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Quelle confiance

les Belges ont-ils encore

dans leurs institutions ?

* biographie et recueil de publications scientifiques du professeur Jean-Yves Hayez.
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" La vraie trahison est de suivre le monde comme il va et d'employer l'esprit à le justifier." Jean Guéhenno.

Jean-Yves Hayez
a le plaisir de vous proposer






Quelle confiance les Belges ont-ils encore dans leurs institutions ?



Le vendredi 16 janvier 2004.

Agressé par l'affaire Dutroux et par sa gestion dans la communauté, l'homme tranquille et un peu naïf que j'étais est devenu un citoyen malheureux, en colère et en recherche de justice : j'ai découvert que beaucoup de nos institutions n'avaient pas été et n'étaient toujours pas suffisamment au service de la collectivité, comme cela devrait être le cas dans une authentique démocratie. La Belgique en est-elle encore fondamentalement une, corrodée comme elle l'est par la confiscation en douce, mais tenace du pouvoir ? Ceux qui l'ont reçu par délégation oublient en tout cas régulièrement ce statut essentiel de délégués au service de leurs mandants.

Je commencerai donc par esquisser ce qui, à mes yeux, s'est passé et se passe encore entre la collectivité et ceux à qui elle délègue un pouvoir institutionnel. Puis, je décrirai quelques phénomènes que je connais bien pour les voir s'exercer dans ma pratique professionnelle, au cœur de chaque individu et de chaque famille. Ils me semblent s'être déroulés aussi dans l'ensemble de la communauté sociale et de l'Etat belge.

- -I. CE QUI S'EST PASSE ENTRE LES CITOYENS ET CEUX A QUI ILS AVAIENT DELEGUE DU POUVOIR INSTITUTIONNEL.

Pour la grande majorité des citoyens, août 1996 créa ou réveilla la prise de conscience d'une incapacité de l'Etat à veiller efficacement sur eux et sur leurs enfants et du mépris avec lequel il traite souvent les demandes de Monsieur Tout le monde. Certes, depuis 1995, les parents des fillettes enlevées tentaient d'attirer l'attention de l'opinion sur les nombreux dysfonctionnements qu'ils vivaient à leurs dépens. Mais beaucoup les prenaient pour des « râleurs », des « paranos », et jugeaient utopique leur foi dans la survie de leurs enfants. Il a fallu le choc de la découverte de toutes les horreurs imputables à Dutroux pour que les yeux s'ouvrent.

Il s'en est suivi une colère générale, intense et légitime, relayée par les médias aussi indignés que la population. A l'automne 1996, les points d'orgue en ont été la « marche blanche » et la mise en place de nombreux et enthousiastes comités informels de vigilance citoyenne, dits « comités blancs ». C'était un temps de crise, où la passivité et le doute se sont momentanément effondrés et où la collectivité a revécu de puissants réflexes d'autodéfense, plutôt informels.

L'Etat et les institutions officielles ont vécu alors un profond désarroi et l' impuissance, ainsi que des règlements de compte, chacun cherchant à sauver sa peau plutôt que d'assumer ses responsabilités.

La première à se ressaisir, dès octobre 1996, a été l'institution judiciaire. Elle dut en bonne partie sa « ré-équilibration » rapide à sa puissante organisation hiérarchique.

Elle était attaquée non seulement du dehors, mais même indirectement du dedans, par les deux magistrats chargés de l'enquête dans leur lointaine province de Neufchâteau. Les succès de leurs démarches et leur style de travail plus ouvert à la communauté parurent probablement aussi insultants à leur propre institution que si deux barons-paysans, surgissant de quelques Causses méprisées, avaient voulu réformer le style et les objectifs de la Cour de Versailles.

Aussi le juge d'instruction en charge de l'affaire fut-il embastillé, via l'indigne « arrêt-spaghetti », pour une broutille de nature à faire sourire tous ceux qui connaissent les subtilités dont sont capables les artistes des procédures judiciaires : le 14 octobre 1996, la Cour de Cassation dessaisissait le juge Jean-Marc Connerotte de l'instruction qui l'avait mené, en quelques jours seulement, là où ses collègues n'avaient pas pu ou pas voulu arriver en 14 mois. L'arrêt fut prononcé en grande pompe, assorti de longues justifications comme tout ce qui n'est pas vraiment justifiable, et cet acte symbolique a constitué la première cassure dans l'espérance de la population. Presque en même temps, on coupa la langue au Procureur chestrolais, c'est-à-dire que sa hiérarchie lui interdit de s'exprimer publiquement, ce qui va centralement à l'encontre des missions de ce type de magistrat.

Quant aux autres institutions, elles semblent s'être trouvées plus longtemps sous l'emprise du désarroi. C'est probablement chez les hommes politiques, élus plus directs et plus temporaires du peuple, que l'ambivalence a été la plus profonde, déchirés qu'ils étaient entre la tentation intérieure de suivre la communauté et de changer de mentalité et d'autre part la tendance à sauvegarder à peu près à n'importe quel prix le statu quo des institutions. Mais dès le début 1997, plutôt que de procéder au profond changement de mentalité dont il proclamait toujours officiellement la nécessité, le pouvoir politique a recouru à ses vieux trucs et ficelles : promettre de nouvelles réformes (et en réaliser l'une ou l'autre sur papier, mais sans étudier vraiment leur faisabilité et leur intégrabilité aux précédentes) et crééer des « objets xternes » pour déémontrer à la population que celle-ci avaité éété comprise.

Trois de ces " objets externes ", au fond bien prévisibles, méritent d'être mentionnés.

Premièrement, il y a eu la création d'une commission d'experts nationaux. Après un an de travail, ces professionnels compétents ont remis un rapport très intéressant sur les mesures à prendre, mais on découvre progressivement combien il est peu applicable, au-delà de tel ou tel aménagement technique mineur. En 2004, si l'on veut être honnête, que s'en est-il suivi qui ne soit pas de l'ordre de la déclaration d'intentions ?

Ensuite, création d'un centre de recherches pour enfants disparus ou exploités sexuellement, mis sur pied tambour battant, médiatisé à grand fracas et sponsorisé par le secteur privé, au même titre qu'une équipe de foot (l'on s'est machiavéliquement servi de la défiance de la population à l'égard des services publics pour affirmer que ce centre ne pouvait être financé que par le sponsoring privé ...)

Troisièmement, une commission nationale de parlementaires, chargée d'enquêter sur les enlèvements et assassinats d'enfants, très médiatisée elle aussi, a provoqué une formidable catharsis au sein de la population ; après presque deux années de travail, elle a été étranglée par les autorités politiques mêmes qui l'avaient mise en place, à la fois par jalousie face à sa popularité, et par angoisse face à beaucoup de ses recommandations : sanctions des responsables des dysfonctionnements, enquête sérieuse sur la pédocriminalité organisée, réformes profondes des procédures pénales pour équilibrer les droits de la défense des inculpés et des victimes, etc. Pire encore, on se sert depuis quelques temps d'hypothétiques erreurs de procédure commises par cette commission pour abriter de toute sanction ceux dont elle avait investiguéé les dysfonctionnements : des droits de toutes façons mineurs n'auraient pas ééété parfaitement respeéctés…Plus catholique, la Belgique ? Quand elle le veut, elle le reste cent fois plus que le plus conservateur des papes ...

A partir de l'été 1997, l'heure est donc revenue donc à la " normalisation " pilotée discrètement par les états majors des principaux partis politiques en bonne entente avec les principaux milieux dirigeants : une bonne partie de la presse a donc été soit infiltrée et désinformée, soit soumise à des pressions économiques telles que le discours médiatique dominant a rejoint celui des institutions officielles :« Dutroux est un pervers isolé, il n'y a pas de réseau de prostitution infantile mafieux en Belgique, les institutions ont fait leur devoir, et quelques réformes ultérieures achèveront de les parfaire ».

Malheureusement, une assez grande partie des élites intellectuelles, désinformée par sa propre prose, découragée et/ ou sentant que le vent tournait, a épousé les arguments émis dans le cadre de la normalisation. Celles et ceux, minoritaires, qui ont continué à protester ont été taxés par les uns de gauchistes attardés, par d'autres de suppôts de la droite, de « poujadistes surfant sur l'émotion populaire ».

La volonté institutionnelle de retour à la case départ a juste été ébranlée au moment de la grand'guignolesque et brève évasion de Dutroux : deux ministres ont démissionné pour la circonstance, mais sont bien sûr déjà revenus depuis lors, porteurs de hautes responsabilités !

Seul résultat « palpable », on a dépoussiéré à la hâte un vieux projet de réforme de la justice et de la police. Sur papier, tout n'y est pas mauvais, mais les moyens manquent comme toujours et les nominations sont plus que jamais aux mains des présidents de parti …et la population belge est censée être anesthésiée à nouveau.

Mais voilà, cette collusion implicite des institutions politique, judiciaire et policière, ces résistances perpétuelles et ce manque flagrant d'authenticité dans l'inertie n'ont pas donné les résultats escomptés. Si l'enthousiasme d'un certain nombre de « comités blancs » en a pris un coup, une large majorité de la population n'est pas dupe. Bien sûr, elle avait cru que ce serait plus facile de se réconcilier avec le monde politique et avec les institutions ; elle avait cru qu'ensemble on allait pouvoir reconnaître des fautes et des erreurs du passé et repartir vers un avenir meilleur. Ce n'est pas ce qui s'est produit : la confiance reste largement ébréchée et la rage secrète de beaucoup persiste.

- -II. QUELQUES PHENOMENES PLUS PARTICULIERS.

Ils ont joué et jouent toujours puissamment. Je les présente sans ordre hiérarchique, tant il est difficile de les organiser les uns par rapport aux autres.

- 1. La faillite d'une fonction paternelle forte et cohérente.

Dans une démocratie, le pouvoir naturel est celui de la collectivité. Elle délègue à des organes législatif et exécutif une « fonction paternelle ». Elle attend d'eux l'exercice d'une autorité bienveillante sur la collectivité et sur d'autres institutions mises en place parce que nécessaires à la vie commune. Elle en attend la promotion de nouvelles lois voulues par les circonstances actuelles et prévisibles, elle leur demande des projets de société à discuter avec la population. Une « délégation de pouvoir » judiciaire et policière existe également pour veiller à l'application des lois existantes.

En Belgique, ces délégations de pouvoir ont accumulé, au fil du temps, pas mal d'usures et de déviations, qui altèrent l'identité de « service » qu'elles devraient conserver à l'égard de ceux qui les ont mises en place. Au moins durant ces dernières années, le parlement et le gouvernement ont manqué à la fois de créativité, de projet social et d'autorité. Au moment de la perception des grands dysfonctionnements qui nous occupent ici, le pouvoir politique a beaucoup gesticulé, a largement évité de se mettre en cause et n'a pas su imposer aux institutions plus directement défaillantes la reconnaissance de leurs fautes et la nécessité de passer par des sanctions.

A ce propos, il règne une certaine confusion quant au concept « d'indépendance » du pouvoir judiciaire par rapport au législatif. Essentiellement, le terme signifie que le second n'a pas à s'ingérer dans le travail quotidien du premier. De là à dire que le Parlement, lieu de délégation suprême du pouvoir collectif, n'aurait rien à dire quant à la définition d'une politique criminelle, quant à l'organisation et à l'évaluation générales du judiciaire et du policier, il y a un pas à ne pas franchir !

C'est à un barricadage dans des forteresses que l'on a assisté. La commission d'enquête a été vilipendée pour avoir tenté de dénoncer des errements dramatiques.

Parallèlement, et sans jamais se mettre en question, les institutions critiquées - police, justice - ont, pendant tout un temps, tiré à boulets rouges les unes sur les utres : dans cette sinistre cour de récréation qu'était devenue la Belgique, il n'y avait pas d'instituteur, pas de père, pour ramener à l'ordre des garnements déchaînés.

A trop contester et museler la voix du père, c'est un peu partout qu'une saine autorité se dégrade, et que se réinstalle un féodalisme anarchique. Une réforme de plus changera-t-elle cette anarchie, sans travail en profondeur sur les mentalités ? On peut en douter : il est bien connu qu'un État faible multiplie les lois, décrets et réformes qui promettent des lendemains meilleurs, sans jamais être capable de tirer des leçons du passé, de le sanctionner et de proposer un projet d'ensemble qui intègre le présent et prévoit l' avenir.

Conséquence de la dilution de la fonction paternelle de l'État : dans bien des institutions officielles, surtout celles dont les membres sont nommés à vie, on oublie largement que le pouvoir d'exercer des tâches spécifiques n'est jamais qu'une délégation de pouvoir confiée par la collectivité. Oubli trop souvent de mise, que l'on s'adresse à la Justice, aux forces de police ou à bien des administrations. Oubli encore plus flagrant lorsqu'on constate les pratiques de l'Office des étrangers à l'égard des « sans-papiers ». Ces institutions devraient considérer leurs missions comme un vaste service rendu à la population, même quand il s'agit de sanctionner ceux qui ont été repérés pour avoir transgressé la loi.

En lieu et place de quoi, trop souvent, le citoyen a l'impression de devoir mendier le droit d'être entendu, reconnu comme victime et/ou protégé par un système préventif qui serait adapté à ses besoins et à ses légitimes attentes.

Les suites de l'affaire Dutroux ont-elles changé quelque chose à cette situation ? Est-il possible de changer vraiment sans reconnaître d'abord que l'on a été dans l'erreur et que s'était effrité, voire perdu, le sens du service à rendre à des pairs en souffrance ? J'ai quelques doutes à ce sujet. L'on entend encore souvent des « penseurs » - pas seulement juristes - répéter que « la Justice n'est pas là pour être juste..., mais simplement pour que soit respectée la lettre des codes et des règles ». Que la collectivité entende énoncer sans piper mot un tel pervertissement d'une visée démocratique fondamentale ( une institution judiciaire juste...) est un indicateur inquiétant.

- 2. Dénégation spontanée et/ou désinformation orchestrée ?

Selon les psychanalystes, la dénégation est un mécanisme spontané d'auto-défense, qui protège un individu de la représentation mentale d'idées, de questions ou d'images très pénibles marquées par la culpabilité, la honte, l'angoisse, le chagrin, etc. L'individu non seulement refoule cette représentation insupportable, mais il affirme même bruyamment le contraire, Bruyamment, c'est-à-dire émotionnellement, avec indignation et/ ou en recourant à des argumentations pseudo-scientifiques qui démontrent l'impossibilité de ce qui vient d'être chassé de la mémoire : « Chez nous, dans notre bonne Belgique où les familles princières évoquent tellement le bonheur de Sissi, seuls quelques excités, emportés par leur émotion et non leur raison, pourraient penser que l'Etat maltraite vraiment les sans-papiers… ou qu'il existe une pédocriminalité organisée ... ».

Pour parler plus simplement, c'est la politique de l'autruche, ici pratiquée par le grand nombre, cette politique même que l'on reproche pourtant violemment aux mères témoins d'inceste, qui « ne veulent pas » le voir. Politique de l'autruche qui s'origine dans le manque de courage en nous, dans notre peur des complications, dans celle d'être agressés en retour par les monstres que nous aurions débusqués, ou tout simplement parce qu'il nous est insupportable d'être confrontés à la culpabilité que ferait naître en nous la prise de conscience de notre passivité.

Pourtant l'horreur existe, en Belgique comme dans tous les pays industrialisés. Le Tiers-Monde n'est pas le seul lieu où les enfants travaillent comme esclaves : il en existe aussi dans certaines maisons de chez nous. Il existe des bébés d'un an que l'on viole et des enfants - ou des adultes - que l'on torture et que l'on tue entre pervers, en rentabilisant l'opération via un snuff-movie .Comme il existe, chez nous, des familles entières de « sans-papiers » sans moyens de défense qu'on laisse végéter durant des mois dans des centres fermés, dans des conditions quasi-concentrationnaires.

0r, la représentation de ces horreurs, liée à celle d'une large impuissance à les soulager significativement, une bonne partie de la population ne la supporte pas : même si elle reste en colère et désapprouve certaines attitudes des institutions, elle a évacué la représentation des cancers moraux les plus pénibles présents en son propre sein. Il est plus simple de penser que les seuls vrais charniers n'existent qu'en Bosnie ou au Congo, et que ceux de Régina Louf n'étaient jamais que les délires de son imagination.

La dénégation produite par la collectivité a encore été renforcée par les attitudes et messages émanant des responsables institutionnels, mandatés pour informer et faire face à l'horreur. Certains, de bonne foi, ont construit ni plus ni moins la même dénégation que celle de la population ; avec néanmoins un incitant supplémentaire : ils pouvaient croire que leur dénégation garantirait à bon compte l'homéostasie de l'équipement et de l'organisation sociale en place.

Mais pour d'autres, il s'est agi de mensonges, pour couvrir leurs failles passées ou prévenir l'exigence d'une plus grande générosité, pour protéger des frères de caste défaillants, voire, pour certains, pour couvrir des trafics mafieux. Je n'en ai pas la preuve ? Non, bien sûr, sauf que de tels trafics ont été démontrés partout dans le monde : la Belgique, elle, s'attaque tellement peu à la criminalité très organisée que cela en devient des plus suspects ! Rétorquer avec mépris « II n'existe pas de preuves » ou encore « Coïncidence, cette livraison d'ecstasy le lendemain de l'enlèvement », n'est-ce pas destiné à stimuler le doute puis la dénégation de ceux qui tentent de tirer l'alarme ?

D'autres responsables institutionnels, peut-être plus nombreux qu'on l'imagine, n'ont pas été dupes et auraient aimé parler, exprimer leur déception et leur indignation face à leur propre institution. Ils ne l'ont pas fait. Je pense notamment ici aux « virages à 180° » de quelques membres de la commission Verwilghen.

Pour renforcer la dénégation dans la collectivité, ceux qui y ont intérêt soulignent les quelques inévitables points faibles, voire franches inexactitudes ou maladresses dans le témoignage et les attitudes de ceux qui dénoncent l'horreur, pour généraliser et prétendre que TOUT ce qu'ils disent est faux.

C'est ainsi que, bien trop souvent, la Justice ne fait rien du tout des allégations des enfants en matière d'abus sexuel parce que l'un ou l'autre point de détail est faux ou fantaisiste. C'est ainsi que des journalistes s'acharnent sur les faiblesses et contradictions des dires de Régina Louf, « pour en finir avec elle »... malgré le fait qu'au moins son agresseur principal a reconnu avoir abusé d'elle et qu'elle connaît sur la champignonnière, théâtre d'un meurtre de jeune fille non élucidé, des détails que seul un témoin visuel a pu mémoriser.

On utilise aussi les émotions présentes chez ceux qui dénoncent pour réduire leurs revendications à un débordement passionnel. C'est comme si, quand il y a émotion, il ne peut pas y avoir en même temps intelligence d'analyse. C'est ainsi que tout le mouvement de citoyen a été rebaptisé dédaigneusement, par quelques leaders d'opinion « Passion... émotion populaire ». Malheureusement, ça marche : un certain nombre d'intellectuels se sont laissés prendre à ce « rappel à l'ordre », presque honteux d'avoir accompagné un moment ce qui était redéfini comme la seule excitation du peuple.

Ceux dont on dénonce justement les comportements inacceptables ont encore l'art de détourner l'attention de l'essentiel, en clamant haut et fort que l'un ou l'autre de leurs droits n'a pas été parfaitement pris en compte, qu'on ne les a pas toujours complètement respectés, ou en exhibant leur respectabilité immanente, qui fait d'eux des citoyens au-dessus de tout soupçon. Tous les abuseurs d'enfants connaissent très bien cette technique, qui consiste à crier plus fort que ceux qui les accusent. Dutroux s'y est mis aussi dès l'automne 1996 et a donné à la cour de Versailles un excellent prétexte pour destituer l'impertinent juge Connerotte, et tenter de réduire au silence le procureur Bourlet. Et depuis, tous les professionnels mis en cause par la commission d'enquête essaient de démontrer à l'opinion publique qu'ils sont les martyrs de sa paranoïa.

Il y a aussi l'utilisation perverse de la notion scientifique de probabilité : on peut toujours démontrer qu'une probabilité faible n'est pas une impossibilité. La perversité, alors, est d'en faire un argument puissant pour mettre en doute ce que disent ceux qui amènent des probabilités inverses, pourtant beaucoup plus fortes.

C'est sur cette base que tant et tant d'abuseurs d'enfants, surtout les puissants, ne sont pas vraiment inquiétés. Pire, les enfants molestés par eux ne sont même pas protégés. C'est ainsi également que le juge d'instruction en charge de l'affaire Dutroux s'est obstinément accroché au postulat que Dutroux est un pervers isolé, et a multiplié les investigations cherchant à renforcer l'idée qu'il était techniquement possible qu'il en soit ainsi. Cette possibilité s'est vite transformée chez lui en intime conviction, et il n'a plus fait explorer sérieusement l'alternative au moins aussi vraisemblable des réseaux…C'est donc dans le vide que Dutroux s'est vanté à plusieurs reprises de pouvoir se faire tant de blé en kidnappant des enfants ...

Malheureusement, une fois énoncée, une dénégation tend à se rigidifier, à s'amplifier, à se légitimer de plus en plus : on part à la recherche, parfois forcenée, de « confirmations », en tordant l'interprétation de la réalité s'il le faut. Pourquoi ?

* A cause de l'évacuation de soucis et d'efforts que la dénégation entraîne ;

* pour des raisons narcissiques : on ne veut pas se ridiculiser en revenant en arrière ;

* par peur : si l'on revenait en arrière, on pourrait être accusé ou agressé par les victimes dont on avait dénié l'existence ;

* parce que la dénégation des uns a provoqué un bras de fer avec les autres, ceux qui ne dénient pas. Et à ce propos, c'est vrai qu'on peut se barricader, les uns et les autres, dans des retranchements extrêmes : ceux qui dénient font des autres des excités-émotifs en quête de sensationnalisme ; ceux qui ne dénient pas diabolisent ceux qui dénient, et en font des mafieux là où, pour beaucoup, la dénégation n'est qu'un mécanisme d'auto- protection. Les uns et les autres peuvent aller à la pêche d'arguments extrêmes, ou de signes qui n'en sont pas, pour se démontrer qu'ils ont raison. Finalement, chacun peut démontrer que l'autre n'est plus dans la vérité, en ne prenant pour preuve que les affirmations les plus folles de son discours.

Il faut toutefois se garder de se représenter ce dernier affrontement comme s'il s'agissait de camps parfaitement symétriques : en effet, tout respectable qu'il soit comme processus humain, l'ensemble du processus de dénégation fait sortir de la perception de la réalité : Tandis qu'en face, ceux qui s'accrochent aux indicateurs de cette réalité ont parfois des parties de discours excessives, parce qu'on ne les croit plus. Ils finissent alors par argumenter sur des fragments d'hypothèses... mais le cœur de leurs observations et de leur démarche reste réaliste.

- 3. Les protections.

Autre mécanisme aussi spontané que la dénégation, la protection consiste à préserver quelqu'un d'une enquête ou d'une sanction, alors qu'il est suspecté par des gens raisonnables d'avoir défailli ou fauté.

Les techniques en sont variées : refus d'ouvrir de nouvelles pistes d'investigation à risques ; déclarations verbales fracassantes quant à l'honneur de celui qui est mis en accusation ; oublis et erreurs « de bonne foi » sur des détails transmis par des témoins, etc.

Celui qui est protégé, à sa demande ou parfois même pas est un proche (membre de la famille, ami), un collègue (qui fait le même métier, ou un métier complémentaire dans la même institution), un membre de la même classe sociale, une institution identique ou analogue.

La protection la plus usuelle n'a pas consciemment d'intention délictueuse. Elle procède d'une analyse sincère, où celui qui protège croit vraiment que l'autre est accusé à tort. Elle constitue alors éventuellement une sorte de complément logique de la dénégation : on refoule l'idée que ce soit possible, et on s'auto-désinforme en multipliant, pour soi d'abord, des arguments de dénégation, que l'on finit par exprimer vigoureusement, et qui ont pour effet de protéger l'autre.

Il faut la distinguer de la " protection mafieuse, criminelle, ou perverse » : ici, une omission ou un mensonge actif sont commis délibérément pour qu'on ne touche pas à certaines zones et à certaines personnes. Malheureusement, dans un processus de groupe, la même zone noire pourrait être l'objet des deux types de protections, les sincères et les mafieuses, les protecteurs mafieux s'ingéniant d'ailleurs à désinformer les sincères. C'est probablement ainsi qu'on aboutit à affirmer qu'en Belgique il n'existe pas de réseaux de prostitution ni de pornographie infantiles, que Dutroux et son club étaient des amateurs isolés sans visée commerciale, et que Régina Louf est complètement folle. On a même cru bon de réunir, en une conférence de presse, un aréopage d'éminents magistrats pour achever de nous protéger... contre Régina Louf.

Pourquoi l'être humain se sent-il souvent poussé à protéger un proche, sur la demande de celui-ci ou spontanément ? Je ne diabolise pas ce mouvement : il constituerait probablement le premier réflexe de la plupart d'entre nous, si l'on accusait demain notre fils, notre conjoint d'une sordide horreur, et qu'il le déniait ... On peut vouloir écarter de ce proche la menace qui pèse sur lui, fût-elle légitime

* par pure amitié, solidarité et conviction sincère ;

* par intérêt, en supputant vaguement qu'un jour, le protégé d'aujourd'hui pourrait bien renvoyer l'ascenseur ; ou que tout le groupe d'appartenance pourrait en faire une valeur commune : on protège notre image sociale le plus loin possible ;

* parce qu'on a besoin de croire, dans le chef d'un proche, à l'existence partagée de valeurs et/ou de compétences ...

Protéger l'autre peut encore consister en une dénégation de la vulnérabilité de chacun, du combat entre le bien et le mal toujours à l'oeuvre en chacun ( « Si je proclame l'impossibilité que ce Monsieur " bien " soit pédophile, je dénie que puisse exister quelque chose de trouble chez tous les gens "bien ", donc chez moi » ).

Enfin, il existe parfois une sorte de fascination exercée sur certains par celui qui rompt le pacte, par l'ogre ou le monstre, par celui qui transgresse délibérément la Loi Humaine fondatrice de la vie sociale, Loi qui demande le respect de l'intégrité de l'autre. Une sorte d'identification partielle à ce bourreau peut surgir des fonds noirs de notre être et viser alors à légitimer son comportement ou à le protéger de toutes les façons. Ce serait un peu analogue au fameux syndrome de Stockholm troublant directement, lui, la relation de la victime et de son bourreau.

Et pourtant " protéger " sincèrement mais indûment un ami, un proche, un collègue, etc., ce n'est rendre service ni à lui, ni à la communauté, D'abord parce que cette protection conduit souvent à entériner de réelles injustices à l'égard de ceux qu'il a lésés. Ensuite, parce que l'on condamne les relations humaines à la non-authenticité, au faire semblant. On condamne celui que l'on protège à se mentir à soi-même, et à ne pas assumer sa propre humanité, avec les dimensions de richesses, de faiblesses et de rapport au Bien et au Mal que chaque existence inclut. La protection empêche de s'améliorer, puisque la défaillance n'a pas été reconnue, Elle nous empêche tous de reconnaître ce que nous sommes, êtres de richesses et de manques, invités à nous « achever » dans la socialité, en sachant que cet " achèvement " de soi ne sera jamais parfait.


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je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be

 

Création le 12 mars 2004.
Dernière mise à jour le dimanche 11 avril 2010.
Issu du site Observatoire citoyen.
DS.ds

 


Fin du dossier























































































































































































... Inutile de continuer à dérouler car ce qui suit n'est constitué que d'informations techniques automatiques dont les textes sont déjà repris plus haut.

... Ce qui suit ne mérite pas d'être imprimé pour les mêmes raisons et n'a rien à voir avec le texte du professeur Jean-Yves Hayez.





































 
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Bravo de m'avoir trouvé

Félicitations

Ce site a été composé par un bénévole sans aucune rémunération sinon l'estime et l'amitié du professeur Hayez.

C'est dans un mail que le professeur Hayez lui adressait qu'il l'a traité de fourmi laborieuse.

L'hébergement du site est situé sur lycos depuis le début en 2001 et nous les remercions ici d'avoir pratiqué cette action bénévolement également avec beaucoup de professionnalisme.

Malheureusement le site gratuit chez Multimania-Lycos a été supprimé par Lycos le 15 octobre 2006 pour une raison non expliquée. Nous le regrettons vivement et ceci altère fortement ce que nous disions au paragraphe précédent.



... L'empreinte digitale dans le coin gauche de l'en-tête appartient au pouce droit du professeur Jean-Yves Hayez ... a été retirée par souci de simplicité.







Vérification d'accessibilité

Le site est bien visible avec Internet Explorer 3.0 et plus et Netscape ( quelques instructions ignorées )

Vérification faite avec windows 3.0/95/98/XP

La présentation est prévue pour écran 640x480 mais est encore correcte avec les écrans plus grands 1600x1200 ou autres.


Mes plus vifs remerciements vont à mon webmaster, le docteur Guy De Saedeleer : sans sa créativité et son infatigable persévérance, ce site n'existerait pas.
Ce 22 septembre 2008,
Jean-Yves Hayez

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je serais très heureux de dialoguer avec vous à ce propos : jyhayez@uclouvain.be












 
























































































































































































































 



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n.b. Ce document s'imprime facilement : sept pages.

PLAN.

- -I. CE QUI S'EST PASSE ENTRE LES CITOYENS ET CEUX A QUI ILS AVAIENT DELEGUE DU POUVOIR INSTITUTIONNEL.

- -II. QUELQUES PHENOMENES PLUS PARTICULIERS.

- 1. La faillite d'une fonction paternelle forte et cohérente.
- 2. Dénégation spontanée et/ou désinformation orchestrée ?
- 3. Les protections.


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Pour télécharger ce site ...

Quelle confiance les Belges ont-ils
encore dans leurs institutions ?

... en format traitement de texte reçu du professeur Jean-Yves Hayez, vous avez les choix suivants :

Format word 9.0 pour imprimante couleur ( 08.11.2005 ).

Pour retourner à l'endroit dont je viens de partir.



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liste des mots-clés du site au 28 septembre 2005.

abus sexuel, accompagnement éducatif, adolescents abuseurs, adolescents, allégation d'abus sexuel, angoisse de séparation, angoisse, anxiété, assuétude, autorité parentale, beaux-parents, besoins psychiques des enfants, bizarrerie sexuelle infantile, cadre thérapeutique, confidences, confidentialité, conformisme, culpabilité, debriefing collectif, délinquance, dépendance, dépression, destructivité, deuil compliqué, deuil pathologique, éducation sexuelle, enfant abuseur, enfants, énuresie, éthique, équipes SOS-Enfants, famille, famille reconstituée, Familles restructurées, guerre, identité, infanto-juvénile, intervention de crise, Jean-Yves Hayez, jeux sexuels, livres, mendiants, mort, mort d'un proche, mots-clés, pédopsychiatrie, perversion sexuelle infantile, perversion sexuelle, peur, pornographie, protection, psychiatrie de liaison, psychothérapie, publications, relation de soin, réparations, réseau de santé, sanctions, secrets de famille, séparation parentale, sexualité infantile, sexualité normale, signalement, soins pluridisciplinaires, stress, SOS-enfants, suggestibilité, syndrome de stress post-traumatique, traumatisme psychique, trouble de l'endormissement, trouble du comportement, trouble psychique, urgences, violence, vulnerabilité.