BICE Belgique

Fiches « Droits de l’enfant » N° 3

Une famille a du mal à accepter l'homosexualité d'un grand adolescent

Rédacteur  : José Davin sj

15.10.2009

 

 

« Notre fils est homosexuel ! »

 

 

Suggestion d’intro

 

La situation décrite dans cette fiche est bien délicate, parce que tout le monde y apparaît malheureux : souffrance progressivement ressentie de Mathieu, dix-sept ans, qui se découvre attiré par les garçons, et, lors de l’annonce de la nouvelle à sa famille, souffrance « coup de tonnerre » pour celle-ci, non seulement les parents, mais aussi le cercle familial élargi. Dans le récit qui est présenté ici, une oreille extérieure bienveillante permet de sortir de l’affolement pour chercher comment recevoir une telle réalité, et comment se comporter.

 

I. La problématique

 

- Récemment, des parents que je ne connaissais pas, viennent me trouver consternés à la fin d’une Journée que j’animais en Belgique, et dont le thème repéré par eux dans la presse était  « Homosexualité et spiritualité. »

Parmi les participants, une grande majorité de gays et lesbiennes, environ quarante. Les parents qui m’attendaient depuis une heure les ont sans doute croisés dans les couloirs.

Ils étaient accompagnés de leur fille et du mari de celle-ci, policier. J’étais à Wépion et ils venaient de Liège. Pas question de se revoir prochainement : ils attendaient un éclairage et cherchaient de l’aide :

« Nous vivons un drame terrible : notre fils, Mathieu,  dix-sept ans, nous a déclaré qu’il avait un copain et que si nous n’étions pas d’accord avec son homosexualité il se suiciderait ! »

Et le policier d’ajouter « C’est du chantage ; je ne suis pas d’avis de céder. Il faut le retirer avec fermeté de ce milieu de la drogue et du sida. D’ailleurs l’Église condamne ces pratiques dévergondées » (La rencontre se déroulait, faute de local disponible, dans le coin tranquille d’une chapelle !)

 

II. Quelles pistes pour un bref dialogue ?

 

Situer le cadre des réactions

 

- Il paraît difficile de gérer une situation aussi crispée en un seul entretien (« pas question de se revoir prochainement ») C’est pourtant la seule alternative dont je disposais. Il s’agissait dès lors ici d’aller à quelques  éléments essentiels, comme c’est souvent le cas lorsqu’on aborde la question de l’homosexualité, à l’occasion d’échanges imprévus …, même si on peut imaginer que le vrai problème est un conflit familial, voire la peur d’un tabou en son sein.

Sur l’homosexualité, objet de la demande des parents, on peut aussi, en fin de conversation, proposer quelques pistes de réflexion plus documentées (cf.  bibliographie)

- La démarche de la famille, même si elle n'évite pas intransigeance et intolérance, doit être considérée comme une manifestation d'intérêt : deux parents, une sœur et un beau-frère qui font ensemble un déplacement  de 100 km pour me parler, attendent une heure, et cherchent un éclairage et de l'aide, c'est une famille qui se mobilise sérieusement.                                                                                
- Chacun se situe malheureusement dans un registre dramatique : d'un côté, on diabolise l’homosexualité, réduite à une réalité immorale et dangereuse ; de l’autre, on menace de se suicider.

- Quant au danger de suicide, il est réel, même si cette menace peut relever de la pression. C’est, de toute façon, l’expression d’une souffrance extrême.

Suite à un dialogue tout en empathie avec chacune et chacune, voici des fils conducteurs qui ont servi ou peuvent servir à chercher une « solution » humaine et spirituelle au problème.

 

 « Votre fils n’est ni malade, ni anormal, ni drogué, ni « pédé » »

 

- L’homosexualité n’est  pas une maladie. Depuis Freud, les sciences humaines ont largement étudié cette dimension particulière de l’être. Elles constatent que cette orientation de la sexualité, quand elle habite pleinement l’affectivité de quelqu’un, ne peut être modifiée, quelles que soient les rares situations d’ambivalence affective (souvent de surface) où l’on passe d'une attirance sexuée à l’autre. Dans les causes repérables et combinées de l’homosexualité, intervient parfois, semble-t-il, une prédisposition génétique, mais ce n’est pas une maladie. Les personnes homosexuelles témoignent d'une orientation qui les constitue depuis longtemps et vivent clairement une attirance vers les humains du même sexe (y compris dans leur imaginaire érotique)

L’homosexualité, tout comme l’hétérosexualité est une dimension de l’être, ni plus, ni moins et ce n’est pas elle, en soi, qui fonde l’équilibre ou la pathologie mentale.

- Pas question non plus d'anormalité. Laissons de côté le terme péjoratif et insultant d’anormal qui signifie spontanément « sous humain », incomplet, inachevé ! Comme les autres hommes et femmes, les personnes homosexuelles vivent pleinement une vie affective tissée de sentiments, d’attrait amoureux, de don de soi, d’égoïsme, de tendresse, de relations, de travail. Au plan affectif, je dirais volontiers qu’elles vivent une « normalité différente »

- Parmi les clichés dus à la méconnaissance des gays et des lesbiennes, il y a aussi la qualification, à tort, de « drogué », même s’il y en a aussi parmi eux. Et surtout de « pédé », cette attirance sexuelle pour l’enfant qui, passant à l’acte, devient inadmissible.

 

Donnons une place à l’altérité.

 

- Il nous faut aussi considérer, au plan des valeurs, la place que l’homosexualité prend dans les relations, dans l’organisation de la société.

Face à la tentative faite par le beau-frère de Mathieu  de donner corps à la Loi surgit la question du droit et de son bon usage [1]. Ce qui est cherché avant tout par ce protagoniste, c’est plutôt une réglementation en vigueur qui viendrait leur donner raison (là où ils n’arrivent plus à raisonner) Au contraire, les droits de l’enfant sont susceptibles de mettre en lumière par la dimension de l’altérité. qui prime sur la soumission aveugle à des réglementations basées sur des « on dit » ou des impressions à fleur de peau du style  « Les homos sont des drogués … ! »

- Notre responsabilité à partir des droits de l’enfant veut soutenir l’enfance dans ce qui est « autre » pour lui donner sens, consistance, existence reconnue. C’est ainsi qu’on peut penser que l’homosexualité de Mathieu doit encore « grandir » et qu’il s’agit, pour grandir, d’avoir un environnement qui soutient et qui guide. Cet environnement familial se présente, face à moi, actuellement peu apte à soutenir l’altérité de l’homosexualité du fils.

Pour favoriser un progrès, il paraît important de différencier les désirs de chacun par rapport à la question de l’altérité qui se pose à travers l’homosexualité de Mathieu : le désir du beau-frère de Mathieu n’étant sans doute pas du même tabac que celui du père, moins encore que celui de la mère, sans parler de la sœur de Mathieu qui semble être restée sans voix. C’est, en effet, dans la mise à jour des vues de chacun et dans un tressage renouvelé de celles-ci que Mathieu retrouvera peut-être une place pour lui-même et la famille une possibilité de « répondre » de son homosexualité.

- La convention internationale des droits de l’enfant souligne ce droit à la différence, à l’altérité dans l’article 2 au point 2. On gagnerait à y ajouter des précisons, explicitant par exemple que les particularités personnelles des enfants, comme c’est le cas de l’homosexualité, doivent être prises compte et respectées.

 

Évitons la discrimination.

 

- Dans le même esprit de respect, nous soulignons que ce principe (du droit à la différence)  est ici bafoué par le beau-frère de Mathieu qui ne veut absolument rien entendre. On peut s'inquiéter de cette situation d'autant plus qu'il fait partie des forces de l'ordre de son  pays.

Sa réaction peut se justifier par un souci de protection présente dans ses propos. Néanmoins, il ne manifeste aucune possibilité d’ouverture. Les parents souffrent de la situation et ne peuvent l’accepter. Ne sont-ils pas renforcés dans leur position par l’attitude du beau-frère ?

Même si à dix-sept ans, le jeune homme passe petit à petit vers la vie adulte, et pose ses choix, il doit être protégé, écouté.

- Il importe d’aider les parents et la famille à cheminer vers plus de tolérance et à renforcer leur tissu familial bouleversé par l'annonce de cette nouvelle situation. Corollairement, il importe aussi d’écouter le jeune, de l’aider à se distancier de ses émotions immédiates, à réfléchir et à repeser le « poids » de son choix ; quelle que soit l’orientation sexuelle qui en résulte, il importe aussi de l’aider à garder confiance dans sa valeur d’être humain !

 

 « Votre enfant a besoin de vous »

 

- « Je comprends votre souffrance de parents : c’est l’inattendu  qu’il vous faut accueillir. Mais dans votre démarche d’amour envers votre fils tel qu’il est, il convient de rester proche et  de mieux comprendre.

Essayez de donner la parole à votre enfant qui vit une orientation spontanée, qui lui est tombée dessus comme elle vous tombe dessus, orientation involontaire, certes déroutante, mais saine, sans déviance, fidèle à ce qu’il est profondément »

- « Lui aussi est touché par sa particularité sexuelle et en a sans doute déjà souffert. Il a besoin de votre soutien pour continuer sa route et vivre sa vie »

- « Bien volontiers, je reste à votre disposition pour en parler, de même qu’accessible à votre fils » Plus près de vous, vous trouverez aussi des sages avec qui en parler.

 

III. Quelles positions spirituelles dans l’Eglise catholique ?

 

- Pour être évangélique, l’Eglise doit être pleinement humaine !

 

Dans ce cadre « humain », elle peut donc commencer par affirmer que l’homosexualité, comme l’hétérosexualité, peut être vécue de manière plus ou moins valable. Personne n'est « pur » et chacun fait son chemin : les hétérosexuels ne sont pas à l'abri des « pratiques dévergondées » Les homosexuels peuvent vivre des relations fidèles et riches. La qualité des relations n'est pas en soi fonction de l'orientation sexuelle involontaire. La question centrale, pour Mathieu comme pour chacun et chacune, est celle de la rencontre avec l’autre dans le respect et le don réciproques.

 

Qu’en est-il ensuite de la partie strictement théologique et pastorale du message chrétien ?

 

- Parmi les auteurs des textes bibliques, aucun ne connaissait, à cette époque,  l’existence d’une « structure de personnalité homosexuelle. » Jésus ne dit aucun mot sur cette réalité. Saint Paul, par contre, en s’en prenant surtout à l’idolâtrie, condamne, au passage, certaines catégories d’activités homosexuelles. Il en parle dans l’Epître aux Romains 1, 26-27 [2]. C’est le texte principal qui oriente la position chrétienne.

Notons que ce  texte concerne des hétéros (épouses et époux) qui, on le comprend, agissent contre « leur » nature s’ils s’unissent sexuellement à des partenaires du même sexe. On ne devrait pas étendre cette condamnation aux homos dont c’est la nature d’être orientés vers les personnes du même sexe pour vivre l’amour humain. Saint Paul ne dit rien sur cette orientation homosexuelle, ni sur l’amour et ses expressions entre deux personnes du même sexe !

Heureusement, l’Eglise, dans son Catéchisme officiel commence à se distancier de cette interprétation à la fois trop stricte et trop étendue du texte paulinien : si elle condamne toujours les actes homosexuels parce que à ses yeux contre nature, elle ne condamne plus les personnes : elle reconnaît que l’homosexualité est une attirance exclusive et prédominante et demande que l’on évite à son égard toute marque de discrimination injuste (numéros 2357 et 2358)

Ainsi en est-il sur le terrain de la vie :  la constitution de couples homosexuels destinés à durer se fonde avant tout sur une saine attirance envers la personne dans sa totalité, et donc sur des sentiments d’amour.

L’Eglise doit donc  tracer pour ces personnes homosexuelles des chemins d’amour véritable et stable, et non les brimer par des remarques inadéquates. Quand elle leur demande l’abstinence alors qu’elles envisagent leur amour en couple, est-ce réaliste, possible, évangélique ?

Ainsi, quand l’un ou l’autre prêtre ou évêque à la retraite, voire  en exercice, aura le courage de révéler son homosexualité (c’est à dire son orientation sexuelle, compatible avec le célibat), il apportera sans aucun doute une pierre très précieuse à la construction du Corps du Christ, c’est à dire  au « regard » que l’Eglise officielle porte envers les homos. Le chemin n’est peut-être plus très long.

En attendant, des évolutions nécessaires se vivent au sein de l’Eglise catholique : actuellement déjà, sur le terrain pastoral quotidien, nombre de prêtres et de pasteurs protestants prennent la responsabilité de bénir les unions que nouent entre eux des gays et des lesbiennes pour exprimer leur engagement dans une relation affective durable [3]. De nombreux chrétiens, d’autre part, sont heureux de signifier aux gays et aux lesbiennes (leurs enfants, leurs amis) qu’ils ont toute leur part d’humanité et de sainteté à apporter, comme tout un chacun, dans la société et dans l’Eglise.

 

C’est ainsi que les parents de Mathieu ont pu entendre résonner les chants fervents de la messe qui terminait la Journée à laquelle participaient plus de 40 personnes. Des chrétiens belges sereins rencontrés dans les couloirs et dont la plupart se retrouvent dans la CCL (Communauté du Christ Libérateur – http://www.ccl-be.net/ ) destinée spécialement aux gays et aux lesbiennes.

 

L’une ou l’autre référence bibliographique et information ;

 

- Gays et lesbiennes, Humanité, amour et spiritualité,  José Davin et Michel Salamolard, aux éditions Saint-Augustin, 2009.

- Coming out. Quand l’homosexualité survient. Nouvelles feuilles Familiales, n°  88, 2009.

- Comment l’orientation sexuelle se met-elle en place ?  Par Jean-Yves Hayez, sur son site web : http://www.jeanyveshayez.net/brut/712-homo.htm

 

Sites chrétiens principaux, français et belges destinés aux gays et lesbiennes :

http://davidetjonathan.com/

http://www.devenirunenchrist.net/

http//www.ccl-be.net/

 

Mots clés

 

HOMOSEXUALITE, orientation sexuelle, Eglise, Bice, droits de l’enfant.

 

 

si vous voulez en discuter avec moi

 

Pour télécharger en Word 2000

 

Dernière révision le 19 novembre 2012.

 

Notes

 



[1] La dimension de l’adresse ouvre sur ce qu’on appelle en psychanalyse « le transfert » qui, s’il commence ici par un déplacement de 100 km, finit par un appel à un représentant de l’Eglise (et non à un psychanalyste) « dans le coin tranquille d’une chapelle » qui semble d’ailleurs loin de calmer l’espoir de condamnation : l’idée du transfert est de mener à l’élucidation du désir. Cela ouvre sur un mouvement qui démarre sur le déplacement progressif de celui à qui on s’adresse, supposé savoir, de la position de Maître ou de Juge qui lui est attribuée vers celle d’interlocuteur aidant à penser (c’est alors que la tranquillité du coin de chapelle deviendra peut-être visible).

 

[2]  Le texte : « …C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions infâmes : car leurs femmes ont échangé l'usage les  rapports naturels pour des rapports contre nature ; et de même les hommes, abandonnant les rapports naturels avec la femme, se sont enflammés de désir les uns pour les autres, commettant homme avec homme des choses infâmes, et recevant en eux-mêmes le salaire que méritait leur égarement. Comme ils ne se sont pas souciés de connaître Dieu, Dieu les a livrés à leur intelligence sans jugement... »

 

[3] Cette bénédiction d’un amour sérieux  n’induit cependant  pas le soutien officiel par l’Église du mariage civil entre  personnes de même sexe. Elle  ne se situe pas non plus dans une perspective sacramentelle. Sur ce sujet, et au moins pour les internautes français,  voir le texte du Conseil famille et société de la Conférence des Evêques de France publié en septembre 2012 (en mettant le lien). On peut consulter aussi la Déclaration de la Fédération protestante de France (en mettant le lien) d’octobre 2012.

> Cette bénédiction d’un amour sérieux  n’induit cependant  pas le soutien officiel par l’Église du mariage civil entre  personnes de même sexe. Elle  ne se situe pas non plus dans une perspective sacramentelle. Sur ce sujet, et au moins pour les internautes français,  voir le texte du Conseil famille et société de la Conférence des Evêques de France publié en septembre 2012 (en mettant le lien). On peut consulter aussi la Déclaration de la Fédération protestante de France (en mettant le lien) d’octobre 2012.