BICE Belgique

Fiches « Droits de l’enfant » N° 1

Les adolescents aiment les activités à risque

Rédacteur  : Hayez Jean-Yves

21.05.2009

 

« S’envoyer en l’air »

 

Un tableau clinique problématique : Les adolescents aiment les activités à risque. Certaines de celles-ci ont pour but de « faire éclater » les limites du corps. C’est, par exemple, le but de bien des « défonces », celui de la pratique sans protection des sports extrêmes, ou encore d’affrontements très dangereux de la nature …

Il y a aussi, pour une partie des motivations qui en rendent compte, certaines auto-agressions du corps où il s’agit de le dompter, d’ignorer sa douleur : brûlures, scarifications, etc.

 La suspension en fait partie (elle figure à titre de rite initiatique dans  le film Danse avec les loups , K. Costner, 1990) : on fait entrer et sortir un grand crochet sous la peau du thorax ou du dos, on le relie à un harnachement (qui se vend dans le commerce, chez certains tatoueurs, dans les magasins SM)  On y suspend le corps un certain temps, à moitié ou totalement dénudé.

Ou/et l’on exerce des tractions dessus. Mieux qu’à Guantanamo !

L’activité requiert « pour bien faire » la prise d’images qui l’immortalisent, donc l’un ou l’autre témoin ( comme dans le happy slapping)

C’est dans cette position, flottant  en l’air, qu’un père a découvert par hasard son fils Jérémie, dix-sept ans , car ici le culte de l’image était tel que Jérémie et une équipe TV s’étaient mis d’accord pour filmer l’expérience et la passer à l’écran.

Le père a déposé plainte et la journaliste  a été poursuivie au pénal. Chef d’accusation : « Avoir incité l’adolescent à un comportement dangereux. » Mais au fond, ce chef d’accusation n’est pas le plus important. On aurait pu penser à « Non assistance à personne en danger ». Ou encore  à un chef d’accusation qui porte sur la diffusion de telles images qui flirtent avec la boue et l’interdit (délit dont je ne suis pas sûr qu’il existe actuellement)

Evidemment la  journaliste incriminée se défend en disant qu’elle n’a pas voulu faire de l’audimat, mais mettre en garde contre la pratique : faire de la prévention, en quelque sorte : les travailleurs sociaux apprécieront …

 

Question : Qu’aurait été et que pourrait être à l’avenir, la promotion des droits de l’enfant face à ce type de conduite qui commence à dégrader la vie et face à sa promotion filmée ?

 

I. Les atteintes aux droits de l’enfant sont manifestes :

 

- Atteinte gratuite  à l’intégrité physique  de Jérémie ;le jeune s’expose même à des dommages durables tels que cicatrices, infection…

- Irrespect de « la dignité » du corps, présenté ici comme pur objet de jouissance et de spectacle malsain, occupé à se détériorer et donné en spectacle dans le cadre d’une activité perverse. La personne de Jérémie n’offre aucun intérêt ; seul son corps à moitié dénudé et auto-martyrisé est « vendu » comme excitant.

        

Certes, l’enfant, ses performances ou/et son corps se donnent régulièrement en spectacles légitimes, avec le consentement de tous : enfants sportifs, artistes, etc. Mais alors, la personne est toujours prise en compte au delà du plaisir des yeux du spectateur  : il y a valorisation ; promotion du bien-être ; récréation avec des limites de convenance.

Ici, le spectacle n’est donné que pour exciter les spectateurs (sensationnalisme, plaisir de l’éclatement des limites, excitation sexuelle …). Il n’existe pas de tiers qui parlerait, régulerait : la limitation du processus à une prise d’images empêche la possibilité pour l’adulte présent de prendre une parole sociale.

 

- Dans le chef des adultes témoins, tolérance pour – et même encouragement à – l’accomplissement d’une activité perverse (jouissance masochique couplée à de l’exhibitionnisme ; jouissance de fonctionner sans limites)

 

Masochiste ? Pas certain néanmoins … pas clair en tout cas. Il existe peut-être une érotisation de la douleur chez Jérémie, mais ce qu’il érotise surtout – du moins au sens large du terme - c’est la capacité de son corps et de son être à encaisser la douleur physique et à passer au travers pour faire un exploit : LleLe plaisir exhibitionniste réside plutôt dans son endurance. Jusqu’à quel point est-il conscient qu’il provoquera chez une partie des spectateurs, non seulement une admiration trouble, mais aussi l’excitation d ‘une sexualité archaïque sadique ?

 

Le mineur est laissé par eux dans l’illusion d’un droit qu’il se donne à disposer totalement de soi ; à ne plus reconnaître de limites ; droit à se faire du mal …

Deux groupes d’adultes au moins n’exercent pas de fonction limitante, contenante, parlante face au mineur : ceux qui mettent l’appareillage en location (ici, un tatoueur) et l’équipe qui filme la scène : inutile de prendre le journaliste comme seule bouc-émissaire, ils tous sont tous coresponsables.

 

II. Les raisons d’être de cette transgression à plusieurs sont multiples

 

Cfr, dans l’article  (« Activités à risque chez les adolescents http://www.jeanyveshayez.net/706-risq.htm , le chapitre consacré aux facteurs d’explication. Nous avons particulièrement relevé :

 

A. Chez Jérémie (qu’il ne faut pas faire quitte de sa part de responsabilité !)

 

- Besoin, peut-être désespéré, d’une reconnaissance recherchée par des moyens extrêmes et absurdes. Reconnaissance par les autres  … et par soi : nous pouvons penser qu’il cherche à se trouver et à se  réapproprier soi-même … se créer une identité exceptionnelle, en repoussant les limites conventionnelles et en s’en inventant  de nouvelles, auto-créées … à l’extrême du pensable.

- Besoin de jouissance (masochique … exhibitionniste), sans être retenu par la Loi.

- Auto-violence, auto-agression (qui pourrait signifier qu’existe un sentiment de non-valeur plus radical, conscient ou inconscient)

 

B.  Pour les groupes proches et restreints, comme la famille, possible échec dans leur contribution à la construction de l’identité de l’adolescent.

 

C. Dans le chef du public, besoin d’images sensationnelles, d’excitations troubles, à la limite du sexuel , et servilité des médias face à ce même public.

 

III. Les tâches positives qui ont été menées et celles auxquelles ce cas invite

 

A. Le père a porté plainte contre la journaliste. Cette attitude nous semble positive. Enfin une prise de responsabilités qui, face à l’adolescent, permet de reparler de la Loi, du plaisir et de l’articulation entre Loi et plaisir.

Nous espérons que sa sollicitude a été plus loin et que sa parole d’homme et d’éducateur s’est couplée d’une sanction constructive pour le jeune, d’une sollicitude pour son état de santé mentale, ainsi que pour ses occupations socio-récréatives et pour ses projets destinés à gagner de la reconnaissance sociale.

 

B. Au-delà de ce fait précis, se posent à tous les adultes compagnons de route des  jeunes des questions comme :

 

- Le dialogue autour de la liberté de choix, le droit à disposer de soi, le plaisir ;

- La place positive  que nous reconnaissons aux jeunes ou notre indifférence à leur égard ; ce que nous faisons de leur besoin de reconnaissance sociale ;

- Notre attitude face aux risques qu’ils prennent (cfr l’article  précité

 

C. Il faut interpeller le monde des médias. La convention des droits de l’enfant dit qu’ils peuvent contribuer au bien-être de ceux-ci. Elle ne dit pas qu’ils doivent s’interdire de provoquer ou d’amplifier son mal-être. Cela semble aller de soi, mais …
Lles institutions veillant à la déontologie des journalistes  pourraient :

 

- Poser des limites à la recherche du sensationnalisme ;

- Interdire les images qui montrent  des dégradations volontaires du corps et de l’être (cfr ce qui s’est passé autour de la prison américaine d’Abu Ghrib en Irak ; refuser aussi les images d’exécutions capitales) Autant pour les images où l’on accompagne une ou des personnes en train de commettre des délits …

- Pas non plus d’images provoquant les jeunes (et tout le monde) à courir des dangers graves et gratuits etc.

 

D. Existe-t-il une loi (pénale) qui empêcherait la dégradation et la destruction volontaire de son propre corps ? Si non, ne faut-il pas la créer ou, en tout cas, interdire en toute circonstance cette dégradation chez les mineurs ?

(N.B. la limite sera difficile à établir avec les piercings multiples, le masochisme, etc.)

 

ASBL BICE – Belgique

mai 2009

Coordinateur de la synthèse : J.-Y. Hayez

 

Mots clés

 

SUSPENSION DU CORPS, auto-agression, conduite à risque, masochisme, exhibition, téléréalités, Bice, droits de l’enfant.

 

 

si vous voulez en discuter avec moi

 

Pour télécharger en Word 2000

 

 

 

amily:"Times New Roman"'>Pour télécharger en Word 2000