Fellation  abusive entre mineurs

 

Un monsieur m’écrit

 

Je suis (ou étais) quelqu'un de tout à fait normal, rieur, aimant sa famille, ses amis, bien dans sa peau, travail plaisant et stable ... On me caractérise comme quelqu'un qui a une énorme joie de vivre.

 

Venons en au fait. J'ai donc fait assez récemment une introspection. Je me réveille une matin : " tiens j'ai fait un cauchemar ! olala le mauvais trip ! " je transpirais, mal dans ma peau, Second jour, même état, sauf que là, je réalise que ce n'est pas un cauchemar mais une réalité. Je vais aller droit au but parce que c'est insoutenable, insensé pour moi.

 

J'avais 10 / 11 /12 ans ?? elle avait 5 /6 / 7 ans ?? je ne sais plus .... ayant beaucoup réfléchi à mon état d'esprit à l'époque je vous le donne comme je le pense ... j'avais vu avec des copains de mon quartier des livres pornographiques, j'ai donc voulu découvrir, essayer sur cette petite fille ce que j'avais vu ... bisous, regarder son sexe, le toucher, lui faire faire des bisous sur le mien et chose inconcevable je lui ai mis dans la bouche  les faits remontent à une vingtaine d'années. Il n'y a pas eu pénétration ni violence, pour montrer mon immaturité ou méconnaissance, je me souviens m'être dit que mon pénis était trop gros pour rentrer. La petite fille s'était plainte à sa maman " Paul m'a touché la chocho ", ça me semble aujourd'hui hallucinant mais j'avais nié devant l'assemblé, puisque dans ma tête " la grosse bêtise " c'était mon pénis dans sa bouche. (j'en ai les larmes aux yeux et l'envie de vomir en l'écrivant)

 

Depuis quinze jours j'y pense tous les jours Je me sens tout simplement criminel  Premier réflexe, me souvenant qui est cette personne je regarde sur Facebook, et là je vois sa fiche. Elle a l'air heureuse, je regarde ses groupes, ce qu'elle raconte, elle précise que c'est quelqu'un qui aime la vie, qui a beaucoup d'amis etc.

 

Me voilà un minimum rassuré mais : le plus important c'est elle ! la victime !  cache-t-elle son malheur ? s'est-elle déjà souvenue de cette chose affreuse ? je voudrais bien y parler et m'excuser ça serait vraiment un minimum !!! mais si elle ne s'en souvient pas encore, pourquoi y remettre ça en tête ??? bref j'ai tout un tas de question sur la conscience auxquelles je n'ai pas de réponse.

 

J'ai conscience d'être l'abuseur, parce que oui aujourd'hui je me regarde dans la glace et ose me l'avouer. Donc je ne suis pas à plaindre, mais impossible d'avouer ceci à un proche : ma copine me prendrait pour un pervers (que je ne suis pas), me quitterait et je tuerai mes parents sur place.

 

Je précise donc à tous : NON je ne suis pas devenu délinquant sexuel par la suite, NON je ne suis pas pédophile (j'ai toujours haïs ces personnes là) toucher un enfant est une chose abjecte, inhumaine. Après m'être mis plus bas que terre durant ces deux mois, idées suicidaires, remises en questions etc. je remonte un peu la pente, je sais que je suis quelqu'un de bien, de " normal " mais j'aurais au fond de moi ce terrible secret en sachant que ça remontera à l'esprit de cette femme un jour ou l'autre et que sa vie sera brisée.

Je croyais que j'étais un homme bien, j'ai toujours tout fait pour et ferai toujours tout pour mais à mon adolescence j'ai tué une partie de ma joie de vivre tout seul comme un grand.

 

 Je ne comprends pas comment j'avais pu oublier tout ça ? j'avais eu une remonté vers mes 20 ans, mais j'avais cru à un cauchemar tout simplement.

Je ne comprends pas comment je me retrouve à parler de choses aussi ignobles, moi qui suis un homme diamétralement différent de cet ado là, je ne comprends pas, je ne me l'explique pas.

 

Je ne sais même pas si votre adresse fonctionne encore ou si vous répondez toujours aux mails, mais je vous remercie par avance.

 

Je lui réponds

 

Bonjour, je réponds toujours aux courriels, mais je suis en vacances et en outre  je dactylographie très mal ... Où habitez-vous? je préfèrerais vous parler par skype un de ces jours ... Voici néanmoins en résumé ce que j'en pense :

 

- Oui c’était de votre part un comportement abusif « soft », çàd géré par la séduction et pas par la violence. Vous avez joué sur l'immaturité naïve de la petite fille pour obtenir de sa part un pseudo-consentement. Ça a été un moment isolé de votre vie, ce que j’appelle un dérapage dans mon livre « la sexualité des enfants »

- De tels comportements ne sont néanmoins pas rares du tout pendant l’enfance et la préadolescence et n'ont dans la plupart des cas rien à voir avec la mise en place d’ une psychologie structurale d'abuseur … vous le dites d’ailleurs vous-même en ne vous reconnaissant pas dans ce que vous avez fait et en proclamant votre normalité.

- Il est  peu probable que cet acte isolé ait abîmé de façon durable la personnalité de la petite fille ... elle a parlé toute de suite à sa maman de ce qu'elle comprenait de sexuel ( toucher ... et toucher sa chocho ... et il est très probable qu'elle n'a pas compris la signification sexuelle de la fellation ... dans mon livre « la sexualité des enfants », j'appelle ça : vivre une épine sexuelle ) … et vous avez un autre indicateur approximatif, sur Facebook, de sa bonne santé mentale.

- Donc, pardonnez-vous ce geste négatif isolé et reprenez confiance dans ce que vous êtes :je ne connais personne qui ne cède jamais au mal dans sa vie.

Amicalement

 

Il me répond

 

Je ne sais comment vous remercier de cette réponse ultra rapide, durant vos congés en plus. Cette fille étant aujourd'hui une femme, j'ai réussi à avoir de ses nouvelles par des amis d'amis à elle. Elle a en fait 7 ans de moins que moi, ça me fait froid dans le dos, je me demande vraiment ce qu'il m'était passé par la tête. Visiblement elle va très bien, du moins en apparence (FB, réseaux sociaux et donc des nouvelles d'amis en commun) et j'espère vraiment pour elle que ça continuera comme ça.

 

De mon côté c'est compliqué à gérer par moment, grosse remise en question de ma personnalité même si j'ai conscience que c'était un geste d'ado avec la psychologie liée à cet âge et non de moi en tant qu'adulte.

 

Je ne suis pas spécialement contre une rencontre Skype (non enregistrée bien sûr et dans quel but ?), le souci étant que je suis en couple et qu'évidemment je compte garder ce secret par honte, remords et peur de décevoir mes proches, mon entourage qui ne prendraient certainement pas la nouvelle d'un oeil avisé et avec recul de l'âge ... si j'avais moi même une enfant et qu'un ado lui infligeait ceci, je n'imagine pas ma réaction. Me direz vous, tous ces gestes là se font certainement dans l'intimité donc peu de gens s'en rendent compte au final.

 

Je suis vraiment touché par votre disponibilité et votre investissement M. Hayez.

Amicalement.

 

Je lui réponds

 

Bonjour, lisant votre réponse, je crois qu’elle renforce les hypothèses que j’ai hasardées.

En outre, vous n'étiez même pas ado, mais grand enfant !

Skype ?? En toute intimité et discrétion, bien sûr, ce serait pour avoir le temps de parler plus longtemps et aussi qu'on se regarde les yeux dans les yeux, vous et moi ...

Je pense aussi que de tels secrets peuvent être gardés face à votre conjoint ou à votre famille ... inutile de tout gâcher pour soi disant soulager votre culpabilité. Rester dans le silence n’est pas nécessairement plus facile à vivre, loin de là, mais ce peut constituer un geste d’amour et d’humilité.

 

Mots-clés :

ABUS SEXUEL, abus isolé, dérapage sexuel, culpabilité sexuelle, fellation.

 

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