Phobie alimentaire bébé 30 mois
(cas n°2)
 
 
 
Une maman m’écrit
 
 
Je vous explique brièvement le problème de son cas. Il y a 3 jours, je me suis « étouffée » en mangeant une pomme, ma fille de 30 mois qui était présente a été énormément choquée. Elle n'a d’abord rien dit puis après un quart d’heure elle est rentrée en crise. Pendant 30 minutes, elle s'est mise à crier et ne plus vouloir me regarder. Elle s'est jetée dans les bras de mon mari, dans le creux de son cou, et criait et tremblait et ça pendant 30 à 40 minutes. J'essayais de la rassurer mais rien n'y a fait, elle ne voulait pas que je la prenne. Elle était blanche et tremblait sans arrêt. Elle s'est calmée et est partie au courant aux toilettes. Elle avait la diarrhée. Après cela le soir avant de dormir, elle prend un biberon de lait en temps normal mais là elle m'a demandé de l'eau. Elle me disait « pas manger, de l'eau de l'eau » Je l'ai donc amenée dans la cuisine et ayant eu peur qu'elle ne mange plus rien, je lui ai proposé des tas de choses et surtout celles qu'elle aimait comme le chocolat mais rien, elle me disait non ou alors  prenait un carré de chocolat le léchait et me le rendait. Je me suis rendue compte, que cela devenait un vrai problème si elle rentrait dans cette peur. Elle a donc été dormir avec son biberon d'eau. En attendant le lendemain matin, j'ai angoissé toute la nuit en pensant au fait qu'elle se bloque sur la nourriture. Une fois le matin arrivée, j'avais discrètement posé un BN sur la table du salon pour voir si elle le mangerait. Quand je suis venue, elle le mangeait en l’émiettant en milles  morceaux, cela me fendait le coeur. Une fois terminé, elle est venue me voir en me disant « bobo  maman bobo tout en imitant quelqu'un qui s'étouffe » et elle a accouru aux toilettes où elle a eu la diarrhée. 
 
Par la suite, ma mère et mon père  sont venus pour lui changer les idées avec des petits cousins, en pensant qu'avec les enfants elle oublierait. C'est vrai que ce jour là, elle s'est un peu oubliée et elle a mangé un peu … mais ça n’a pas duré, après, quand on était toute la famille à table, elle avait envie mais ne nous  rejoignait pas. Elle grignotait de temps à autre un peu. Elle prend par exemple une olive (c'était son péché mignon) et la découpe avec ses incisives en 10  morceaux et elle me dit « bobo maman bobo » Malgré mon rassurement, rien n'y  fait, elle est réellement rentrée dans une peur de manger et de s'étouffer.
 
Ma  grande crainte c'est qu'elle tombe dans l'anorexie, ou dans le refus d'avaler les aliments. Que dois-je faire? Comment devons nous nous comporter? 
Je suis tracassée et j'ai peur qu'elle maigrisse et qu'elle prenne l'habitude de moins manger jusqu'à rentrer dans un état dangereux pour sa santé. En attendant vos réponses, votre aide je vous prie de croire en l'expression de mes sincères remerciements.
 
Une maman en détresse.
 
Je lui réponds
 
Bonjour Madame,
 
Votre petite fille a en effet été extrêmement traumatisée, comme si c'était elle qui était menacée de mort ... elle a probablement l’espace d’un moment perdu le sens de la différence entre elle et vous, ... c’est comme si les limites de vos deux corps avaient fondu et que vous ne faisiez plus qu’un, elle a eu autant peur de sa mort (ou d’un super gros bobo) que de la votre ... c'est probablement une enfant très intelligente qui a fait en elle le lien manger--s'étouffer--gros bobo spectaculaire et désagréable ( voire mourir)
Normalement ces traumatismes aigus intenses, basés sur une expérience unique se cicatrisent lentement tous seuls, en quelques semaines, à condition que l'on mette paisiblement des mots sur ce qui s'est passé : «  Oui maman s'est fait un très gros bobo en mangeant une pomme ... mais maintenant c'est fini ... maman ne va plus se faire de bobo comme ça ... tu ne vas pas te faire de bobo non  plus  quand tu manges ... papa et maman veillent sur toi » ... bref quelque chose de ce genre là, avec vos mots à vous. Vous pouvez aussi lui raconter une histoire toute simple où un petite fille a très peur de quelque chose comme ce qui vous est arrivé, mais où on la rassure car c’est plus spectaculaire que dangereux. Il est important qu’elle identifie bien son émotion, qu’elle la relie à un événement précis, mais qu’on l’aide bien à comprendre que cet événement est fini fini et donc que la peur peut partir et surtout surtout surtout beaucoup de patience ... ne montrez pas que la question alimentaire vous inquiète ... son goût et sa compétence pour manger de tout va revenir tout doucement, mais d’autant vite et mieux qu'elle ne sentira pas de pression, elle doit réapprivoiser doucement ce qu’elle ressent maintenant comme un fauve sauvage.
 
Soyez objective et réaliste et rappelez-vous qu’elle n'est nullement en danger de sous-alimentation car j'imagine que vous pouvez lui redonner soupes ou biberons ou panades pour compenser assez bien le solide qui lui fait peur pour le moment.
 
Bien cordialement.
 
Elle me répond
 
Bonjour monsieur,
 
Dans un premier temps, je vous remercie beaucoup pour vos réponses et le temps que vous avez pris pour me répondre.
J'ai quelque peu compris qu'il fallait que je laisse le temps au temps même si elle a décidé de rien manger. Si vous le voulez bien, je vous donnerai des nouvelles de l’évolution de son état. Merci beaucoup pour votre gentillesse et votre attention.
 
Je lui réponds
 
Attention à la façon dont vous vivez les choses : vous ne pouvez pas vous dire qu'elle a décidé de ne plus manger, mais bien qu'elle a été et reste terrorisée à l'idée du danger (imaginaire) de la nourriture ... c'est tout autre chose !!!! 
Et donc, il faut l'aider à réapprivoiser tout doucement, en allant à son rythme, ce « faux monstre »
 
Amicalement.
 
Elle me répond
 
Bonjour docteur,
 
Je voulais  vous faire part de l'évolution du cas de ma fille et aurais souhaité avoir vos conseils, si bien entendu vous l'acceptez.
Comme je vous ai dit dans un précédent message , ma fille est bel et bien traumatisée par l'idée de manger mais je trouve que malgré  tout elle mange un peu. Le matin, elle boit son biberon de lait miel chocolat mais pas question de pain ou de gâteau (trop solide pour elle), alors c'est là que discrètement j’interviens avec mon café au lait et une tasse chocolaté avec un bn pour elle . Elle accepte de le manger seulement avec moi (pas seule) et trempée dans son chocolat et elle me regarde en me faisant comprendre avec sa langue qu’elle va le recracher le gâteau mais je la félicite en lui disant « allez trésor, allez trésor » et là elle l'avale, heureuse d'avoir réussi à l'avaler. Est ce là docteur la bonne méthode ???
Quand arrive le repas du midi, elle mange seule seulement si c'est une soupe ou du riz avec beaucoup de lait mais pas de choses trop solides ; et je l'aide toujours. Par exemple, vendredi après midi je lui ai servi un potage avec quelques petits morceaux de légumes ... je lui ai dit en souriant : allez trésor il faut manger et elle était d'accord mais avec moi, et il a fallu que je lui donne donc à la cuillère en disant « allez trésor , allez » pour qu'elle mange et quand elle avalait j'applaudissais, elle souriait car elle était contente d'avoir pu manger. Est ce bien ???? Elle a toujours des réflexes de langue qui pousse la nourriture vers dehors, lorsque je lui mets une cuillère dans la bouche mais je lui explique que c'est rien et elle me dit toujours « craché maman craché » et en me mimant l’étouffement, je la rassure, en lui disant qu’il n'y a rien et que tout va bien, que je suis là que même si elle tousse c’est pas grave. Mais le problème c’est qu’à force de se surveiller, de surveiller qu'elle n'avale pas de travers, elle avale souvent de travers et du coup la dernière fois, elle a arrêté ses efforts mais au repas suivant, je la motivais de nouveau. Qu'en pensez vous?
 
Voilà un peu l'évolution de son état. Qu'en pensez vous ? Est ce bien ? Dois-je voir un pédopsychiatre ou continuez mes encouragements et petit à petit tout rentrera dans l'ordre?
 
Je lui réponds
 
Je pense que ce que vous faites va dans le bon sens, mais vous n'êtes pas loin de dépasser la limite supérieure d'une pression qui deviendrait négative ... Calmez comme vous pouvez votre impatience, votre angoisse sur l’anorexie (le risque est zéro) et votre désir que les choses marchent vite et bien. Je vous ai dit qu'habituellement tout rentrait doucement dans l'ordre EN QUELQUES SEMAINES, pas en quelques jours ... continuez donc à insister UN PEU avec le sourire, à la bluffer parfois un peu comme avec le pain trempé, mais laissez tomber si elle continue à ne pas vouloir pour le moment … ce serait négatif si vous la faisiez pleurer, ou crier de protestation, ou pire encore si vous créiez une nouvelle angoisse ( en disant par exemple, « Si tu ne manges pas, tu vas devenir malade ... ou tu n’es pas gentille ») là vous la rendriez folle d’inquiétude puisqu’elle attraperait peur à la fois de manger et de ne pas manger.
 
Pas besoin de consulter sur base de ce que vous m'écrivez, il y a déjà des signes encourageants de reprise, mais patience, patience ... elle a besoin de vérifier qu'elle redomine la situation alimentaire.
 
Cordialement.
 
Elle me répond
 
Merci beaucoup pour tout, merci d'avoir pris de votre temps pour me conseiller, m'aider ... j'espère ne pas vous avoir dérangé même si j'ai l'impression que si. J'essaierai de suivre au mieux vos conseils. Merci encore. Puis-je garder vos coordonnées au cas où ?
 
Cordialement.
 
Je lui réponds
 
Bien sûr pour les coordonnées et n'oubliez pas : patience et espoir !
 

Mots clé

 

PHOBIE ALIMENTAIRE, refus alimentaire, troubles alimentaires, étouffement, évitement, opposition alimentaire.

 

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