BICE – Belgique                     Responsable Rédaction : Tanguy de FOY

 

Fiches « Droits de l’Enfant » N° 4-0

 

« Nous les arabes, on est comme ça »

 

 

Au sortir de l’enfance, sous le coup de la puberté, les adolescents soupèsent leur chance d’entrer dans le monde des adultes à partir de ce qu’ils pressentent sans pouvoir le dire.

 

Cette estimation s’appuie, dès lors, sur ce qui se réfléchit d’eux-mêmes dans le miroir social, dans le regard des autres, dans l’espace culturel en appui sur les lois. Comment les voit-on ? Les pense-t-on ? Les accueille-t-on dans le monde des adultes ? En fonction de quels critères ? De quelle justice ?

 

Pour obtenir des réponses, les adolescents posent des actes, se lancent dans des trajectoires qui visent un effet sur ce qui les entourent. Ils questionnent à leur manière la logique du monde dans lequel ils se trouvent[1] depuis l’entre-deux dans lequel ils sont en quelque sorte tombés, entre le monde de l’enfance et le monde des adultes. C’est un premier point de réflexion ouvert par la présente Fiche.

 

Les Droits de l’Enfant apparaissent comme un des dispositifs susceptibles d’orienter la vision, la pensée et les modalités d’accueil des adolescents dans le monde d’aujourd’hui. Ainsi, le récent Appel mondial à une nouvelle mobilisation pour l’enfance, lancé par le BICE en 2009, invite à la constitution d’« ...un monde où les enfants puissent vraiment jouir des droits que la Convention leur reconnaît, un monde sans pauvreté extrême et sans violence[2] ». L’Appel insiste, en outre, pour considérer l’enfant comme un « véritable sujet de droit[3] ».

 

Cet appel à la vérité – « vraiment jouir des droits », « véritable sujet de droit » – s’est vu questionné dans un site d’accueil pour adolescents à Bruxelles. Ce site se présente comme un type de dispositif d’accueil qui s’inscrit dans un autre registre que celui du droit : réfléchir à l’articulation de ces registres nous semble un des enjeux de notre travail, pour une approche renouvelée de l’enfant et de l’adolescent[4]. C’est le deuxième point de réflexion de cette Fiche.

 

Le site d’accueil dont il est question ici, qui reçoit, de manière ambulatoire, principalement des jeunes d’origine maghrébines, de 13 à 15 ans, nous pourrions dire qu’il s’est trouvé, durant l’année 2009, confronté à la difficulté d’inscrire le jouir en regard du sujet de droit. Le site, ouvert à la « jouissance » des jeunes par son accueil, s’est trouvé en difficulté pour donner lieu au sujet de droit que la Convention appelle de ses vœux, ouvrant un questionnement sur la « vérité » de cette « sujétion ». Celle-ci s’est exprimée sur un versant identitaire, à partir du miroir social : « Nous les arabes, on est comme ça. » Que s’est-il passé ?

 

Les accueillants ont du faire face, durant cette période, à des dégradations répétées du site chaque fois que des éléments de construction affective commençaient à apparaître dans la relation entre les jeunes et eux. La phrase-titre, proférée en réponse à une demande de réparation tant matérielle que symbolique, a, en effet, été interprétée par les accueillants comme une mise à l’épreuve de leur souci de proposer un site où donner lieu à l’altérité comme point d’appui à la construction de soi. Cette phrase traduisait plus qu’un ressentiment de la part des jeunes : « Nous, les arabes, nous sommes vu comme des merdeux, des casseurs, voire des terroristes. Vous vouliez mettre un site à notre disposition pour donner lieu à nos bonnes dispositions envers l’avenir et le pays d’accueil ? Et bien regardez et prenez la mesure de notre situation. »

 

Dans leurs réflexions pour mettre des limites à cette jouissance mortifère, les accueillants ont cru pouvoir lire la difficulté de ces jeunes à se sentir reconnus comme sujet de droit[5], à pouvoir jouer de leur identité pour trouver leur place dans le monde des adultes.

 

A partir de là, l’équipe du BICE-Belgique s’est demandé ce qu’elle pouvait dire :

  1. de la manière dont se construit la place des jeunes aujourd’hui
  2. de la mise en forme de lieux d’accueil et d’inscription sociale pour les jeunes
  3. pour situer la dimension de sujet de droit dans le monde multiculturel qui est le nôtre
  4. pour définir le rôle que peuvent jouer les Droits de l’Enfant pour donner lieu à cette dimension, pour ne pas absolutiser une jouissance sans reconnaissance ?

 

La place des jeunes, comment se construit-elle ?

 

C’est la question qui s’est posée à partir de l’expérience de l’un d’entre nous dans un site d’accueil ambulatoire pour adolescents dans un quartier de Schaerbeek à Bruxelles. Les jeunes auxquels il est fait référence sont, pour la plupart, belges d’origine maghrébine. Ils ont entre 13 et 15 ans. Ce sont des garçons.

 

Par eux, nous avons été amenés à constater l’importance, à l’adolescence, du registre de la provocation.

 

« Provoquer » vise à déconstruire[6], démonter, processus qui se déploie en deux temps, de l’espace familial à l’espace social.

 

Si, au départ, il s’agit de secouer, malmener, « griffer » ce qui est là, c’est, dans un premier temps, un processus mis en oeuvre pour s’éprouver soi-même, se rassurer face à l’agression et l’emprise que représentent – de plus en plus à l’adolescence – les attitudes maternantes ou idéalisantes des adultes qui encadrent les jeunes. Du moins beaucoup de jeunes le vivent-ils souvent comme tel !  Il s’agit de renverser ces attitudes des adultes pour grandir, se défaire de l’image du « bon petit » en exprimant sa capacité d’être rebelle, en « agissant » son côté obscur pour mobiliser ses différences insues et rafraîchir la capacité de penser des adultes.

 

Dans un deuxième temps, l’enjeu des provocations est de questionner les valeurs véhiculées comme allant de soi par la société dans laquelle il va falloir trouver sa place d’adulte. Ce questionnement apparaît particulièrement aigu dans le cas de ces jeunes issus de l’immigration. Questionner ce qui va de soi – qui prend dès lors l’allure d’une tache aveugle –, c’est réveiller la conscience des valeurs, leurs raisons d’être et leur potentiel d’autorité.

 

Pro-voquer est un appel au retour à une loi efficace, celle qui permet l’existence de la démocratie par exemple, qui tiendra compte de la part de force et de différence des jeunes provocateurs, de leur voix[7], sans admettre leur toute-puissance, une loi qui pourra différencier les actes et ce qui est au cœur des personnes sans dénier la différence des origines, garantissant la convivialité.

 

Chaque provocation pourrait ainsi être entendue comme l’indice d’une déstabilisation, d’une mise en danger de la démocratie, d’une perte de l’efficace de la loi en même temps, paradoxalement, qu’un appel à son maintien. Chaque provocation est une mise à l’épreuve d’une réponse. Si, dans la réponse, apparaît le risque de réimposition de l’arbitraire des adultes ou la pérennisation de la toute-puissance des adolescents, ce signal d’alarme qu’est la provocation s’exacerbe parfois jusqu’à la destruction.

 

Si la confusion se maintient, si les réponses se centrent sur l’exclusion punitive des circuits d’insertion, les jeunes se mettent à douter de ce qui leur est « offert » : ce n’aurait donc été qu’une manipulation de plus ?!

 

Le groupe reste alors le seul lieu d’une affirmation de soi contestataire voire destructrice, empêchant une autonomie plus grande, réduisant celle-ci à une image « négative » de soi glorifiée. Pour le fils d’immigré en particulier, la question de ce qu’il est aux yeux des belges se pose parfois cruellement. A quelle source peut-il nourrir son besoin de fierté, de dignité ? En bande, ils sont ce que trop d’autochtones disent : « des merdeux, des casseurs, voire des terroristes ». C’est en tous cas à travers ces regards qui les mettent « hors la loi » que les jeunes dont il s’agit ici se reconnaissent et qu’ils « provoquent ».

 

 

Les Droits de l’Enfant peuvent-ils contribuer à accueillir la provocation, venir dire quelque chose par rapport au sentiment d’une mise en danger de la démocratie, pour sortir de la confusion créée par les dénis sociopolitiques concernant notamment l’origine des flux migratoires ?

 

Construire un site d’inscription – Mode d’emploi

 

1. De l’implication

Pour contribuer à la reconnaissance d’un sujet de droit, il importe que les relations proposées aux jeunes par les adultes  impliquent ceux-ci au-delà de la définition officielle de leur fonction. Cette implication est appelée, entre autres, par les comportements qui font réagir, tels ceux qui ont donné lieu à la présente fiche.

 

Cet au-delà nous semble trouver son centre dans les deux dimensions de l’authentique[8] et de l’éthique[9]: invitation faite à chaque adulte en relation avec la jeunesse à « se connaître soi-même » pour re-connaître,

 

2. Un champ tiers

Un tel engagement de l’adulte n’est soutenable que s’il s’assume lui-même comme sujet de droit, c'est-à-dire adossé à une liste de droits et de devoirs, elle-même traduite dans des politiques concrètes d’insertion ou de soutien scolaire par exemple, pourvu qu’elles n’étouffent pas les possibilités d’être authentique, qu’elles restent éthiques.

Les Droits de l’Enfant apparaissent ainsi comme un appui pour lire une expérience entre jeunes et adultes dans les lieux créés pour rendre possible de telles rencontres : ce qui est arrivé entre nous, qu’est-ce que ça met en mouvement, du point de vue du désir, du respect, des limites intergénérationnelles ? qu’est-ce que ça institue ?

 

3. Donner lieu, inscrire

Ce qui inscrit les échanges humains, ce qui donne lieu au sujet de droit, ce sera donc un espace commun susceptible d’accueillir tant les attitudes provocatrices qui questionnent (issues de cette dimension insue ouverte par l’éthique) que la possibilité de les transformer, en appui sur les cadres socioculturels et juridiques existants.

Cette possibilité ne se déploie qu’en référence, à la fois, avec la situation du jeune dans la société d’accueil et l’histoire dans laquelle cette situation s’inscrit et comment elle se dit[10].

 

Cet accueil de ce qui échappe – ces échappées « provocantes[11] », impulsives  des adolescents qui tentent de marquer leur milieu tout en forgeant leurs griffes –  permet une appropriation de soi-même, tant des jeunes que des adultes qui les rencontrent. C’est ce qui rend pensable un projet qui se relie au social. Ce que nous nommons « inscription ».

 

4. De la critique

Le déploiement d’un tel projet, s’il a trouvé ses conditions pratiques, peut contribuer à transformer la provocation, l’impulsion, en attention lucide à ce qui relie à l’espace social. Il devient possible d’être critique sans détruire, car il existe une loi extérieure à tous protectrice de l’intégrité de chacun, dont l’opérativité peut être constatée.

L’expérience de cet « extérieur à tous » par le projet qui ouvre un espace de pensée critique par l’institution de limites est alors susceptible de relancer de nouveaux espoirs d’insertion dans l’enseignement, dans la culture, dans l’économie et dans la politique.

 

 

Les Droits de l’Enfant peuvent apparaître comme référence pour questionner et travailler ce rapport aux autres et à la loi auquel tout être humain est confronté, quelque soit sa culture. Ils peuvent inspirer des démarches spécifiques, tels des sites d’accueil pour adolescents, qui cherchent à donner lieu à l’altérité comme point d’appui à la construction de soi.

 

Situer la dimension de sujet de droit dans le monde multiculturel qui est le nôtre

 

La notion de sujet de droit devrait être précisée, notamment en regard d’un « sujet de devoir ». « Le terme de sujet de droit n’intervient pas en tant que tel dans les textes juridiques où l’on trouve par contre celui de personnalité juridique, voire de personne humaine. Par contre, l’individu concret auquel se réfère une action juridique est déterminé par sa place, sa fonction, son rôle dans la procédure : il est toujours sujet du droit. Le sujet de droit est celui qui est mis en fonction par le texte du droit, il est, en quelque sorte, le produit du texte juridique. Cette mise en fonction du sujet dans le droit n’implique pas une modalité unique ; on peut en repérer trois sortes, qui répondent chacune à des logiques spécifiques : le sujet propriétaire, le sujet auteur d’un acte juridique et le sujet responsable. Rien ne permet de prétendre qu’il s’agisse du même sujet décliné selon trois occurrences distinctes.[12] »

 

Les Droits de l’Enfant mettent en fonction un sujet-un sujet mineur d’âge en dehors de la sphère familiale et culturelle. Ils sont dits « universels ». Les Droits décrits dans la convention inspirent des attitudes, des expectatives et règles de vie qui visent un bien commun, lequel entre parfois en compétition avec les communautés sociales, les intérêts des adultes et la multiculturalité du monde. Il faut donc négocier : le bien commun ne devient défendable qu’une fois dépassées les tentations d’hégémonie culturelle pour laisser place à l’expression des spécificités. Cela passe par la construction d’une fiction qui accorde[13] les différences. « Il n’y a pas en droit un sujet dont l’essence se manifesterait selon diverses occurrences, mais il y a, sous certaines conditions, du sujet de droit défini par certaines actions juridiques. Le sujet de droit est une fiction, une fictio legis, qu’illustre le fait que peuvent être déclaré sujet de droit le Fisc, la Couronne, l’Etat, ainsi que toute les « personnes morales ».[14] »

 

La situation qui a motivé cette fiche montre qu’une telle fiction d’un sujet-mineur est régulièrement mise à mal  par les images qui circulent : « Les arabes sont comme ça ». Les jeunes semblent alors réduit à devoir reprendre ces images à leur compte sans pouvoir s’y représenter :  « Nous, les arabes, on est comme ça », soulignant par là leur impuissance à les transformer.

On le voit, les images objectivent plutôt qu’elle ne subjectivent et mettent à mal les principes exprimés dans les Droits de l’Enfant. Ils échouent alors à produire une identité qui les représente « véritablement », respectable et respectée, insérée dans le monde social de manière responsable. Il y a un maillon qui manque pour constituer un « véritable sujet de droit ».

 

Il ne peut y avoir du sujet de droit que dans une complémentarité avec la dimension du « sujet « tout court » ». Un enfant ne devient sujet que s’il est considéré comme tel par les adultes : cette complémentarité est générationnelle, elle articule fiction de soi et fictio legis. Or, les adultes ne peuvent donner une telle considération que s’ils sont en mesure de comprendre ce qui se passe en eux, de reconnaître leur propre violence et la manière dont celle-ci se trouve canalisée par leur propre culture. C’est la conscience, à travers une fiction, de cette articulation entre la culture et la violence qui définit les valeurs, lesquelles deviennent des appuis pour un dialogue interculturel ou pour une réflexion sur les espaces-temps que les adultes consacrent aux jeunes.

 

Il apparaît que c’est d’abord entre adultes qu’il faut parler des Droits de l’Enfant. Une réflexion préalable est pacifiante et crée les conditions d’un échange ultérieur avec les jeunes. A ceux-ci, il ne s’agit pas de seriner leurs droits en termes de revendications pures et simples, sans contrepartie dans le social mais de témoigner de notre égal statut de sujets de droits, de comment il permet une reconnaissance mutuelle qui potentialise notre devenir humain.

 

 

Les Droits de l’Enfant ne peuvent mettre en fonction du sujet de droit en dehors d’un dialogue interculturel entre adultes qui se reconnaissent comme sujet et qui se subjectivent dans cette reconnaissance. Ce dialogue doit également pouvoir s’appuyer sur un champ tiers, comme nous l’avons montré dans la Fiche 04-2. Ce n’est qu’à partir de ces liens entre adultes que les Droits peuvent mettre en fonction des sujets de droits responsables de leur jouissance. C’est ainsi que les accueillants, suite à la situation présentée ici, ont été amené à repréciser leurs appartenances professionnels et personnels pour ensuite prendre contact avec des adultes référents des jeunes en question afin de pouvoir déconstruire les images et ouvrir un espace de subjectivation.

 

Quel rôle peuvent jouer les Droits de l’Enfant pour donner lieu au sujet de droit, pour ne pas absolutiser une jouissance sans reconnaissance ?

 

Au fil de cette Fiche, les Droits de l’Enfant sont apparus comme un appui possible pour œuvrer à l’accueil des différences et des singularités des jeunes et de leurs familles, et pour produire du sujet de droit. Œuvrer signifie ici travailler aux conditions d’exercices des Droits, selon l’article 4 de la Convention. L’engagement dans un tel travail contribue, pour nous, à mettre en mouvement les identités figées et à faire reculer la haine qui s’accumule face aux réactions racistes. Récemment, une jeune d’origine marocaine, mais de nationalité belge, s’est entendue dire à plusieurs reprises, en se présentant pour un job de vacances : « Vous êtes vraiment belge ? » alors que les personnes qui la recevaient avaient sa carte d’identité en main. « À cause de mon teint basané », a-t-elle raconté avec amertume et dégoût.

 

Parler et mettre en débat de telles situations peut faciliter l’acceptation et l’intégration. C’est à cela qu’invite l’article 8. Cela suppose de rencontrer l’agressivité latente, d’accueillir l’amertume et le dégoût. Une telle rencontre ne va pas de soi, elle rend vulnérable les interlocuteurs, tant les rancœurs peuvent être profondes. Il est important de se souvenir que les « attaques » auxquelles ces rancœurs mènent, telles celles évoquées dans cette Fiche, visent paradoxalement ceux qui œuvrent en toute authenticité, qui donnent le sentiment de pouvoir encore être atteint dans un monde inaccessible. Ces mises à l’épreuve sont à entendre, dès lors, comme une tentative de transformer les personnes visées en interlocuteurs, dans l’esprit de la provocation abordé dans la Fiche 4-01. Il s’agira ensuite de se rappeler sa situation d’adulte, son histoire et sa position de sujet de droit pour donner lieu à la reconnaissance de l’altérité et de la différence.

 

A partir de là et en appui sur les articles 12, 13 et même 14, c’est tout le dialogue socioculturel et spirituel positif possible qui doit s’ouvrir entre les adultes. C’est dans l’accueil du dégoût et de la haine, dans la possibilité de l’entendre au-delà des images d’arabes qui seraient « comme ça », que l’on peut faire reculer cette haine et donner consistance aux Droits au-delà des grands discours.

 

Accueil et écoute permettent l’ouverture d’un dialogue socioculturel à travers lequel peut se signifier ce que l’un est aux yeux de l’autre, transformant ainsi les regards et dessinant les apports de chacun. C’est sans doute à ces conditions d’échanges qu’une action engagée est possible qui donnera « véritablement » lieu au sujet de droit, à ses limites et à son mouvement. Et cela, chez chacun, quel que soit son âge, sa fonction et sa culture !

 

C’est ensuite dans l’acte éducatif que se transmet l’expérience du don de la différence. C’est à travers les actes posés par l’adulte, tels qu’ils reflètent sa propre position de sujet de droit en articulation avec son identité et l’exercice de sa fonction sociale[15] que les jeunes pourront faire à leur tour l’expérience de ce que peuvent signifier les Droits de l’Enfant au-delà des grands discours et apparaître, de temps en temps, comme de « véritables » sujet de droit.

 

On ne jouit jamais absolument des Droits inscrits. Ils représentent une dimension tierce que nous avons le devoir de protéger pour rendre possible un « vivre ensemble ». C’est en reconnaissant les limites de cette jouissance qu’on rencontre les conditions d’un bien commun qui inclut la reconnaissance de la différence.

 

L’importance de la place des adultes dans la mise en œuvre des Droits de l’Enfant rappelle que cette Convention est indissociable de la déclaration des Droits de l’Homme. Il nous semble important de les maintenir ensemble en montrant qu’en proclamant les Droits de l’Enfant, inévitablement nous exigeons le respect des Droits de l’Homme et l’inverse, que le non respect de l’un le signifie pour l’autre.

 

L’Appel du BICE a une nouvelle mobilisation à l’intérêt, en plusieurs de ses points, d’insister sur cette indissociabilité

 

 

 

 

 


Pour télécharger en Word 2000



[1] Pour approfondir cette question, lire J.-M. Forget, Les violences des adolescents sont les symptômes de la logique du monde actuel, téléchargeable sur yapaka.be : http://old.yapaka.be/index.php?node_id=722.

[2] http://www.bice.org/ewb_pages/d/document-reference-appel-mondial-pour-lenfance-geneve-juin-2009-premiere-partie-situation-enfants-deracines-notre-vision.php, point 4.

[3] http://www.bice.org/ewb_pages/p/preambule-document-reference-appel-mondial-nouvelle-mobilisation-pour-lenfance-geneve-juin-2009.php, point 2.

[4] http://www.bice.org/ewb_pages/d/document-reference-appel-mondial-pour-lenfance-geneve-juin-2009-premiere-partie-situation-enfants-deracines-approche-renouvelee-de-lenfant.php

[5] Notamment à partir de leur histoire familiale de migration. Voir Fiche 4-03.

[6]  Ne pas confondre avec « détruire ».

[7] Rappelons que provoquer, étymologiquement, met en jeu la voix Le mot vient du latin provocare qui signifie « appeler dehors ». Il s’agit ici d’appeler les adultes dehors, hors de leurs habitudes qui sont aussi des habitats.

[8] Pour préciser cette notion parfois un peu tarte-à-la-crème, nous proposons de revenir à l’étymologie qui indique cet adjectif comme signifiant « original et bien attribué » et faisant référence à un « acte juridique qui peut faire foi ». Cela nous permet de lire « authentique » comme une manière d’« originaliser » notre fonction sociale d’adulte, de la faire nôtre, de l’habiter afin qu’elle se voit « bien attribuée ». L’authenticité est ainsi une modalité qu’a trouvé un sujet de s’articuler à une fonction attribuée par un « acte qui peut faire foi » qui fait que cette fonction ne peut que s’exercer de façon singulière, faute de quoi, cela ne « fera pas foi » dans le chef des jeunes.

[9] Là où l’authentique relie, l’éthique veille à ne pas figer les liens, les identités, et appelle à tenir compte de la différence, de l’autre, à partir de cette fracture primordial dans l’homme qui fait coexister en lui une part visible et une part invisible. Avoir une position éthique consisterait ainsi à savoir qu’il y a des possibles insus.

[10] Voir l’article d’Alice Cherki, Silence des violences coloniales et empêchement d’exil psychique sur http://www.manifeste.org/article.php3?id_article=208

[11] Voir ficheBICE04-Résumé 1

[12] Chaumon F., Lacan. La loi, le sujet et la jouissance, Paris, 2004, Michalon, Le bien commun, p. 88.

[13] On peut entendre ici le terme « accorder » à la fois en référence à un accord musical entre plusieurs notes différentes, à un accord qui arrive au terme d’un conflit et, encore, dans le sens d’accorder une faveur, soit d’un don : nous recevons nos différences de l’autre.

[14] Chaumon F., op. cit., p. 89.

[15] Cfr. Fiche 04-2