait être d’aller voir un psy, parce que parfois aussi, certains soucis, certaines idées, tristesses et soucis personnels contribuent à faire sortir le pipi, même quand on dort. Mais ce n’est pas toujours comme ça. Il faut trouver un psy capable, comme moi, d’être suffisamment sceptique - au sens grec positif du terme [2] - et se limiter ici aussi à un essai de deux mois. A ne poursuivre que si amélioration du symptôme ou que si l’enfant dit que ça lui fait du bien de façon plus générale.

 

Amicalement.

 

La maman me répond

 

Merci pour votre réponse, je viens de télécharger des infos sur l'appareil urinaire, comme ça lui et moi nous découvrirons les mystères de tout cela ensemble.
J'essaie en parallèle le "lever pipi" de la nuit lorsque je me couche, mais
j'ai du mal à croire à cette démarche comportementaliste conseillée par d'autres parents.

 

Je lui réponds

 

Information partagée sur l’appareil urinaire, certes, mais aussi les mystères de la différence des sexes.

Un petit piège toutefois : il ne faut pas que maxime se conforte dans l’impression de ne capter votre attention qu’à partir de son problème et des tentatives de solution de celui-ci ! Pensez bien à le valoriser et à lui consacrer du temps à deux dans bien d’autres occasions quotidiennes.

Le lever la nuit pour le faire uriner : c’est comme pour toute manœuvre possible : semble-t-il assez motivé par cet essai ?       
Si oui un essai de six semaines peut être tenté. Renouvelable après quelques mois s’il ne porte pas de fruit tout de suite.

 

La maman me répond

 

A la question de la motivation, les mots  de Maxime ont été "Oui, je veux plus être un  bébé" Nous entamons donc notre "essai thérapeutique" du lever nocturne.

Nous avons regardé hier comment fonctionne l'appareil urinaire, le détrusor "chasse d'eau" l'a fait beaucoup rigoler !

Cordialement.

 

Et rapidement après, elle m’informe

 

Plus d'une semaine que nous levons Maxime, mais le matin les couches restent mouillées. Je pense qu'on va rapidement le laisser tranquille...


Je lui réponds

 

Attention à nouveau ! Vous pourriez tomber dans l’excès inverse qui est celui de trop de décisions précipitées et donc changeantes. Je vous ai suggéré des essais ni trop brefs ni trop longs ; tenir bon six semaines en restant zen et en croyant qu’il n’est pas impossible que quelque chose se déclenche.

 

Maxime vous a dit : « Oui, je veux plus être un  bébé » ?

Déclaration à accompagner avec prudence et délicatesse car :

 

- C’est bien possible, en ce qui le concerne, qu’un peu de dépression ait induit du laisser-aller et un « appel à la Mère » inconscient à un moment donné de sa petite enfance. Peut-il vous parler de certains moments où il s’est senti triste ?

 

- Toutefois, aujourd’hui, ce serait une nouvelle illusion magique de croire que sa seule phrase peut suffire à établir la fonctionnalité positive d’un appareil complexe. Donc si vous acceptez, par exemple, de le lever la nuit, c’est pour essayer d’accélérer la vitesse de cet appareil et pour qu’il se sente davantage confortable, tout pareil aux autres et pas pour qu’il cesse d’être bébé … Dans la vie quotidienne, il doit savoir que vous êtes déjà fière de lui en tant que grand garçon, capable de bien des compétences et de prendre des responsabilités d’aîné : Vous ne le lui direz jamais assez.

Amitiés.

Mots-clé :

ENURESIE, énurésie nocturne, énurésie primaire, vasopressine, deuil, limite.

 

si vous voulez en discuter avec moi

 

Pour télécharger en Word 2000

 

Notes

 



[1]  L’oxybutynine – Ditropan - n’aide que les enfants qui, la journée montrent des signes d’instabilité-hyperactivité vésicale : nombreux petits pipis impérieux ; gouttes facilement perdues dans le slip vu l’urgence ressentie …

 

[2]  C’est à dire capable de faire l’hypothèse de l’affectif sans la transformer en certitude. Capable aussi de comprendre que c’est tout au plus une causalité partielle.