L’aliénation parentale : Info ou intox ?

 


J.-Y. Hayez [1]          

 

Résumé L'article décrit pourquoi certains enfants refusent farouchement et longuement tout contact avec un de leurs parents, après la séparation de ceux-ci ; il décrit aussi des phénomènes graves qui y sont parfois liés (enlèvement d'enfant ; allégations d'abus sexuel, etc.)
L’auteur  y évoque ensuite le danger de réduire ces phénomènes complexes sous le seul vocable « syndrome d'aliénation parentale », tel que l'ont promu le psychiatre nord- américain R. Gardner et son école.
L'article décrit enfin en détail des manières de réagir à ces situations de refus, qui ont souvent de lourdes implications systémiques. Chaque fois adaptées à des situations originales, elles incluent le plus souvent des composantes psychologiques, sociales et judiciaires et demandent beaucoup d'énergie, de coordination et de persistance.

 

Mots-clé aliénation parentale, syndrome d’aliénation parentale, SAP,  refus de visites, enlèvement d’enfants, séparation parentale, allégation d’abus sexuel, fausses allégations

 

§ I. Genèse de la notion d'aliénation parentale.

 



Après la séparation du couple parental, il existe dans un nombre non négligeable de cas des difficultés de circulation de l'enfant [2] entre ses parents. Elles peuvent s'avérer importantes et durables, jusqu'au refus total et permanent d'encore séjourner chez un parent.
Il y a une trentaine d'années, un psychiatre nord- américain, R. Gardner, a donné une identité officielle à ces situations, en l’appelant « syndrome d'aliénation parentale (SAP) » (Gardner, 1992) ; il lui a donné alors une apparence scientifique, en schématisant et en résumant sa description en critères cliniques très concrets, dont la présence en nombre significatif doit faire diagnostiquer la présence de son syndrome [3].

Les plus importants tournent autour du dénigrement inobjectif et passionné par l’enfant du parent contesté (PR, pour parent refusé) et souvent de ses alliés, sous l'influence déterminante du parent chez qui se passe la vie quotidienne (PG, pour parent gardien) et souvent de ses alliés. Gardner y inclut – diaboliquement à mon sens - un critère qui coupe l'herbe sous le pied à tout doute et à toute critique : dans ce contexte où l'enfant accuse, il est ipso facto, estimé incapable d'avoir une pensée personnelle malgré qu'il affirme vigoureusement le contraire : s'il se prétend être un « penseur indépendant » et insiste à ce propos, Gardner y voit précisément la preuve qu'il ne l'est pas.

Certains scientifiques ont suivi Gardner et continué à promouvoir l'idée du SAP (par exemple Lowenstein, 1998 ;  Major 2000) Parmi les alliances les plus toxiques dans ses effets potentiels, il y a celle de Kelly (2001), qui a coupé la définition clinique de tout lien étiologique. Cela revient à dire que dès qu'un enfant dénigre un parent de façon disproportionnée par rapport à la réalité et ne veut plus aller en visite chez lui, il s'agit d'un SAP, quel que soit le panachage des responsabilités en jeu !


Ce cadre conceptuel étant proposé, il s'est passé ce que l'on pouvait redouter : on y a fait entrer beaucoup de vignettes cliniques. Parfois bien légèrement, sans examiner soigneusement si l'on correspondait vraiment aux critères gardneriens officiels, qui ont quand-même une pondération de gravité. Mais surtout sans grand souci de l'étiologie, ce qui revient à dire que l'on étiquette indûment comme parents activement aliénants nombre de PG alors que l'on se trouve dans la catégorie majoritaire des causalités multifactorielles que je vais évoquer bientôt.
Ce « remplissage en vrac » a parfois été le fait d'intervenants naïfs et peu formés, à la recherche d'une sécurité intellectuelle et de recettes pour guider leur action.
Mais, dans le chef d'autres promoteurs du concept, c'est une stratégie beaucoup plus concertée. Des avocats, par exemple, bradent facilement le terme  « mère aliénante », dès que la circulation des enfants est compliquée, parce qu’ils ont remarqué qu’un certain nombre de magistrats y sont tout de suite positivement sensibles et verront alors la mère incriminée d’un plus mauvais œil.  Des associations composées de parents refusés – en grande partie des pères – prétendent haut et fort que, pour chacune de leurs situations particulières, on se trouve bel et bien dans le cadre d'une aliénation parentale. Et elles se sont souvent constituées en véritables lobbies, cherchant à influencer les scientifiques, les magistrats, l'opinion publique, etc. Or, la composition de ces groupes est plus complexe qu'il n'en a l'air : à côté d'une présence minoritaire de parents réellement victimes d'injustice et d'aliénation, il y en a davantage qui sont en bagarre et en rivalité perdurantes avec leur ex-conjoint : sorte d'énormes bras de fer où ce qui compte, ce n'est pas vraiment le bonheur de l'enfant, mais plutôt finir par l'emporter sur l'autre. Les mouvements féministes voient même dans celles-ci une passe d'armes plus générale dans la lutte sociale entre le pouvoir des hommes et celui des femmes [4] (Côté, 2000)

 


Revenons donc à plus de sérénité : des difficultés graves de circulation de l'enfant entre ses parents sont certes susceptibles d'exister, mais ...

§ II. Quelles sont les motivations en jeu ?

Elles sont complexes et variées. Schématiquement, nous en retiendrons trois catégories, réparties sur une sorte de courbe de Gauss. A un extrême se trouvent celles dont PR est le principal ou l'unique responsable. A l'autre celles qui sont dues à PG. Au centre, se trouvent les situations les plus fréquentes, multifactorielles, où chacun y va de son bras de fer agressif voire haineux contre l’autre. Néanmoins cette catégorisation qui ne tient compte que des facteurs parentaux est simplificatrice et boiteuse, car l'enfant aussi y met du sien et il existe même une minorité de situations où c'est lui qui se construit une représentation négative forte et stable de PR, sans que PG ne lui souffle grand chose à l’oreille.

I. PR a provoqué le refus.

PR peut avoir été et parfois même demeurer l'agent principal de blessures relationnelles profondes, dont voici quelques exemples :


- Du temps où le couple vivait ensemble, PR était l'auteur de  violences répétées envers son conjoint. Que l'enfant ait reçu des coups lui-même ou non n'y change pas grand chose : il s'est imprimé dans son psychisme l'image d'un adulte violent, ayant maltraité PG que l'enfant aime et veut  parfois protéger dans la durée  et qui pourrait lui faire du mal à lui  aussi, l’enfant.

 


- Du temps où le couple vivait ensemble, PR n'investissait guère l'enfant. Après la séparation, s'il se met à réclamer la présence de celui-ci, sa motivation non déclarée ne semble pas être du côté d’un amour qui surgirait tardivement. Il s’agit plutôt d’être plus fort que son ex, de continuer à lui pourrir la vie ou encore d’épargner de l’argent (Hester et Ralford, 1996)

 
-  PR s'est remis en ménage avec un compagnon ou une compagne qui n'aime pas l'enfant et le manifeste de façon subtile ou grossière. Ce que l'enfant refuse, c'est de fréquenter le système constitué par PR et son nouveau conjoint. Implicitement, il reproche à PR son inefficacité ou sa lâcheté au moment où il faudrait le défendre lui, l'enfant, contre l'injustice du « nouveau »


- PR - plus souvent le père – a « plaqué » femme et enfants pour se jeter dans les bras d'une très jeune femme [5]. Nombre de grands enfants et d'adolescents ne peuvent pas lui pardonner cette trahison qui fait voler en éclats leur statut de petit(e) prince (sse) choyé(e), et introduit gêne matérielle et souffrance morale dans la famille délaissée.


- Lors du séjour chez un parent, l’enfant peut être maltraité physiquement ou abusé sexuellement par celui-ci ou l'un de ses proches. S'en plaint-il spontanément ou refuse-t-il d'encore fréquenter ce parent sous l'un ou l'autre prétexte? C'est le cas pour une minorité, les plus grands surtout, soit qu'ils verbalisent ce qui leur est arrivé (rare !), soit qu'ils montrent leur souffrance et leur refus à travers les signes nouveaux d'un comportement perturbé. Mais la majorité des enfants abusés dans ce contexte sont des enfants (très) jeunes qui le sont de façon soft [6]  et  ne comprennent pas bien ce qui leur arrive ; donc ils ne se plaignent pas et c'est par hasard que PG découvre qu'il y a eu abus[7]. Il s'en suit alors une cascade d'interrogations et de réactions émotionnelles entre l'enfant et PG. Quelques fois, PG peut réagir en cherchant avec délicatesse, sans tout de suite dramatiser, une aide pour comprendre et résoudre le problème. Mais bien plus souvent les réactions émotionnelles anxieuses, indignées ou hostiles de PG poussent l'enfant à épouser étroitement ce que vit celui-ci, et même à en remettre ou à se calquer sur une part de débordement imaginaire qui envahit parfois PG. Plainte est déposée et les visites sont bloquées pour un certain temps. Un certain temps, sans plus, car les habitudes professionnelles changent :  depuis quatre, cinq ans, le seul énoncé de l'allégation fait se lever chez beaucoup d'intervenants un a priori de méfiance et d’agacement visant davantage le parent et de l'enfant qui accusent que le parent accusé. Ces parents accusateurs – souvent des mères – risquent même de perdre la garde de l'enfant si l'on ne trouve pas de preuves claires à l'appui de leurs dires. A tout le moins se montre-t-on souvent inerte pour suspendre les contacts entre l'enfant et le parent suspect, même au moment de l'instruction judiciaire ; et si PG se rebiffe face à ce qu'il croit être la répétition d'un danger pour son enfant, il peut s'attendre aux pires ennuis (Hayez, 2004) ! Tout cela est-il bien serein et juste ?

- Dans d’autres cas au moins aussi dramatiques, il est probable que des activités sexuelles ont existé entre PR et l’enfant. Mais la Justice pénale n’a pas voulu croire l’enfant et a classé l’affaire. Dans la grande majorité de ces situations, PR réclame de nouveau les visites de l’enfant, si pas un hébergement égalitaire. Il le fait soit parce qu’il a besoin de restaurer jusqu’au bout son image sociale, soit en référence à un bras de fer continué avec PG, soit par perversité. Hélas, en Belgique du moins, trop de magistrats de la Jeunesse s’alignent sur les conclusions du pénal et ordonnent une reprise des contacts, alors que rien n’a été reconnu, qu’a fortiori aucune demande de pardon n’a été formulée par PR et que l’enfant est en droit d’avoir très peur des intentions sexuelles futures de ce denier. Le juge de la jeunesse pourrait pourtant tenir compte au moins de l’état de stress vécu par l’enfant pour suspendre les visites. J’y reviendrai par la suite mais il est bien rare qu’il le fasse ! [8]

 

 

II. C'est PG qui provoque le refus.

A l'autre extrême, c'est PG qui dysfonctionne principalement et relève alors vraiment de l'appellation de parent aliénant : il détourne l'enfant du contact avec PR en dénigrant ce dernier d'une manière totalement non justifiée, ou via des exagérations non fondées.


- PG peut agir seul, souvent en raison d'une forte problématique psychologique personnelle : psychose [9], personnalité paranoïde, histoire de vie particulièrement lourde, tissée de violences physiques ou/et d’abus sexuels dont des éléments sont projetés indûment sur PR.

 

- Il est beaucoup plus rare que PG ne présente pas de perturbations mentales majeures et que ce soit la seule haine contre  son ex-conjoint qui lui fasse « péter un plomb » et le pousse à prendre l’enfant comme allié en le désinformant sans scrupules.

 

ILL. La maman de Chloé (huit ans) ne supporte pas du tout que le papa de celle-ci se soit remis en ménage avec une mère de trois enfants, qui a encore eu par la suite une petite fille avec ce papa. On met néanmoins en place un hébergement égalitaire. Bonne éducatrice et investissant très positivement la petite fille, quand celle-ci réside chez elle, elle ne peut pas s’empêcher de lui confier une mission : « Tu dois me remplacer pour leur pourrir la vie » Elle promet même de petits cadeaux à Chloé si celle-ci peut lui raconter qu’elle s’est mal conduite dans la famille du père. Comment est-ce que je le sais ? J’ai offert à l’enfant un espace de pure confidentialité en thérapie et je m’y tiens strictement. Après de longues manœuvres d’évitement et d’approche très prudentes, Chloé finit par se lâcher – les semaines où elle vient chez moi depuis la maison de son papa – Elle ne veut pas me raconter verbalement, mais elle m’écrit en lettres majuscules : « Maman, arrête de me demander d’être méchante chez papa ! » Il faut ajouter que le père méfiant et inquisiteur, a l’art de lui tirer les vers du nez. Elle se sent sur le gril partout. Que lui recommander d’autres que ruser et mentir pour que ces adultes déraisonnables aient la fausse impression d’avoir gagné via sa personne, et du coup la laissent tranquille … ?

 

Il n'est pas rare alors que PG reconstitue un petit château fort bien barricadé, socialement isolé, dans lequel il s'enferme avec l'enfant. Surtout quand il vit seul avec celui-ci, sa manière de dénigrer PR peut être des plus subtiles. Par exemple, PG manipule les souvenirs anciens de l'enfant ; il parle de façon méprisante et négative de PR à des tiers sans s'adresser directement à l'enfant ; il fait remarquer toutes les injustices que PR lui a fait subir ; il organise les visites chez PR à des moments frustrants pour l'enfant et organise des « passages » laborieux (Van Gijseghem, 2003)


- Plus souvent néanmoins, PG dispose d'alliés dans sa famille d'origine. Il souffre alors, soit d'une des pathologies tout juste évoquées, soit d'une « simple » et forte immaturité affective, qui entrave son indépendance par rapport à sa famille d'origine : alors, ce sont les propres parents de PG qui montent au créneau et enveniment les choses.


Le terme aliénant est donc à prendre avec un double effet. Par son dysfonctionnement, PG aliène (rend étranger) le PR à l'enfant. Mais il aliène aussi l'enfant à lui-même, en abusant de son pouvoir psychologique pour détruire l'image de PR construite par l'enfant et imposer la sienne.

- C'est dans ce contexte de vraie aliénation que de fausses allégations d'abus sexuel sont portées à l'égard de PR [10]. L'allégation d'abus survient dans un contexte de conflit, de haine, de peur, où le moindre élément (une rougeur près des zones génitales, un geste de l'enfant, ...) devient symptôme puis conviction (Kinoo, 1999)
Le parent aliénant est parfois convaincu de bonne foi, en référence à ses propres vécus et problèmes psychologiques qu'il projette sur l'enfant. Ailleurs au contraire, il invente délibérément : « C'est ma mère qui m'a dit qu'avec cette plainte, je gagnerai sûrement mon divorce. », reconnaîtra dépitée une maman, plus inconsciente des effets de son accusation que réellement haineuse. Entre les deux, il doute, mais préfère s’autosuggestionner et laisser libre cours à son imagination qu’il transforme en réalité.

 

- Et il faut évoquer enfin les dramatiques problèmes liés à de profondes différences culturelles ou religieuses qui pèsent de tout leur poids après la séparation du couple, souvent un couple de deux continents différents. Ici un des partenaires, souvent le père, n'hésite pas à enlever l'enfant ou à ne pas le restituer après un séjour chez lui ; faisant fi de l'attachement entre l'enfant et l'autre parent, il coupe radicalement le premier de tout contact avec le second. Une motivation d'orgueil et de haine contre l'ex-conjoint s'ajoute fréquemment aux raisons d'ordre culturel et religieux. Malheureusement, les législations du pays où l'enfant a été emmené peuvent entériner le fait accompli. Même quand des conventions officielles sont laborieusement échafaudées entre deux pays, elles restent parfois lettre morte.

 

 

L’enlèvement de Ganymède, P.P. Rubens


III.  L'enfant est le principal responsable du refus

Dans d'autres cas, pas très nombreux non plus, le refus est principalement le fait du seul enfant. Les tranches d'âge le plus concernées ici sont les enfants en âge préscolaire et les préadolescents ou les adolescents. PG préfèrerait consciemment que ce refus n'existe pas, car il lui complique la vie. PR, lui, ne croit pas facilement que c'est l'enfant qui est en cause et accuse PG ; celui-ci se voit doublement victime : de son ex- conjoint et de l'enfant ; il essaie donc de faire changer l'option de ce dernier, mais en vain[11].


A l'origine de ces refus, on peut invoquer :


- Surtout chez les plus jeunes, la simple angoisse à anticiper la rencontre avec PR, devenu lointain et étranger ; l'angoisse que ce parent ne découvre les désirs œdipiens de l'enfant et ne le punisse pour cela (« Papa ne peut pas savoir que je me sens le petit homme de maman »)


- La très banale angoisse surajoutée d'être réprimandé et puni parce qu'on a été irrégulier ou de mauvaise humeur lors des visites précédentes (faille qui se creuse de plus en plus, de ce seul chef)


- Le conflit de loyauté que l'enfant éprouve tout seul après la séparation, surtout si celle-ci reste litigieuse entre adultes ; une manière simple de s'en sortir est de se représenter qu'il y a un bon et un mauvais parent et d'agir en conséquence ( Van Gijseghem, 2003, p. 25 ) Et tel enfant, narcissique ou anxieux peut s'acharner dans son opinion, pour ne pas vivre la honte de changer d'avis ou la crainte d'être mis en présence du parent dénigré.

 

IV. Les situations multifactorielles


Néanmoins, dans la majorité des situations où un parent est refusé, les causes sont multiples. Dans l'histoire du couple et de la famille, chacun a déjà joué sa part de rôle hostile à l'autre, et il continue après la séparation.

 


En voici des illustrations :


- Quand le couple vivait encore ensemble, le père se comportait plutôt durement avec la mère et se montrait peu impliqué dans la relation à l'enfant ; après séparation, il continue à faire beaucoup d'ennuis à la mère ; il a l'air d'exiger les visites de l'enfant « pour le principe » et n'a pas su s'occuper positivement de lui les premières fois où celui-ci a été le voir. La mère ne l'aime pas, ça c'est clair ; même si elle ne le dénigre pas ouvertement, elle est incapable de faire passer l'image du « bon père » qu'il n'a pas été jusqu'à présent. C'est probablement ici que se situe le mécanisme de « transmission inconsciente » par un parent de l'image négative qu'il a de l'autre. L'enfant en capte les composantes souvent subtiles et fait siennes les idées et les affects les plus intimes de ce parent. Les grands parents maternels sont bien présents et sur la même longueur d'onde que leur fille. L'enfant, anxieux ou très attaché à la mère, finit par fuir les contacts avec son père.


- De très forts conflits existent depuis toujours entre les parents et expriment leur rivalité et la volonté de pouvoir de chacun sur l'autre. Quoi qu'ils prétendent, l'enfant n'a jamais vraiment compté foncièrement comme personne dans ces conflits : objet de litige, objet que l'on se dispute, objet de chantages, il est manipulé par chacun des parents, parfois à l'insu de la volonté consciente de ceux-ci. Quand l'un des deux en a la garde au quotidien, il l'accapare jalousement et dénigre son ex. Celui-ci hurle, mais fait exactement la même chose si d'aventure l'enfant séjourne chez lui. L'enfant, soit s'aligne sur le point de vue d'un de ses parents, soit se conforme prudemment aux propos du camp dans lequel il réside pour le moment.

 

§ III. Effets psychologiques sur l'enfant.

En nous limitant aux cas où PG est effectivement aliénant, les conséquences psychologiques ne sont pas minces pour l'enfant.

- Surtout au fur et à mesure que celui-ci grandit, il n'est pas rare qu'il se rende compte de sa propre inobjectivité lorsqu'il dénigre PR ; cette prise de conscience est au moins partielle et intuitive, mais l'enfant continue néanmoins souvent à dénigrer PR par conformisme prudent.

L'enfant peut également persister par orgueil : tout, plutôt que d'avouer qu'il  s'est trompé ! Alors, il en remet en faisant l'étalage plus intransigeant que jamais des fautes de « l'accusé » Mais il se sent secrètement coupable de sa trahison : son plaisir de vivre diminue et il peut chercher à s'auto-punir de l'une ou l'autre façon [12].

Autre évolution possible, c'est l'évolution « caractérielle » Dans un premier temps, PG et enfant ont été en alliance forte et en grande proximité affective pour lutter contre PR, dans un deuxième temps ( à l'adolescence le plus souvent ), l'enfant utilise les mêmes attitudes de haine, d'irrespect, de violence, de refus d'autorité contre PG, tout en continuant à refuser PR.

 

 

- Ailleurs, l'enfant suggestionné persiste de bonne foi à rejeter PR. Néanmoins, même alors, il souffre de l’attitude dénigrante du parent aliénant : cela peut l'angoisser, surtout s'il est petit (« Un monstre, il peut surgir n'importe quand avec un sac pour me kidnapper, n'est-ce pas ? ») ; cela peut aussi le rendre l'enfant triste et préoccupé, même s'il  le cache bien : il ne peut pas se référer à un papa et à une maman, séparés ou non, comme le font la grande majorité de ses copains ; c'est toujours la monotonie d'un seul parent et il ne peut jamais se sentir ni se déclarer fier de l'autre. Il s’installe souvent aussi des failles dans la construction de son identité, surtout s'il est du même sexe que le parent honni : le parent gardien - supposons la mère – aura beau veiller à des contacts amicaux avec d'autres hommes et même à se remettre en ménage avec un de ceux-ci, possible substitut paternel pour l'enfant ; elle n'enlève rien au fait qu'elle désavoue indûment la semence et le désir d'homme dont l'enfant est issu ; celui-ci peut pressentir l'interdiction imméritée de s'identifier à son père et peiner à aller chercher ailleurs des références sexuées positives ; il a même du mal à croire à la valeur de sa propre masculinité, c'est-à-dire aux ressources sexuées spontanément présentes en lui, qui est issu de ce père déclaré si mauvais ...


-  Une fois devenu grand adolescent ou adulte, fait-il mieux la part des choses et reprend-il contact avec PR ? H. Van Gijseghem pense que ce n'est jamais le cas (Van Gijseghem, 2003) Ce n'est pas mon expérience : ce me semble lié à la passivité soumise ou à la haine active que le jeune a exprimée les années précédentes ; plus il a été actif et en colère, moins il lui est facile de penser qu'il pourrait se réconcilier avec PR c'est-à-dire, en quelque sorte, obtenir le pardon de celui-ci. Mais ce n'est jamais impossible !

 
§ IV. Quelques propositions pour la prise en charge.

I. Aux deux extrêmes de la courbe de Gauss étiologique évoquée, c'est  simple sur papier : des mesures énergiques doivent être prises et un cadre judiciaire s’avère le plus souvent indispensable.

A. De rares fois, le parent gardien actuel aliène l’enfant s’une manière tellement rigide, psychotique ou perverse qu’il constitue un agent hautement toxique :  par exemple, mère en perpétuel débordement émotionnel, paranoïde, sans la moindre objectivité qui fait baigner indéfiniment l'enfant dans une forte ambiance de persécution ; quelques rares cas de psychose ; parent qui a déjà arraché un enfant à l'autre parent, bien investi et aimé, dans le cadre d'un enlèvement religieux, culturel ou narcissique.

Supposons en outre que PR soit bien plus modéré et disponible. Alors, une décision judiciaire devrait lui confier l'enfant en garde principale ou exclusive, avec les soutiens psychologiques nécessaires pour assurer la transition. Un cadre judiciaire et ses services sociaux exécutifs forts et vigilants  sont nécessaires pour y réussir. Aussi longtemps que son attitude ou sa conviction ne changent pas, le parent jusqu'alors gardien ne doit plus avoir avec l'enfant que des contacts réduits et accompagnés (« espaces-rencontre ») et encore, s'il parvient à ne pas s'y montrer négatif. Les contacts informels doivent être interdits (lettres, téléphone, contacts surprise à la sortie de l'école ...) Ce parent jusqu'alors gardien, très frustré et malheureux de la décision prise, gagne à ne pas être diabolisé pour autant et  soutenu psychologiquement lui aussi dans toute la mesure du possible.

 

 

Le papa d'Edouard ( neuf ans ) est devenu soudainement psychotique, et il faut suspendre son droit de visite. Edouard dessine des hommes coupés en morceaux par des diables.


Dans de rares cas de cette catégorie, le parent jusqu'alors refusé n'est guère disponible pour élever l'enfant au quotidien  et il faut envisager un placement de l'enfant en milieu tiers avec un bon encadrement psychologique (famille élargie, famille d'accueil, maison d'enfants ...)


B. Dans les situations inverses, plutôt rares elles aussi, PR est estimé franchement toxique et l'on peut travailler en miroir de ce qui précède : contacts supprimés ou réduits et très encadrés.


La question d'un abus sexuel qu'il aurait commis demande un raisonnement particulier. Le principe fondamental est que si un adulte a abusé d'un enfant, qu'il le reconnaisse ou non, que la société ou la Justice le reconnaisse ou non, il est toujours injuste et traumatisant ou pour ce dernier de continuer à avoir des contacts avec l'abuseur de facto, aussi longtemps que celui-ci n'a pas reconnu les faits et demandé pardon, et qu'on n'est pas raisonnablement certain de la non-récidive.


Partant de là, la suspension des contacts est facile à mettre en place si les faits on été reconnus. Elle devrait durer aussi longtemps que l'enfant les refuse, par peur, dégoût ou incapacité de pardonner.

 

Par ailleurs, s'il est probable que l'abus a eu lieu mais qu'il n'a pas été reconnu par l'auteur et qu'un Tribunal pénal a prononcé un non-lieu, un Tribunal pour mineurs devrait être mis en place et protéger l'enfant. Cette protection consistera en une suspension des contacts avec l'adulte suspect, vu les angoisses que génèrent la mise en présence de l'enfant avec l'adulte qui ne reconnaît rien ! Suspension qui devrait durer au moins aussi longtemps que l'enfant refuse la reprise de contacts et n'est pas estimé être en mesure de se protéger personnellement si on l'importunait à nouveau [13]. L'idée à la mode, de confier l'enfant et le parent très suspect à un centre Espace-Rencontre [14] pour une reprise progressive des contacts est, dans ce cas-ci, contraire à l'intérêt de l'enfant. Ce serait vouloir le conditionner à se montrer positif avec quelqu'un qui n'a pas reconnu sa nuisance et s'avère toujours susceptible de lui nuire !


Enfin, si la suspicion d'abus est l'objet d'une instruction pénale, un Tribunal pour mineurs devrait être mis en place et prendre des mesures conservatoires préventives identiques. Le fait que, actuellement, des parents gardiens soient parfois poursuivis pour non présentation d'enfant au cours de semblable procédure est ahurissant et scandaleux (Hayez, 2004, pp. 179 à 187)

 


II. Malheureusement, dans la majorité des situations, la multifactorialité des forces en présence est plus confuse et plus complexe.  Voici quelques repères utiles dans ces contextes :


A. Arrêtons de penser que l'enfant ne pense pas.

 

 

Même s'il a été influencé, même s'il désire se conformer à l'un ou à l'autre, les idées qu'il émet et ses choix comportementaux résultent toujours in fine d'une synthèse personnelle. Il faut donc le considérer comme un interlocuteur valable et s'expliquer avec lui comme avec ses parents.


B. Le plus souvent avec l'appui déterminant d'un service judiciaire, la communauté des intervenants en place doit mettre toute son énergie pour que des contacts concrets continuent à exister entre PR et l'enfant. Au minimum - hélas assez fréquent - il faudra s'en tenir à des contacts quantitativement réduits dans un centre « Espace- Rencontre » Parfois, on obtient un peu plus : par exemple, un jour de visite tous les mois ... quelques jours ensemble aux vacances [15].

Lors des rencontres PR-enfant, beaucoup d'idées sur la pédagogie quotidienne élaborée dans la mouvance Gardner sont intéressantes : notamment que PR se montre naturel et positif, plutôt que d’investiguer et de récriminer contre PG et de vouloir faire changer les idées de l’enfant à tout prix.

 


C. Si la situation reste fortement conflictuelle entre les parents, c'est une illusion de penser qu'un hébergement égalitaire imposé soit une bonne solution de vie pour l'enfant, même si PR la demande à corps et à cri comme une manière de lui rendre justice. La haine ne s'apaise pas « au nom de l'enfant », qui n'a rien d'un médicament tranquillisant ; et du coup, l'alternance le soumet à haute fréquence à de lourds orages exacerbés par ses allers et retours.


D. Jusqu'à quel point insister pour obtenir de PG l’obéissance de l’enfant quant à ses contacts avec PR lorsque lui et l’enfants continuent à s’opposer aux jugements des Tribunaux, même modérés comme suggéré en C ? Cette question reste sans réponse certaine pour moi ! Dans ce contexte, les efforts des magistrats et des autres intervenants psychosociaux s'effritent souvent face à la résistance de PG… et plus rien ne se passe !

 


Dans une minorité de situations par contre – mais qui semble s’étendre lentement -, l’affrontement avec les institutions est plus musclé, mais est-ce  toujours vraiment dans l’intérêt de l’enfant [16] ? :

- Envoyer PG face à la Justice pénale, avec amende voir emprisonnement, en rétorsion que ce qui apparaît comme une mauvaise volonté massive de sa part, est-ce vraiment juste et intelligent ? On crée le plus souvent traumatisme psychique, forte culpabilité et perte d’estime de soi chez l’enfant. En outre sa haine contre PR augmente : imagine-t-on vraiment que l'enfant puisse un jour aimer PR qu'il associe inévitablement à une décision aussi barbare ?


- Alors, une astreinte financière proportionnelle aux revenus de PG ? C'est une technique juridique fort utilisée dans d'autres domaines, mais peu jusqu’à présent dans le droit familial. Je n’ai pas beaucoup d'expérience de situations traitées de la sorte mais je me demande si elles ne peuvent pas induire elles aussi les mêmes effets négatifs chez l’enfant.

 

- Obliger l'enfant à aller vivre en permanence chez PR ? Cela semble bien injuste dans ces situations où les responsabilités sont multifactorielles et où PR, recevant l’enfant, a toutes chances de se conduire en miroir de ce que faisait PG jusqu’alors.

Dans ce type de situations, on ne peut accepter les affirmations généralisantes faites par la mouvance Gardner,  affirmant que ces enfants déracinés de chez PG redeviennent très vite heureux chez PR. Ce ne peut être le cas progressivement que dans les situations où PG et lui seul était franchement toxique. En dehors de cela, le pseudo bonheur de l'enfant est une forme de conformisme sous la terreur.

 

-Quelques Tribunaux, lassés par la guerre incessante et les revendications des parents et sensibles à la souffrance vécue par l’enfant, ordonnent que celui-ci soit placé dans un milieu tiers (famille d’accueil ou maison d’enfants) avec des visites régulières et égalitaires de chaque parent.

Cette mesure n’est pas à exclure absolument mais à réfléchir très soigneusement au cas par cas, avec l’aide de psys et de travailleurs sociaux expérimentés. C’est la souffrance de l’enfant au quotidien qui doit servir de guide, et non pas le désir de vengeance face à des parents infernaux qui rendent le système impuissant. L’écoute des souhaits de l’enfant constitue un temps important dans la prise de décision, encore que nous ne soyons jamais obligés de nous aligner sur ses projets élaborés souvent à court terme ou relevant de l’angoisse de l’inconnu ou de la peur de mal faire.

 

E. Une application heureusement rare est particulièrement problématique : c'est le cas où, dans ce contexte du bras de fer réciproque, un parent – par exemple la mère – kidnappe l'enfant : lors d'un moment de visite chez elle, elle l'emmène dans un autre pays ou le cache et commet de la sorte une grave erreur, même si c'est le désespoir ou la conviction que l'autre est mauvais qui l'anime. Lorsque, souvent bien plus tard, la chose est jugée, le Tribunal ordonne le plus souvent que l’enfant soit rendu à l’autre parent, en référence à la gravité du délit et à la valeur exemplative du jugement.

 Ici, je propose de réfléchir dans une logique du moindre mal. Surtout pour montrer à une société, en ce inclus l’enfant concerné, que certaines règles autour de la sécurité des mouvements sont importantes à respecter, j’ai tendance à adhérer à cette prise de position judiciaire et à considérer que c’est le moindre mal. Je ne suis néanmoins pas sûr que ce soit en référence ultime plus grand bien de l'enfant, qui va de nouveau s'en trouver déraciné sans le demander[17].  Et donc l’Etat pourrait parfois restaurer son autorité en faisant preuve de davantage de créativité [18]. Il faut également veiller à ce que, par la suite, le parent qui a procédé à l'enlèvement garde des bons contacts avec son enfant et qu'on ne le diabolise pas !


F. En dehors de ce cas particulier, l'essentiel reste toujours l’application des points B tout juste décrits : l'investissement intensif de services sociaux d'État et d'autres intervenants, oeuvrant de façon tenace pour rétablir le dialogue entre les parents, même sous contrainte, et pour maintenir des contacts enfant-PR.

Et si cela échoue ? Insister avec les mesures énumérées en D ? Peut-être, mais si cela échoue, il faut se souvenir du jugement de Salomon et se résigner éventuellement à ne pas voir l'enfant pendant une durée indéterminée, précisément parce qu'on l'aime.

 

 

Le jugement de Salomon, Raphaël, 1518, partie d'une fresque, loggia du Vatican

 

Je n’ai pas oublié que le jugement de Salomon se termine de façon heureuse pour le parent qui aime avec le plus de désintéressement, mais il ne pouvait pas prévoir cette issue à l'avance. Dans la vie concrète contemporaine, l'issue la plus immédiate ne sera certes pas souvent de cet ordre : ce sera plutôt une traversée du désert de la rencontre. Néanmoins, les enfants deviennent grands adolescents ou adultes un jour et on assiste parfois à des retrouvailles profondes.

 

Sur mon site web www.jeanyveshayez.net, vous trouverez deux dossiers thématiques complémentaires :
- Le premier porte sur l’hébergement égalitaire :

 http://www.jeanyveshayez.net/t06-hebe.htm

 

- Le second porte sur la séparation parentale en général et ses conséquences sur l’enfant : http://www.jeanyveshayez.net/t09-sepa.htm

 

 

Bibliographie

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Social & legal studies, 1996, 5-4, 495-521.
Côté D., La garde partagée, l'équité en question, Montréal, Editions du remue-ménage, 2000.
Dandoy N., Kinoo Ph., Vandermeersch D., Allégations d'abus sexuels et séparations parentales, Louvain-La-Neuve, Perspectives criminologiques, Ed. De Boeck, 2003.
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Hayez J.-Y., de Becker E., L'enfant abusé sexuellement et sa famille : évaluation et traitement, Paris, PUF, 1997.
Hayez J.-Y., La sexualité des enfants, Paris, Odile Jacob, 2004.

Hayez J.-Y., de Becker E., La parole de l’enfant en souffrance, Dunod, 2010.
Hester M., Radford L., Domestic violence and child contact arrangements in England and Danemark, Bristol, Policy Press, 1996.
Kelly J., Johnston J., A reformulation of parent alienation syndrome, Family Courts review, 2001, 39, 249-266.
Kinoo Ph., Expertises en droit familial : fonction de l'expert, éthique du psy,
Genève, Thérapie familiale, 1998,19/4,  131-140.
Kinoo Ph., Allégations d'abus sexuels et séparations parentales, Thérapie familiale, 1999, 20/3, 148-159.

Kinoo Ph., La prise en charge d'enfants de parents séparés : éthique et technique Enfances/Adolescences,  2001, 1, 14-19.
Lowenstein L. F., Parent alienation syndrome, a two step approach toward a solution, 1998. Site :
http://www.fact.on.ca/Info/pas/lowen98.htm.

Major S.A., Parents who have successfully fought parental alienation syndrome,
1999. http://www.livingmedia2000.com/pas.htm.
Penfold S., Questionnable beliefs about child sexual abuse allegations during custody disputes, Canadian journal of family law, 197-14, 11-30.

Van Gijseghem H., L'enfant mis à nu,  Québec, Canada, Meridris, 1992.
Van Gijseghem H., (Entretien avec -), le syndrome d'aliénation parentale,
Journal du droit des jeunes, 2003, 222, 24-26.
Viaux J.-L., Etude des contentieux avec allégations d'abus sexuel dans les séparations parentales, Laboratoire Pris-Université de Rouen, 2001.

si vous voulez en discuter avec moi

 

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Notes

 



[1]  Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur émérite à la Faculté de Médecine de l’Université Catholique de Louvain.

 Courriel : jyhayez@uclouvain.be Site Web : http://www.jeanyveshayez.net 

[2]  Pour simplifier, nous emploierons le terme « enfant » pour désigner le ou les mineur(s) d’âge issu(s) du couple parental qui s'est séparé. S'il y a plusieurs enfants en jeu, il n'est pas impossible que la position de chacun par rapport à la circulation entre ses parents soit différente, mais nous ne le discuterons pas ici.

 

[3]  Comme on procède pour décrire les troubles mentaux dans le DSM IV.

[4]  Il faut se rappeler que, dans la majorité des cas après séparation, et notamment dans les classes sociales ouvrières ou plus pauvres, l'hébergement et l'autorité effectives restent exercés principalement par la mère et que ça arrange bien tout le monde. Le père moins visité n’en est pas ipso facto exclus pour autant : il peut « veiller au grain » et intervenir lorsque son supplément d’autorité est nécessaire. Par ailleurs, dans un certain nombre de cas où un hébergement égalitaire a été demandé et obtenu, elle reste une virtualité : sur le terrain, la majorité des tâches et des moments de séjour restent affectés à la mère.

[5]  Allons, soyons résolument contemporains il pourrait aussi  s’agir d’un très beau mec !

[6] Sans violence, mais dans des « jeux » ou de la séduction 

[7]  Par pur hasard ? Ici, la mémoire d'évocation du petit fonctionne spontanément, activée par un stimulus anodin, sans que PG lui ait posé la moindre question : Toute nue dans son bain, avec sa maman gentiment penchée sur elle, telle petite fille demande ingénument : « Maman, tu mets aussi ton doigt là ? ( sur la vulve ) » et la mère découvre que c’est « comme papa » Ou alors, en jouant à haute voix – par exemple avec ses poupées – l'enfant remet en scène plutôt clairement ce qui lui est arrivé et PG qui est dans les parages l'entend ... ( Hayez et de Becker, 1997 )

[8]  Une illustration détaillée ? Le cas d’Amélie in La parole de l’enfant en souffrance (Hayez, de Becker, 2010, p. 50 et sq.)

 

[9]  En dehors de la psychose paranoïaque ou de la schizophrénie paranoïde, les parents psychotiques ne sont que très rarement détracteurs acharnés de leur ex-conjoint.

[10]  Les allégations d'abus existent dans 5 à 7 % des séparations parentales qui sont restées très tendues au fil du temps ( Viaux, 2001 ). Il faut donc garder la tête froide à propos de l'épidémiologie de celles-ci. Contrairement à ce que dit la rumeur, elles ne sont plus en extension et ont même un peu régressé après un « pic » entre 1996 et 1999.

 

[11]  Si PG se montre trop passif et silencieux par rapport au choix de l'enfant, en arguant : C'est lui qui décide, on glisse de facto vers la catégorie D, multifactorielle.

[12]  Par exemple, ce pourrait être l'origine de « sabotages » de la réussite de soi, via échecs scolaires ou professionnels.

[13]  La capacité de s'auto-protéger va en croissant avec l'âge, surtout si l'on convainc l'enfant qu'il en a le droit et qu'on l'entraîne à en trouver des moyens concrets.

[14]  Ces centres de rencontre entre un parent contesté et l'enfant existent en Belgique sous différentes appellations. L'enfant y passe en généra deux, trois heures  jusqu'à une demi-journée avec son parent, sous la supervision de professionnels ( psychologues, travailleurs sociaux ) formés à la gestion de ces relations difficiles; dans la suite du texte, nous les appellerons« Espace-rencontre », conformément à la nomenclature belge.

[15]  Du moins jusqu'à l'adolescence, où le jeune, de facto, a davantage de pouvoir pour imposer largement ce qu'il veut.

[16] Si les intervenants  insistent outrancièrement, c'est plus souvent dans le cadre d’un bras de fer, comme une manière pour eux de se venger de PG, en lui montrant que ce sont eux les plus forts.

[17]  Vous en trouverez une triste illustration détaillée dans le livre La parole de l’enfant en souffrance ( Dunod, 2010 p. 52 et suivantes )

[18]  Par exemple, si PR présente trop de lacunes ou/et si l’attachement de l’enfant à PR est très fort, avec une éducation quotidienne de qualité : mettre à l’amende PG autour du kidnapping, le forcer à habiter dans un endroit proche et repérable, placer l’enfant deux mois en centre d’accueil, puis le confier à nouveau en ordre principal au parent auteur du rapt.