Un inceste frère-sœur de longue durée (II)

 

 

Une jeune dame m’écrit

 

Bonjour,

 

Je viens de découvrir votre site en parcourant le net à la recherche de réponses ou d'informations qui pourraient éclaircir mon passé. J'ai lu les communications par mail sur votre site  et quelques textes concernant l'abus sexuel ou l'inceste entre frère et soeur, mais ma question reste avec une réponse floue, puisque pour moi le doute semble être difficile à départager : Etait-ce réellement de l'inceste ou de simples jeux? Où commence et où s'arrête le consentement?

 

J'avais 7 ans lorsque mon frère de 11 ans a débuté des attouchements qui ont continué en masturbation, fellation, cunnilingus, pénétration de doigts ou divers objets et quelques rares fois une pénétration complète, écoute de film pornographique hardcore que mon frère imitait avec moi. Ça a fini quand j'avais 12 ans, donc mon frère avait 16 ans ; ça se répétait de façon hebdomadaire, pour ne pas dire quotidienne sur certaines périodes.

 

Il utilisait régulièrement la manipulation (cadeaux, acceptation que je le suive dans des sorties par exemple) pour arriver à ses fins, mais j'ai l'impression d'avoir été consentante de tous ces jeux sexuels, car je croyais que c'était normal ce genre de jeux entre frère et soeur et que je devais le faire. J'ai même été le chercher une fois ou deux  pour être gentille et même j’éprouvais du plaisir parfois... Aujourd'hui, je culpabilise beaucoup, j'ai honte et j'ai de la difficulté à vivre ma vie. J'ai souvent des flash-backs des moments les plus douloureux. Dans ces moments, je ne comprends pas pourquoi j'ai accepté des cadeaux ridicules qui ne valaient pas du tout ce qu'il me demandait de faire ou ce qu'il me faisait. Par contre, parfois, j'éprouve de la colère contre mon frère, une rage profonde, lointaine qui refuse de faire surface. Je suis dans l'ambivalence face à ce passé. Puis, lorsque j'en parle, je suis dans la neutralité totale. Incapable de ressentir quoi que ce soit, un robot qui raconte une histoire. Alors j'ai de la difficulté à me faire une opinion. 

 

Est-ce que j'ai été abusé par mon frère ou est-ce qu'il avait vraiment mon consentement, bref que j'ai été trop idiote en acceptant ses cadeaux?

 

Merci!

 

Vanessa

 

 

Je lui réponds

 

 

Chère Madame,

 

L’ambiance de tout ce que vous racontez est celle d’un abus incestueux de longue durée, et plus du tout celle de jeux sexuels sommes toutes banals entre frère et sœur.

Une preuve indirecte mais valable est d’ailleurs la rage que vous éprouvez aujourd’hui pour avoir été manipulée intellectuellement et matériellement.

 

Votre frère – rapidement pubère, j’imagine – vous avait vraiment pris comme partenaire obligé de sa jouissance sexuelle, qui semble avoir été de plus en plus hard.

Vous n’avez vraiment pas été idiote à accepter ses cadeaux : vous étiez une beaucoup plus petite fille que lui, tout simplement ! Il vous avait probablement aussi persuadée de ce que vous pensiez ensuite : « C’est normal, ces jeux. » avec un pseudo-consentement de votre part, et même parfois, comme vous le dites, un peu d’excitation ou de plaisir qui vous faisait revenir vers lui.

 

Ce n’est pas qu’il a été méchant et effrayant, mais plutôt faux jeton et full pervers avec vous !

 

Deux petites questions, si vous voulez bien :

 

- Qu’est-ce qui a fait que ça s’est arrêté quand vous aviez douze ans ?

 

- Comment se fait-il que vos parents (ou d’autres) n’ont jamais rien vu ?

 

L’heure est maintenant venue de vous réparer de l’intérieur !

 

- Si vous habitez une grande ville, une bonne psychothérapie personnelle pourrait vous y aider (je pourrais vous aider à trouver quelqu’un)

 

- Vous avez le droit d’exprimer maintenant à votre frère tout ce que vous pensez à propos de ce qu’il vous a fait et de couper les ponts avec lui si vous le souhaitez.

 

- Et surtout, surtout, pensez bien que toutes les plaies de la vie peuvent se cicatriser un jour, et que vous avez tout à fait le droit de penser que vous êtes « quelqu’un de bien » ( j’ai trouvé votre courriel très authentique et sensible ), comme vous avez le droit et la capacité d’être aimée et d’aimer.

 

Bien cordialement                                                             

 

 

Elle me répond

 

Bonjour,

 

Merci beaucoup pour votre réponse si rapide! 

 

Votre réponse m'ébranle. Vous m'affirmer ce que je refusais de voir, je crois. J’espérais ne pas être cette petite fille blessée qui a dans sa famille un frère pervers. Pour ma part, je trouve que la culpabilité est plus gérable que la rage ou la colère. Donc, j'espérais d'une certaine façon être coupable autant que lui... Je m'accrochais à cette possibilité pour gérer plus facilement ces années de ma vie. 

 

Maintenant, je vais gérer le tout en psychothérapie. J'ai débuté la semaine dernière et pour la première fois, je crois avoir trouvé la bonne psychothérapeute. Elle en a su plus que quiconque dans ma vie et ce, en une seule rencontre. J'étais fière de moi d'avoir parler autant. Ses paroles et ses réactions m'ont ouvert la piste de l'abus. Moi qui avais toujours pensé à des jeux. Alors, je suis retournée chez moi en me questionnant et la question me tiraillait l'esprit, d, où ma recherche sur le net. Est-ce vraiment de l'abus? Et vous venez de confirmer le tout. Merci!

 

Pour répondre à vos questions, mes règles ont débuté très tôt. J'avais 11 ans. Je me suis servie de cette excuse pour écoeurer mon frère. Je lui disais toujours que j'allais tomber enceinte. Je ne sais pas si c'est pour ça, mais il a commencé à espacer les actes pour finalement ne plus rien me demander.

 Puis, pour la seconde question, ma mère nous a déjà surpris. Elle nous a chicanés. J'ai appris que c'était mal, je lui ai dit que c'était mon frère qui voulait ça et mon frère a dit l'inverse. Après une journée dans nos chambres respectives, les jeux ont continué le lendemain, comme si personne n’avait su quoi que ce soit. Je me sentais prise dans un cercle vicieux, sachant que c'était mal, j'avais peur de lui et je n'osais pas dire non. De toute façon, y'avait toujours mon côté qui aimait les gestes quand ils n’étaient pas douloureux. Puis du côté de ma mère, elle n'a jamais pensé de nous surveiller davantage, croyant que ce n'était que des jeux d'enfant.

 

Merci beaucoup!


Vanessa

 

Je lui réponds

 

 

Bravo à vous aussi pour votre réponse.

 

Il me semble que vous avez cessé de confondre :

 

- Un consentement profond, en connaissance de cause, à ces activités sexuelles (ce que vous n’aviez pas)

 

- Et des petits moments de consentement superficiel que vous avez eus, par ignorance, conformisme, parce que vous étiez trompée et parfois  aussi pour le fun.

 

Votre frère s’est-il lui-même trompé et a-t-il imaginé que votre consentement superficiel était plus engagé ? Je doute de cette erreur, vu son âge et son entrée dans l’adolescence : Sa responsabilité pour vivre une vraie sexualité génitale débutante était de s’adresser à des filles de son âge ou plus âgées, et pas de pervertir sa jeune sœur !

Malheureusement si un jour vous vous confrontez à lui, je suis presque sûr qu’il continuera à tricher, et qu’il mettra à l’avant-plan vos petits consentements pour prétendre que vous étiez aussi responsable que lui !

 

Je fais aussi le pari que dans votre thérapie, vous  découvrirez en vous une grande colère contre ceux qui ne vous ont pas protégé !

 

- Votre mère (Pourquoi cette démission ? Négligence ? Peur d’affronter votre frère ? Voyeurisme pervers en elle ? )

 

- Et votre père ? Vous n’en dites pas un mot … Sauf s’il était décédé, son absence aussi peut-être injuste, frustrante, et vous abandonnant davantage à vous-même.

 

Bon travail et surtout, au risque de me redire, croyez à votre valeur, à la vie et à l’amour !

                                                                          

Elle me répond

 

Bonjour, 

 

Effectivement, pour avoir tenté d'éclairer le tout avec mon frère, il me considérait autant responsable. Si je ne voulais pas, j'avais qu'à dire non...

Puis, pour ma mère, je n'ai aucune idée pourquoi elle a agi de la sorte. Même lorsque je me plaignais de douleur aux parties génitales, elle me disait tout simplement que j'avais pris froid... en plein été. Avec elle aussi, j'ai tenté d'éclaircir la situation. Elle m'a dit qu'elle avait fait ce qu'elle croyait bon avec nos jeux d'enfants et qu'elle en avait parlé à mon père qui avait la même opinion qu'elle. Mon père nie cette information. Il dit n'avoir rien su ou qu'il ne s'en rappelle pas. Mon père n'était pas très présent, donc facile pour lui de jouer à l'ignorant. Puis lorsqu'il était présent, ma mère l'éloignait de moi pour me protéger (elle a subit des agressions de la part de son père).

 

Aujourd'hui, j'ai toujours contact avec eux. Je m'efforce d'avoir une bonne relation et ça fonctionne puisque j'ai l'impression de ne rien ressentir à leur égard. Par contre, je crois que je ne pourrai jamais leur faire savoir ma vision de tout ça. Ils jouent à l'autruche, la tête bien enfoncée dans le sable pour ne pas voir les expériences familiales douloureuses. J'ai retenté dernièrement, mais les mêmes mensonges, les mêmes répliques, les mêmes excuses sont ressorties... Rien de constructif, rien qui fait avancer et personne à l'écoute, tous sur la défensive. J'ai décidé de laisser tomber et de me tourner vers une thérapie, car il est clair que ma famille ne me redonnera jamais ma liberté d'être.


Vanessa

 

Je lui réponds

 

J’approuve de tout coeur les attitudes que vous avez adoptées.

Avez-vous vu le film FESTEN qui montre combien les résistances des familles à ces révélations sont énormes ?

Bon travail avec votre thérapeute.

Je vous souhaite le meilleur.

 

Mots clé :

 

INCESTE FRATERNEL, inceste frère-sœur, abus sexuel, mineur abuseur, culpabilité.

 

 

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