BICE Belgique                  

Fiches « Droits de l’enfant » N° 07

Rédacteur : Baudouin Hecquet

 

 

Un « Conseil des Citoyens » à l’école

 

Cette fiche présente l’originalité de relater une expérience de bientraitance menée au sein d’une école secondaire secondaire[MS1] , [jyh.ds2] dans laquelle se sont impliqués l’équipe éducative et les jeunes. Ensemble, ils ont mis au point un dispositif pour réduire la violence et gérer les conflits par une parole « médiatisée médiatisée[MS3]  », au sens où elle bénéficie de médiation. Ils promeuvent ainsi ensemble les droits de l’enfant. Nous sommes vraiment heureux de pouvoir vous présenter cette fiche à la portée très positive.

 

I. La situation 

 

Vous pouvez vous en faire une idée :

 

- A partir de l’article de la  Libre Belgique du 6 mai 2010, signé Laurent Gérard.

- A partir du compte rendu de l’atelier n°7 de l’Université d’été d’été[MS4]  d’août 2010, intervention de Bruno Derbaix, Professeur à l’Institut La Sainte Famille, participant au lancement  de ce projet de vie citoyenne

- A partir du 3ème forum des innovations en Education (3/02/2010) -  Atelier n°3 : collaborer entre enseignants : " « l’interdisciplinarité »"  -  Intervention de Bruno Derbaix.

Nous nous sommes appuyés sur ces travaux pour présenter les réflexions de l’équipe du BICE Belgique.

 

 

Lieu de l’expérience : Ecole secondaire en discrimination positive « La Sainte Famille »  à Schaerbeek. Milieux socio-économiquement défavorisés belge ou  d’origines diverses : Maroc,  Turquie, Centrafrique et Europe de l’Est.

Situations de violence à l’école : passages à tabac, racket, dégradations, vols, et autres incivilités.

Objectif, conçu à partir d’une conférence du pédo-psychologue Jean-Luc Tilmant : créer une école citoyenne afin de générer un lieu convivial, d’ enrayer la violence et de lutter contre  l’échec scolaire.

Des mini-forums par classe (« Comment vivre ensemble dans le respect ») et leurs synthèses rédigées par les  élèves délégués   et par les professeurs, amènent à construire une « loi de l’école » publiée dans toutes les classes en un langage compréhensible pour les jeunes.

Un « Conseil des Citoyens » ( dit « Concit » ) est alors mis en place. Il se compose de 6 élèves délégués , 3 professeurs par degré d’enseignement, un éducateur, la directrice et 2 coordinateurs. Il se réunit deux ou trois fois par semaine.

Le Conseil des Citoyens :

         veille au bon fonctionnement de la « loi de l’école » et à l’application rapide  des punitions et réparations décidées en conseil. Le but est, ,  de revenir sans attendre sur les situations problématiques avec les acteurs concernés, de chercher des solutions, et  enfin de proposer des réparations et des punitions adéquates.

          permet aussi la rencontre entre acteur et victime dans un cadre défini et dans une ambiance accueillante et dialoguante apte à canaliser les rancœurs.

 

         veille aussi à appliquer des valorisations par un système de progression de ceintures (comme au judo) attribuées pour les comportements estimés positifs : respect de « la loi » et  respect de son statut d’élève (en dehors des résultats scolaires).

         engage des actions de solidarité, par exemple avec Haïti, ou réalise des expositions, par exemple sur le conflit israélo-palestinien.         

         assure enfin l’accueil des nouveaux élèves. 

 

II. Commentaires et réflexions.

 

1.      Au préalable

 

Il serait  utile que cette expérience s’inscrive plus précisément dans un cadre de référence de pensée et d’action comme  par exemple celui de la pédagogie institutionnelle.

Ce cadre de référence par accumulation organisée d’observations et de réflexion consoliderait et réévaluerait l’expérience sur le long terme . Il permettrait  de promouvoir plus puissamment l’école citoyenne et d’encourager des expériences débutantes et sans doute trop strictement autoréférencées.

 

2.     Gérer les conflits et les incivilités.

 

Violences et incivilités  entre élèves et entre  élèves et  professeurs : l’école citoyenne, face à cet embrasement, construit un contre-feu selon un processus constructif et non destructeur : les élèves, professeurs et éducateurs en discutent entre eux dans le cadre d’un conseil et décident des sanctions avec tous les acteurs concernés.

Mais de la sorte ne restent-ils pas  trop à une analyse de surface, celle d’une causalité linéaire entre agresseurs d’avant-plan et victimes [MS5]  ? Leur Conseil arrive-t-il aussi à toucher au système quand il le faut ? Cette question pourrait aussi s'inscrire dans la recension des limites soulignées ultérieurement.

Par toute la réflexion qu’ils élaborent et par des applications concrètes, les acteurs de cette école (élèves, éducateurs, professeurs) donnent à la loi une dimension  que soulignent les bons  juristes : lien entre transgressions/sanctions d’une part, accueil et solidarité d’autre part. La loi sanctionne pour intégrer, réparer et réconcilier. Comment les élèves pourraient-ils mieux comprendre ces liens que par l’application de la loi  à  des situations vécues dans leur environnement ? Ils comprennent en outre  expérimentalement et par leur action que la loi permet le mieux-vivre ensemble.

Et si un fautif refuse de jouer le jeu en ne se présentant pas au Conseil ou en n’y n’acceptant pas les sanctions ? Il sait qu’il devra se soumettre alors au règlement de l’Institut  (ROI, géré par la conseillère d’éducation pour les élèves.)

Il vaut la peine de souligner un  rapport entre la possibilité de se sentir citoyen et l’enrayement de la violence. La violence permet de prendre  de la place, la citoyenneté le permet aussi, mais en tant qu’alternative constructive. La violence ludique (au sens aussi de gratuite), dont nous reparlerons par la suite,  [MS6] , fait place au plaisir de vivre ensemble à l’école.

 

Les élèves sont aussi acteurs de l’accueil des nouveaux, et acteurs d’ actions de solidarité. L’agir précède, ou au moins accompagne, le discours.

L’élaboration de ces pratiques est le fait de tous ceux qui vivent à l’école. L’imposition systématique de par une instance supérieure n’atteindrait pas le même résultat, faute de consensus et d’adhésion vécue de l’intérieur. Cette imposition se passerait aussi de la connaissance quasi viscérale qu’ont les acteurs concernés par la violence, soit comme auteur soit comme victime. Elle en serait moins efficace.

La composition du Conseil  laisse  assez d'espace et de pouvoir aux adultes pour que son fonctionnement ne résulte pas du caprice des jeunes de l'Institut : les élèves ne sont pas majoritaires, et les élèves « ceinture noire » siègent quasiment à titre honorifique et non comme délégués L'école s'inscrit bien dans un projet de société dont les adultes sont les garants. Mais au moins, par le fonctionnement du Conseil, des échanges et des critiques peuvent se manifester face à ce projet de société, ou face  au projet pédagogique global de l’école.

 Les adultes risquent-ils d'être dépouillés de ce dernier ? Non, car le suivi du programme scolaire et les méthodes pédagogiques ne relèvent pas du Conseil et qu'existe une chasse gardée, un  hiatus volontairement tu, « hors sphère ».

 

3.   Sollicitude pour l’humain

 

Le Conseil des Citoyens organise l’accueil des nouveaux élèves, favorisant une reconnaissance positive entre personnes quelles que soient leurs cultures d’origine. Lors de l’accueil, les élèves sont initiés au fonctionnement de  la « loi de l’école »  . Les élèves sont reconnus comme des personnes responsables, capables de prendre la parole lors des conseils, de traiter les autres comme des partenaires quelle que soit la culture, de prendre des décisions respectueuses des personnes.

Les actions décidées par le Conseil _ par ex. une exposition informative sur le conflit israélo-palestinien _ - permettent  à des cultures différentes de se faire connaître, non seulement par le contenu de l’exposition elle-même mais aussi via une collaboration indispensable entre élèves de culture différentes.

Par le dialogue, les élèves peuvent , identifier les références culturelles qui les entourent, y compris les références occidentales parfois contradictoires ou différentes des leurs propres,. Par ailleurs, par le Conseil des Citoyens, ils peuvent construire une culture commune favorable au vivre ensemble dans l’école. Ainsi ils renoncent à vivre en conflit larvé ou ouvert avec des élèves d’autres cultures, ou  avec les profs, les éducateurs,  la direction.

Chaque élève peut aussi manifester, prouver, rendre visibles des facettes de lui-même autrement que par ses résultats scolaires. Sa personnalité ne sera pas réduite à ses réussites ou – pire - à ses déficits scolaires.

 

 

 

 

4.   Difficultés et limites de l’expérience

 

Le fonctionnement de l’école citoyenne tel qu’il est expérimenté  ne risque-t-il pas d’exiger un « budget temps » excessif au détriment des cours eux-mêmes ? Ou encore, d’entraîner une démotivation de certains professeurs dont la priorité resterait la préparation et la transmission des savoirs ? Ils pourraient percevoir le temps exigé par l’école citoyenne comme un temps excédentaire, lourd à assumer à long terme. Il y a aussi le risque d’un clivage entre des professeurs impliqués dans ce projet  d’école citoyenne et les autres. . Certes, ce clivage peut exister lors de toute activité exigeant un dynamisme hors cours, mais en général alors, il ne dure que ce que dure l’activité. par contre ici, avec le « concit » il s’agit d’une entreprise à durée indéterminée, modulable d’année en année.

Une solution pourrait être d’instituer un temps reconnu pour faire fonctionner l’école citoyenne en contrepartie d’une diminution diminution[MS7]  mesurée des heures de cours.

 

Dans ce type d’école en « discrimination positive » , ce qui se vit à travers le fonctionnement de l’école citoyenne diminue les actes de destruction de différents types. La violence est circonscrite.

Mais l’école citoyenne ne permet-elle pas d’occulter la véritable origine des violences auxquelles nous assistons dans certaines écoles ? Et ne se limite-t-elle pas alors à circonscrire des exécutants d’avant-plan, sans toucher aux injustices et violences du système lui-même, ?[MS8]   

La perte de légitimité de l’école est inéluctable lorsque des élèves la perçoivent - non sans raison - comme un vase clos sans perspectives, un lieu  qui, après l’apprentissage, ne leur permet pas  d’acquérir un  véritable avenir professionnel. L’école devient alors celle du temps perdu ; du temps  inutile mais imposé, que les élèves vont meubler par l’aventure des actes délictueux, et par des jeux, organisés en clan, pour  titiller, provoquer sans cesse professeurs, éducateurs, compagnons de classe. La violence est ici  ludique.

Le « Concit » arrive-t-il donc alors à toucher au système quand il le faut ? Ces mécanismes de l'école citoyenne  n'aboutiraient-ils pas à la fonction - non explicite, non dite, peut-être non perçue - d'occulter l’au-delà de l’avant plan ? l'au-delà de l'avant plan?[MS9]  De laisser dans les coulisses des véritables enjeux de la scolarité ?

 

Mais de toute façon, si c’est là l’école du temps à la fois imposé et perdu, autant que ce temps perdu devienne un temps d’apprentissage productif pour ce qui est d’acquérir des personnalités citoyennes. C’est déjà cela.

Le Conseil ne peut fonctionner en cas de refus  d’un 'élève de s’y présenter ou d’une non-acceptation de la   sanction. Mais cet échec n'aboutit pas à saper le fonctionnement du Conseil puisqu'il y a dans ce cas recours au règlement de l’Institut   ou à la loi belge. Mais qu'en est-il pour les délits punis par la loi? Le Conseil fait-il le tri pour distinguer ce qui peut relever de la loi interne construite par la concertation  et ce qui relève du législateur ?

 

5.   L’interface entre place de l’élève et citoyenneté

 

Si l’école scolarise, ici,   son fonctionnement « citoyennise » également.

Par le Conseil citoyen, les différents acteurs  s’approprient et façonnent un espace scolaire et social où chacun trouve sa place et respecte celle des autres : espace de parole, de décisions, d’accueil, de création, d’action.

Les « Droits de l’enfant » s’en trouvent respectés et renforcés Le « Concit » constitue pour les enfants un encouragement :

 

 

         -        à se situer dans l’ordre des générations (art. 1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant))

         -        à pratiquer la non-discrimination (art. 2)

         -        à rechercher un bien-être (art. 3)

         -        à exercer leurs droits (art. 4)

         -        à développer leurs capacités (art. 5)

         -        à porter leur nom et leur nationalité (art. 7)

         -        à se forger une opinion (art. 12)

         -        à prendre en compte la liberté d’expression, de pensée (art. 13 et 14)

         -        à imaginer les possibilités et les effets de l’association (art. 15)

         -        à recevoir et traiter des informations (art. 17)

         -        etc.

Notes

 

 

Le Concit en détails : Sur le site de l'Institut, on pouvait liere jusque récemment : [MS10] « … Le Conseil gère donc notre loi dans les situations difficiles. Cela veut dire que, lorsqu’une personne de l’école pose problème du point de vue du respect, le Conseil l’invite, ainsi que les autres personnes concernées par les événements problématiques. Le but est, avec les acteurs concernés, de revenir sur ce qui s’est passé, de chercher des solutions, enfin de proposer des réparations et des punitions adéquates. Si la personne invitée ne se présente pas, on l’invite le lendemain (mercredi à 13H13 h) pour un conseil exceptionnel. Si elle ne se présente toujours pas, le Conseil des Citoyens se retire et c’est le règlement qui est appliqué par le biais des personnes responsables (ROI par la conseillère d’éducation pour les élèves, loi belge par la  directrice – ou PO ou PO [MS11] – pour les membres du personnel).

L'année passée, nous avons ainsi traité une trentaine de cas, entraînant de la part des élèves des propositions de réparation très diverses (excuses, nettoyage de la cour, écriture de dossiers, organisation de dîner de classe, aide lors d’activités sportives organisées par le Conseil …)

Lorsque le Conseil s’est mis d’accord sur des punitions ou des réparations, il gère leur mise en œuvre, soit directement par le biais de ses membres (adultes ou élèves), soit en collaboration avec l’équipe des éducateurs et des professeurs.

Le troisième rôle du Conseil est d’accueillir les nouveaux élèves. Il faut d’abord leur faire comprendre qu’ils sont réellement les bienvenus dans notre établissement, et que celui-ci est une réelle collectivité, et non une machine froide dans laquelle ils doivent se faire oublier. Mais il s’agit aussi de les mettre au courant de la démarche en cours dans l’école, et du fait que, même s’ils n’y ont pas participé, la loi en vigueur dans l’école est l’émanation de l’ensemble des élèves, et non quelque chose d’imposé abruptement par l’institution.

Le quatrième rôle est enfin l’encouragement des projets et gestes citoyens. Ce quatrième rôle est loin d’être le moindre. Il vise d’une part à reconnaître, féliciter et encourager tout ce qui fait que l’on peut « mieux vivre ensemble » au quotidien. Dans cette perspective, le Conseil met à l’honneur régulièrement certains comportements en les affichant sur un tableau spécifique aux valves.  valves[MS12] . Il envoie aussi régulièrement certains de ses membres élèves, accompagnés de la directrice, féliciter les élèves dans leur classe.

Mais le Conseil ne se contente pas de rendre hommage aux projets des autres. Il essaye aussi de les soutenir. Et il en organise lui-même.

Pour l'an passé, on peut citer l’organisation d’une exposition sur le conflit israélo-palestinien, le projet d’une revue d’élèves par une classe de 5ème, l’aide apportée par certains élèves à la victime d’une agression devant l’école, la participation de certains autres à des débats interreligieux .

 

Le « Concit » a également mis en place un grand projet appelé « Moi je me bouge pour ». Tout au long de la deuxième partie d'année, des ateliers de danse, sport, etc. ont été organisés et ont débouché sur une grande fête de fin d'année.

 

Mmots clée

 

ECOLE SECONDAIRE, violence, citoyenneté, sanctions, réparations.

 

Pour télécharger en Word 2000 

 

 

 


 [MS1]Préciser à quel âge cela correspond (collège en France ?)

 [MS3]On comprend aujourd’hui ce mot  au sens de : « qui passe à la radio ou dans les journaux »…

 [MS4]Laquelle ?

 [MS5]Peu clair. Je serais tentée de dire : « N’en restent-ils pas alors à une analyse de surface ? » ok

 [MS6]Je ne comprends pas ; veut-on dire « plus loin » ? oui

 [MS7]Mesurée quand même ? (les parents vont avoir peur…)ok

 [MS8]Pas très clair (voir commentaire + haut). « de 1er plan » : on comprend « très important ».

 [MS9]idem ici ça me semble clair

 [MS10]même remarque qu’au début.

 [MS11]??

 [MS12]??? « Elèves », je suppose ?