Adolescents « scotchés » à l'ordinateur : entre simples gourmandises ou compensations et vraies addictions

 

J.-Y.  Hayez      

 

Définitions

 

Un certain nombre de parents comptabilisent avec inquiétude le temps que leur fils ou leur fille passe devant l'écran de l'ordinateur ou celui d'une console de jeu [1], parfois depuis un âge très tendre ( dix ou onze ans ) Une petite partie de ces parents s'alarme bien trop vite et trop fort, dans un contexte d'angoisse, d'ignorance des vrais risques, de volonté de contrôle ou de résistance au changement des habitudes sociales et récréatives contemporaines : je ne les prendrai pas en considération dans la suite de mon exposé.

 

Un rien arbitrairement, choisissons une quantité de temps que nous considérerons comme préoccupante : adolescents rivés à l'écran d'un jeu vidéo ou d'autres applications d'Internet plus de trois heures quotidiennes les jours d'école et plus de cinq à six heures les autres. Et cette routine tenace est couplée à des critères qualitatifs : irritabilité du jeune si on l'invite à parti­ciper à la vie sociofamiliale, tâches scolaires bâclées, fatigue par manque de sommeil, tricheries ou conflits pour maintenir ses habitudes, etc.

 

Il faut alors distinguer deux pôles où se satellisent ces excès, avec un gra­dient de fréquentation décroissante qui les réunit :

 

• les adolescents grands consommateurs, de loin les plus nombreux, relè­vent d'une consommation abondante simple. Ce sont des gourmands, ni plus ni moins : ils le deviennent pour de multiples raisons, mais il n'est pas trop difficile de les en détacher si leur vie externe leur apparaît comme plus attrayante, d'autant plus si se résolvent des problèmes externes ou internes par rapport auxquels la fréquentation des écrans constitue parfois et au moins en partie une compensation. Fondamentalement, ils n'ont jamais perdu le principal de leur liberté de choix : ainsi en voit-on beaucoup désinvestir spontanément, totalement ou très largement, leurs jeux chéris et leurs interminables chipotages et palabres sur Facebook dès qu'ils entrent dans la vie universitaire, dans le monde du travail ou qu'ils nouent un lien profond ;

 

• au pôle opposé, les plus rares, sont les jeunes devenus dépendants, au sens psychiatrique du terme, cyberdépendants ou dépendants aux jeux vidéo. C’est comme pour le cannabis : seuls 4 à 5 % des gourmands sombrent lentement mais sûrement dans une dépendance parfois très profonde, rarement avant seize-dix-sept ans. Quand il y a addiction, le jeune a bel et bien perdu sa liberté intérieure : ce sont l'ordinateur, les jeux et les sensations qu'ils procurent qui  dirigent sa vie (Le Diberder, 1998)

 

Il existe enfin une catégorie qui concerne au plus 1 à 2 % des adolescents, et qui coexiste fréquemment avec la première, c'est la passion. On ne peut pas vraiment parler de passion à propos du goût effréné pour les jeux vidéo : ici c’est la langue populaire qui utilise ce terme. En revanche, un jeune peut se passionner pour l'infographie, le maniement et la maîtrise des processus informatiques, la confection de sites ou de blogs (passion POUR Internet)

Par ailleurs, Internet peut servir de véhicule privilégié à la réalisation de bien d’autres passions ( recherches, collections, etc. : passions PAR Internet )

 

A la différence des autres consommateurs excessifs, les passionnés sont plutôt fiers de leur investissement qui leur demande un vrai travail et ils cherchent le plus souvent un partage social des processus et des résultats. Nous n'en dirons pas davantage sur la passion dans le cadre de cet écrit.

 

Facteurs de mise en place

 

Ce sont les mêmes d'un pôle à l'autre, mais ils jouent souvent avec une intensité croissante au fur et à mesure que l'on s'approche du plus préoccupant.

 

On n'en trouve pourtant pas toujours qui soient très probants : tissu social et famille sans problèmes notables et adolescent « Monsieur tout le monde » Mais voilà, ce jeune citoyen lambda a été pris comme tant et tant d'autres par le jaillissement du plaisir lors d'une activité Internet et il apprend vite et bien à le reproduire, à le diversifier ou à le finasser à la per­fection. Ici, le plaisir recherché est donc gratuit, dans une ambiance hédo­niste. Et par ailleurs, beaucoup d'adolescents, surtout les plus jeunes, sont dans une phase de leur vie où ils ont « normalement » du mal à contrôler leur avidité et leurs impulsions face aux tentations de plaisir et de décharge pulsionnelle.

 

Plus souvent cependant, dans le domaine social, nombre de jeunes concernés par la consommation excessive vivent dans des environnements pauvres en pouvoir attractif et en relations de qualité. Par exemple, leur sco­larité est déjà peu gratifiante avant que ne s'installe le cyber-comportement. J'en reparlerai plus loin.

 

Sur le plan individuel sont davantage à risque les adolescents qui vivent sur de longues durées des états d'âme douloureux comme le manque de confiance en soi, la timidité, l'angoisse de séparation, des sentiments d'échec ou d'infériorité, etc. D'autres encore ont l'impression, plus ou moins fondée, de ne compter pour personne dans le monde incarné.

 

Finalement, un facteur ultime et mystérieux fait passer à quelques jeunes la frontière qui sépare la gourmandise encore maîtrisée et l'abandon de soi aux démons du plaisir, gratuit ou compensatoire. Ce « facteur » n'est pas sans paradoxes : il s'agit de la liberté intérieure, qui va s'exprimer une der­nière fois pour envoyer le jeune se noyer dans les multimédias au moment où il décide au moins intuitivement de ne plus décider : « J'abandonne la partie ... Que tous ces plaisirs que je connais envahissent ma vie et me téléguident ... Je me donne à eux ... »

 

La  phénoménologie

 

En décrivant d'abord la vraie dépendance, on constate, au centre du fonctionnement quotidien du jeune, la présence d'une conduite envahissante, tenace et contraignante de recherche de plaisir, via l'ordinateur ou la console (Matysiak et Valleur, 2003)

 

Quand la dépendance s'aggrave, finalement, c'est le processus, le rituel qui est investi davantage que des activités précises et répétées et que leur résultat ponctuel. L'esprit finit par décrocher des contenus successifs de l'écran, en une sorte de rêverie où le jeune ne fait plus qu'un avec sa machine : attitude visant le nirvana, symbiose primitive, quelque chose de cette nature (Tisseron, 2008)

 

Le jeune a perdu sa liberté et est incapable d'intégrer sa conduite comme élément raisonnable d'un projet d'ensemble ; il ne sait plus programmer son temps ou, en tout cas, contrôler volontairement une diversité dans sa programmation. Même quand il n'est pas face à un écran, il ne fait qu'y penser ou y rêver.

 

Il désinvestit massivement la vie incarnée : scolarité en chute libre ; isolement en famille ; résistance colérique aux tentatives faites par les parents pour réguler sa conduite ; mensonges et tricheries ; irritation si on le dérange ; les copains de toujours sont ignorés s'ils viennent frapper à la porte ; amputations sur l'alimentation, le sommeil, voire les besoins d'excrétion.

 

Quand il s'agit de consommation abondante simple, des plaisirs sont éga­lement recherchés via les mêmes activités. Mais ils demeurent plus liés aux contenus précis des activités engagées. Ils ont le statut de plaisirs récréatifs gourmands. La cyberconduite n'est pas le centre du projet de vie du jeune, qui lui consacre moins de temps que le véritable dépendant ; il sait davan­tage « aller et venir » par rapport à elle.

 

Le jeune l'oublie s'il a en vue une activité alternative agréable IRL [2] ( sortir avec des copains, jouir de vacances ensoleillées ), voire même, des fois, s'il a une tâche scolaire importante et pressante à boucler !

 

De la même manière, si la vie familiale demeure attractive, il y reste partiellement engagé. Il finit aussi par accepter ... à plus de 50 % ... les règles

ton met en place pour discipliner l'usage de son temps si elles ne sont pas trop draconiennes. Il existe donc moins de tricheries pour assurer la pérennité de sa consommation ; de là à dire qu'il arrive « pile à l'heure » pour le repas du soir, qu'il ne ment jamais sur l'heure de son coucher ou qu’il ne bâcle aucun devoir ennuyeux au profit de sa cyberactivité, c'est une autre histoire ...

 

Les descriptions qui précèdent ne se rapportent cependant qu'aux deux extrêmes. Un certain nombre d'adolescents se trouvent « au milieu du gué. »

 

Je pense notamment à ceux qu'on laisse trop seuls ( papa et maman au boulot et « Tu ne vas pas sur l'ordinateur avant 19 heures, hein ! ») et qui ont avec l'école un rapport aride, fait de disqualifications, d'échecs et de difficultés de compréhension pas toujours avouées. Au début, l'ordinateur constitue pour eux une compensation royale. Mais ils en deviennent vite prisonniers et c'est alors l'histoire de la poule et de l'oeuf : l'excès de consommation aggrave les difficultés scolaires et vice versa.

 

Assez souvent alors, les réactions des parents ne font que provoquer des résistances rageuses par des disqualifications grincheuses diffuses (« Encore fourré sur ton ordinateur ? Qu'est-ce que ça t'apporte, ces bêtises ? Tu ferais mieux d'étudier, tes résultats sont catastrophiques ... ») Pire encore sont les velléités tout aussi grincheuses de réduire ou de supprimer la consommation, suivies d'affrontements pénibles inconsistants et d'un retour à

la case départ, comme l'illustre le cas de Valentin ci-dessous.

 

Valentin (dix-sept ans) passe quatre heures chaque soir devant l'ordinateur, principalement absorbé par le jeu multijoueurs Couterstrike. Les parents consultent pour ce motif et pour sa scolarité pénible. Ils ont déjà reçu bien des conseils contradictoires pour gérer sa consommation d'Internet. Je découvre petit à petit un adoles­cent plutôt introverti, indépendant, collaborant à l'idée d'une consultation visant à son mieux-être, sans difficultés relationnelles avouées : le samedi et le dimanche, il se détend avec ses copains ( souvent pour faire d'autres jeux de société, il est vrai ) En misant sur l'empathie, en exigeant simplement que les deux parents soient présents aux consultations et en partageant mes propres expériences et mes idées sur Internet et les jeux — pas négatives par principe -, je constate progressivement que le fond du problème n'est pas Internet. Valentin a un itinéraire scolaire des plus compliqués : il fait partie de cette catégorie d'adolescents intéressés par l'idée d'avoir un diplôme, soumis au principe de la fréquentation scolaire, tout en en dénonçant les injustices et absurdités. Il n'est pas vraiment paresseux, mais n'a aucune méthode, ne sait pas comment il doit faire pour retenir certaines matières ni pour répondre aux questions trop « smart » de certains professeurs qui les prennent déjà pour des universitaires. C'est à cette difficulté surtout cognitive que nous nous attelons, dans des entretiens familiaux où nous mettons progressivement au point un accompagnement patient de la pesanteur scolaire de Valentin. Je suis persuadé, ici, de l'authenticité de ses propos : il ne va sur Internet que parce qu'il s'ennuie mortellement et qu'il ne sait pas comment occuper son temps. S'il gagne en efficacité scolaire, sa consommation peut se réduire significativement.

 

Que recommander aux parents ?

 

Une prévention précoce

 

L'essentiel, c'est de s'y prendre de très loin, quand l'enfant est encore petit et qu'il reçoit ses premières consoles de jeu comme cadeau.

 

Il est important que les parents réfléchissent à des questions fondamentales comme : de quel témoignage de vie sociale l'enfant a-t-il l'occasion de s'imprégner à la maison ? Parents disponibles ou eux-mêmes fatigués et avachis devant une série TV de troisième ordre, un verre à la main ? Quelle place pour la communication verbale fluide, autour de tout et de rien ou de thèmes plus sérieux ? Quels modèles de prise de plaisir ? Existence ou non de projets récréatifs, sportifs, sociaux, etc., individuels, en sous-groupe ou en commun ? La réponse à toutes ces questions devrait inviter à mettre en place une ambiance attractive de qualité pour la vie en famille ( autant que pour l'environnement social élargi)

 

En corollaire, les parents peuvent prendre de bonnes informations, se  sensibiliser au maniement des écrans, s'y intéresser au moins un peu, participer aux découvertes passionnantes que le jeune peut faire sur Internet ou au plaisir d'un jeu vidéo excitant. Ils peuvent notamment l'aider à décoder les sentiments et idées qui lui passent par la tête en s'y livrant. Cela, plutôt que de rester porteurs d'a priori les poussant à disqualifier tout ce que le jeune trouve sur son ordinateur, en le réduisant aux grands croque-mitaines de la violence déchaînée par les jeux vidéo ou du pédophile prêt à sodomiser les plus ingénus !

 

Dans une telle ambiance positive, il pourrait s'ouvrir des moments de dialogue fondés tant sur des expériences et découvertes ponctuelles faites sur Internet que sur ses enjeux les plus profonds ( gratuité ou commerce, libre expression ou persistance d'un contrôle social, risque de dépendance, etc. ) (Hayez, 2005)

 

Un des thèmes clés de ce dialogue familial concerne le contrôle par chacun des plaisirs qu'il se donne : qualitativement, par exemple, que penser de la pornographie ? Et quantitativement, qui commande : le plaisir dont on devient de plus en plus esclave, ou soi-même ?

 

Il est important d'aider l'enfant jeune à acquérir et à maintenir de bonnes habitudes d'organisation et de contrôle de son temps : pour ce faire, il faut à la fois dialoguer, veiller à l'attractivité de la vie sociale incarnée et l'encourager à s'y investir, mais aussi réguler les nombreuses fois où cela ne suffit pas.

 

Existe-t-il des règles incontestables ? À chaque famille de discuter et de décider la part qu'elle fait aux cyberdistractions et à d'autres activités de la vie incarnée. Au minimum, la fréquentation de l'ordinateur ne devrait pas mordre sur la scolarité, ni sur la quantité — variable — de sommeil néces­saire à chaque enfant, ni sur sa participation à quelques rites familiaux ( par exemple, repas, certaines tâches matérielles )

 

Réguler la consommation

 

Et si, faute de cette vigilance précoce ou malgré tout, il s'est installé une consommation « abondante simple » dont les parents veulent réduire l'ampleur ? Supposons en outre que, comme pour la poule et l'oeuf, on puisse raisonnablement la relier à un problème de vie interne ou externe qui pèse sur le jeune.

 

Alors, il faut s'investir simultanément et énergiquement sur deux fronts, sans trop chercher à les lier l'un à l'autre, dans ce qui serait une perspective simpliste de causalité linéaire [3].

 

Remédier le mieux possible aux problèmes de vie repérés (Matysiak, 2002)

 

Je n'en dirai pas davantage ici, car les projets à mener ne sont pas vraiment spécifiques. Je me limiterai à signaler qu'il ne doit pas s'agir de la énième tentative, vite essoufflée et suivie de son contraire ( menaces, punitions vite levées et démission ), mais d'une entreprise de longue haleine qui requiert cohérence et coopération des adultes.

 

Mettre en place un cadre consistant pour l'utilisation du temps

 

Dans un tel contexte, il est rare que l'on obtienne d'emblée une collabora­tion significative de l'adolescent. Cela vaut néanmoins la peine de parler avec lui et de s'expliquer sur le bien-fondé du projet ( lui éviter la perte de sa liberté, lui procurer du temps libre pour autre chose ) Et de le faire sans s'énerver, sans mendier ni se laisser impressionner par ses grondements ou ses menaces suppliantes, sans parlementer à l'infini, en mettant un terme raisonnable à l'échange d'arguments.

 

A l'intérieur de cette conversation, on doit reconnaître qu'un usage modéré et contrôlé de l'ordinateur peut être enrichissant ou, à tout le moins, plaisant. On doit encore éviter d'y évoquer des liens causalistes lourds du type : « C'est pour que tu travailles mieux à l'école » ; il ne le fera certainement pas sur commande.

 

On se retrouve donc souvent dos au mur, avec la nécessité d'imposer une règle quant au temps d'utilisation. Il faut y croire : si l'on y met de l'énergie et de la persistance, il y a beaucoup de chances qu'elle finisse par s'imposer et peut-être, un jour, qu'elle soit acceptée de l'intérieur par l'adolescent [4].

 

Mais le projet n'a de chances d'aboutir que si existent coopération et vigi­lance durables entre adultes. Un logiciel de contrôle du temps peut donner un coup de main mais ne remplace pas une présence humaine engagée. Qui dit règles, dit également surveillance significative de leur observance, sanc­tions et réévaluations. Il faut donc qu'il existe de vraies sanctions, positives et négatives, et qu'elles soient mises en oeuvre.

 

Toutefois, il ne s'agit pas de se montrer persécuteur et sadique. Mieux vaut — de loin ! — que l'adolescent garde un droit solide, stable et non contestable, à une utilisation raisonnable de son ordinateur ( par exemple, 1 heure 30 les jours d'école et 2 à 3 heures les autres jours, pour peu qu'il le souhaite )

 

Un droit solide ? La suppression de l'ordinateur ne peut-elle donc jamais fonctionner comme incitant intéressant ? C'est une perspective que je ne trouve guère productive ! Elle fait même pis que bien si elle survient dans un contexte de menaces parce que l'adolescent ne résoudrait pas ses autres pro­blèmes ( par exemple, parce que son travail scolaire ne s'améliorerait pas ) L'inverse n'est pas vrai : un supplément d'ordinateur peut venir sanctionner positivement la réalisation d'un bon travail, mais comme une bonne sur­prise occasionnelle après coup, pas comme la carotte au bout du bâton ( cela est illustré par le cas de Thomas ci-après )

 

Vivant en foyer monoparental et peu autoritaire par nature, un père met en internat scolaire Thomas, son fils de treize ans quasi accro au jeu vidéo World of Warcraft parce qu'il finit par reconnaître n'avoir aucun autre moyen de contrôle réaliste dessus. Le week-end, il instaure la règle « quatre heures d'ordinateur maximum par jour » et, avec beaucoup de soutien de ma part, il lui faut passer par des affrontements et grondements des plus houleux pour la faire respecter, d'abord via des mois de contrôle externe éprouvant, avant que l'adolescent n'accepte de l'intérieur l'inéluctabilité de cette disposition d'autorité parentale et un mode de vie plus équilibré.

Sur mon conseil, le père n'a cependant jamais exercé de « chan­tage à l'ordinateur » ( menace de réduction du temps le week-end ... si par exemple les résultats scolaires s'étaient avérés mauvais ) Il a géré la question scolaire par du dialogue, du soutien et parfois des sanctions positives et négatives, mais qui ne touchaient pas au droit à utiliser l'ordinateur de façon stable. Il a évité de la sorte la montée d'un sentiment de persécution face à ce qui aurait été vécu comme pur arbitraire des adultes.

 

La suppression de l'ordinateur pour des durées à la fois significatives et non sadiques peut néanmoins être envisagée dans deux types de circonstances ­et pour peu que l'on ait un contrôle effectif dessus :

 

- si l’adolescent triche effrontément et durablement avec les règles qui lui sont imposées ;

 

- à titre de punition, s'il a commis une faute grave non spécifique qui na rien à voir avec les problèmes de base pour lesquels l'ordinateur a été une compensation jusqu'à présent ( par exemple un vol, une transgression inacceptable ) (Hayez, 2004)

 

Et s’il semble ne pas exister de problèmes externes ou internes qui ont précipité la gourmandise du jeune ? Le cadre temporel fort qui vient d'être évoqué garde tout son sens. Et si le jeune s'ennuie aux moments où il n'est pas face à ses écrans favoris ? Et s'il essaie d'abord de le faire payer par une bonne dose de mauvaise humeur protestataire ? Aux parents de faire preuve de patience, de ténacité et d'inventivité. C'est en bonne partie tout seul que le jeune doit résoudre les problèmes d'occupation de son temps. En partie aussi, mine de rien, sans lourdeur ni prosélytisme, il peut être (ré)invité à participer à des activités sociofamiliales, non pas « pour son bien », mais parce qu'elles peuvent procurer à tous leurs utilisateurs du plaisir, un sentiment de réussite ou d'utilité sociale.

 

Les vrais dépendants

 

Ces derniers relèvent d'approches spécialisées dont le contenu et les méthodes constituent le coeur même de cet ouvrage.

 

Références

 

Hayez, J.-Y. (2004). La sexualité des enfants. Paris : Odile Jacob.

Hayez, J.-Y. (2005). Les jeunes, Internet et la société civile. Acta Psychiatrica Belgica, 53, 14-19.

Hayez, J.-Y. (2007). La destructivité chez l'enfant et chez l'adolescent. Paris : Dunod.

Le Diberder, A., & Le Diberder, F. (1998). L'univers des jeux vidéo. Paris : La Découverte.

Matysiak, J.-C. (2002). Tu ne seras pas accro, mon fils. Paris : Albin Michel.

Matysiak, J.-C., & Valleur, M. (2003). Sexe, passion et jeux vidéo. Paris : Flammarion.

Tisseron, S. (2008). Virtuel, mon amour. Paris : Albin Michel.

 

Mots clés

 

CYBERADDICTION , addiction à Internet, cyberdépendance, gourmandise à Internet, cybersexe, jeux vidéo, jeux électroniques, addiction (adolescents), dépendance (Internet, ordinateur, jeux vidéo), plaisir, hédonisme, cannabis, drogues, alcool, addiction au sexe, abstinence, consommation modérée contrôlée. 

 

si vous voulez en discuter avec moi

 

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Notes



[1]  Pour simplifier, je parlerai indifféremment du rapport à Internet ou au Net ou à l'ordi­nateur pour désigner tous les comportements dirigés vers les applications d'Internet stricto sensu, les jeux vidéo en dehors d'Internet et l'ordinateur en général.

 

 

[2]  In the Real Life, dans la vie quotidienne incarnée ...

 

[3]  Il n'est d'ailleurs pas toujours indispensable d'associer verbalement et explicitement le jeune au projet : « On va mettre tout le paquet pour bien t'aider. » Formulées ainsi, les intentions déclarées des parents risquent trop de susciter sa méfiance (« Bah, c'est quand même pour me prendre mon plaisir »)

 

 

[4]  C'est le cas pour la grande majorité des adolescents « normaux » Je ne parlerai pas ici des adolescents très perturbés, caractériels, borderline ou psychopathiques, qui fonctionnent dans l'ensemble de leur vie sur le mode de la toute-puissance. Ado­lescents rois, que l'on n'aurait jamais dû laisser aller jusqu'où ils sont arrivés ; chez eux, la toute-puissance face à l'ordinateur n'est qu'un symptôme parmi bien d'autres (Hayez, 2007)

 

n>  Il n'est d'ailleurs pas toujours indispensable d'associer verbalement et explicitement le jeune au projet : « On va mettre tout le paquet pour bien t'aider. » Formulées ainsi, les intentions déclarées des parents risquent trop de susciter sa méfiance (« Bah, c'est quand même pour me prendre mon plaisir »)

 

 

[4]  C'est le cas pour la grande majorité des adolescents « normaux » Je ne parlerai pas ici des adolescents très perturbés, caractériels, borderline ou psychopathiques, qui fonctionnent dans l'ensemble de leur vie sur le mode de la toute-puissance. Ado­lescents rois, que l'on n'aurait jamais dû laisser aller jusqu'où ils sont arrivés ; chez eux, la toute-puissance face à l'ordinateur n'est qu'un symptôme parmi bien d'autres (Hayez, 2007)