Diana : le chatt

 

 

 

L'infanticide est le crime par excellence des femmes

An.H.

Mis en ligne le 24/05/2012

Les meurtres d’enfants par leur mère existent depuis la nuit des temps.

Comment une mère peut-elle en arriver à tuer sa propre petite fille ? Comment comprendre cet acte fou, inconcevable, inimaginable ? En février 2007, le quintuple infanticide commis à Nivelles par Geneviève Lhermitte avait ébranlé la Belgique. Avant de les tuer méthodiquement, l’un après l’autre, la mère décrite comme exemplaire avait servi le repas à ses enfants. On se souvient, plus récemment, de la policière de Waremme qui, en novembre 2011, avait tué sa petite fille de 17 mois dans les bois de Stoumont et tenté de faire de même avec son garçonnet de 4 ans. Et en février dernier, un bébé était retrouvé gelé à Arbre; l’autopsie a confirmé l’infanticide.

Les meurtres d’enfant par leur mère ne sont pas un phénomène récent; ils existent depuis la nuit des temps. La criminologie enseigne qu’ils sont le crime par excellence des femmes. Au Ve siècle avant l’ère chrétienne, Euripide en donne une première illustration avec Médée, que Jason a trahie, et qui tue les fruits de leur amour. Avec Œdipe, Médée est devenue la figure mythologique la plus connue. En psychologie, elle a donné son nom au complexe de Médée, qui se manifeste chez les femmes qui cherchent à punir leur mari en s’en prenant à leurs enfants...

Auteur de « Ils ont tué leurs enfants » (Imago, 2007), Odile Verschoot, psychologue en milieu pénitentiaire, a recueilli la parole douloureuse de parents pour tenter de comprendre ce qui les a menés vers l’acte fatal. A propos des mères infanticides, sans antécédent judiciaire ni maladie psychiatrique avérée, elle écrit que tuer son enfant, c’est le garder « pour soi pour toujours » L’angoisse du vide est omniprésente. Quand elles mettent un enfant au monde, elles s’aperçoivent que cela ne vient rien combler, explique-t-elle. Si, en plus, le conjoint s’en va, elles se « récupèrent » comme elles peuvent et s’approprient les enfants en les tuant. Chez toutes celles que la psychologue a rencontrées, c’est au moment où une séparation conjugale ou familiale, réelle ou supposée, se profilait que le pire est arrivé.

 

[Question de la part de JoSabrina: ] 

Jo: ] 

Bonjour ! Peut-on parler d'un profil psychologique particulier pour ces mères coupables d'infanticide ?

 

Jean-Yves Hayez : 

 

Les motivations les plus profondes à l'oeuvre peuvent-être très diverses. L'être humain, normal ou déviant est toujours fondamentalement imprévisible et il faut être prudent d'un profil qui pourrait nous rassurer intellectuellement. il y néanmoins a des facteurs explicatifs comme : le moment de folie (peu probable ici), le grand isolement social et le désespoir, la haine contre l'ex compagnon projetée sur l'enfant dont on veut l'écarter définitivement, un besoin maladif d'attirer l'attention sur soi...

 

[Question de la part de NicoSabrina: ] 

 

Nico: ]Comment expliquer que les infanticides sont souvent l'acte d'une mère et moins d'un père ?

 

Jean-Yves Hayez : 

 

Les infanticides de jeunes nourrissons sont d'avantage le fait des mères, mais c'est alors surtout que l'on peut invoquer le profond sentiment d'incapacité, l'angoisse de devoir assumer un bébé, ou le rejet de ce bébé qui représente une faute. les pères sont souvent moins impliqués, plis lointains et donc porteurs de moins d'émotions fortes qui pourraient les porter au meurtre. Il y a néanmoins eu quelques cas à propos d'enfants plus âgés de pères qui ne supportaient pas d'être séparés de leur enfant et qui ont préféré le tuer.

 

[Question de la part de magmag: ]  Sabrina: ] 

 

Bonjour, j'aimerais savoir quels sont les facteurs qui poussent une personne à la décompensation mentale ? Un tel acte ne peut avoir une explication aussi simple si ?

 

Jean-Yves Hayez : 

 

Relisez la première réponse et souvenez-vous de l'imprévisibilité de l'être humain capable d'idées très étranges. A supposer que cela puisse être fait par une oreille bienveillante et neutre, ce serait seulement dans le cadre d'un dialogue interpersonnel confiant que cette dame pourrait découvrir le plus intime de ses propres motivations qui lui échappe probablement à elle aussi pour le moment.

 

[Question de la part de MélusineMélusine: ]  Sabrina: ] 

 

De nombreux Centres de guidance ont été fermé. La prévention existe-t-elle encore en Belgique? Et ceci n'expliquerait-il pas une augmentation de passages à l'acte de plus en plus archaïques (Storme,...)

 

Jean-Yves Hayez : 

 

Beaucoup de facteurs peuvent expliquer une certaine montée de l'agressivité dans nos sociétés : isolement social, le matérialisme, le stress et le besoin de rendement à tout prix. Tout cela effrite la solidarité informelle que nous pouvons avoir les uns pour les autres. Quant au lieux de préventions, il est exact que l'on en a réduit le nombre il en existe néanmoins toujours mais ils sont très atomisés et peu coordonnés dans notre tissus social.

 

[Question de la part de macdessSabrina: ] 

 

Que peux faire la société pour prévenir ces drames selon vous?

 

Jean-Yves Hayez : 

 

C'est une illusion d'imaginer une société parfaite où tout drame pourrait être prévenu. L'agressivité est au coeur de l'être humain au côté de la capacité d'aimer, elle continuera à s'exprimer à l'avenir encore de façon folle comme cela a été le cas ici. Néanmoins plus nous lutterons contre l’isolement social plus nous serons solidaires les uns avec les autres, plus nous soutiendrons les gens à la dérive, plus nous gagnerons en qualité de prévention.

 

Il est important qu'en cas de séparation parentale nous devons prendre des décisions de garde et de visite qui correspondent vraiment à l'intérêt de l'enfant avec réalisme et sans céder aux modes contemporaines qui veulent de l'égalitarisme partout. Un certain nombre de grandes souffrances ont provoqué cette volonté égalitariste qui est plus une mode qu'un réel respect de l'enfant.

 

[Question de la part de DamiDami: ]  Sabrina: ] 

 

La « construction personnelle » des jeunes parents est de plus en plus difficile. N'est-ce pas là qu'il faudrait investir en priorité ?

 

Jean-Yves Hayez : 

 

Oui c'est certainement un des domaines ou il faut investir. Il s'agit non seulement d'améliorer les connaissances et compétences des grands ados mais aussi de donner un vrai soutien aux jeunes parents. La facilité avec laquelle on se sépare aujourd'hui plait à l'urbanisation, fait qu'un assez grand nombre de jeunes parents se trouvent seuls en situation monoparentale avec peu de liens forts avec la communauté, mais c'est de cela aussi dont il faut s'occuper.

 

[Question de la part de GuestGuest: ]  Sabrina: ] 

 

Bonjour Dr Hayez. Hier, lors d'une intervention télévisée, vous disiez que pour expliquer ce drame aux enfants, on pouvait leur dire qu'il arrive qu'une mère « oublie » un instant qu’elle est mère. Ne pensez-vous pas que c’est justement un sentiment « maternel » qui a pu pousser cette femme à commettre l'irréparable? Merci de votre réponse.

 

Jean-Yves Hayez : 

 

Franchement je ne le pense pas. L'amour maternel, est un amour profond et oblatif et dans des circonstances de vrai danger, une mère se sacrifiera sans hésiter pour ses petits. Ce n'est pas encore parce qu'un avocat évoquerait cette forme étrange d'amour qui consiste à tuer son enfant qu'il en est ainsi dans la réalité. Les seules fois à ma connaissance ou des mères peuvent tuer au nom de l'amour c'est quand elles se sentent dans une misère physique et morale extrême, L'enfant va vivre aussi à court terme, mais dans ces cas là elles se donnent la mort après l'avoir tué.

 

[Question de la part de josSabrina: ] 

 

jos: ]Comment expliquer une telle émotion collective dès qu’un enfant décède ? Merci !

 

Jean-Yves Hayez : 

 

Cela signifie que l’être humain garde en lui quelque chose de profondément sociable. L’être humain est un mammifère évolué groupal. Et donc quand un malheur horrible s'abat sur des personnes relativement proche dans le groupe l'être humain s'identifie aux protagonistes de ce malheur. Ici identification à Diana. L'être humain est aussi insécurisé par le comportement non-compréhensible à première vue de celui qui pourrait être son frère et sa soeur. A travers la question du pourquoi il y a aussi la question « cela pourrait-il m'arriver » Une résonance quant à ce mystère profond de la nature humaine mis en question lors de comportements exceptionnels.

 

[Question de la part de MathMath: ]  Sabrina: ] 

 

Avez-vous déjà rencontré certaines de ces mères ? Dans quel état sont-elles après les faits ?

 

Jean-Yves Hayez : 

 

Non, pas directement.

 

[Question de la part de MaiteMaite: ] 

Sabrina: ]

En général, ces personnes ont-elles des remords après ?

 

Jean-Yves Hayez : 

 

Je pense que la grande majorité de ces personnes éprouvent dans la suite de profonds remords, même dans les rares cas où le meurtre a été commis dans un moment de folie ou dans une sorte d'état second. Le remord d'avoir provoqué une destruction horrible est bien là et un certain nombre d'entre elles ne se pardonneront d'ailleurs jamais d'avoir commis un tel meurtre. C'est le moment pour la communauté de se souvenir que à un moment donné de l'itinéraire d'une vie le pardon est un acte possible et que l'on peut aider une personne même gravement coupable à se pardonner et à réparer la faute qu'elle a commise. Sans nier la faute, je ne suis pas partisan de la damnation éternelle des vivants.

 

Je rappelle le passage de l'évangile où Jésus dit que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre et où l'évangéliste ajoute « ils s'en allèrent un à un en particulier les plus âgés »

 

[Rédaction en ligne : 

 

Merci beaucoup d'avoir posé vos questions. Nous n'avons malheureusement pas pu répondre à toutes, mais vous donnons rendez-vous sur lalibre.be pour nos prochaines analyses.

 

 

Mots clé

 

INFANTICIDE, traumatisme collectif, PTSD, angoisse post-traumatique, deuil, traumatisme de masse, intervention collective, intervention de crise, syndrome de stress post-traumatique, vécu subjectif post-traumatique.

 

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