Troubles alimentaires chez le jeune enfant


Opposition, refus, phobie


Dossier confectionné par J.-Y. Hayez (1)    
01 décembre 2011    

t40

Les difficultés alimentaires sont fréquentes chez les petits enfants avant cinq-six ans. Après, certains restent encore de « tout petits mangeurs », qui n'aiment rien, chipotent beaucoup ... mais sont néanmoins en bonne santé physique (  « le » signe de référence )

Avant cinq-six ans, à quoi a-t-on à faire ? Voici quelques causes non-exclusives l'une de l'autre :

 - L'opposition joyeuse et décidée ( ou râleuse et colérique ) autour de deux ans : l'enfant affirme son indépendance et son droit à dire Non dans ce domaine comme dans bien d'autres.

 - Le dégoût, l'aversion pour un type plus précis d'aliment qui ne lui plaît pas ; l'impression d'avoir été « agressé » par cet aliment et l'évitement de son contact ... C'est plus ciblé comme refus ... Question « Faut-il vraiment manger de tout ? Le faisons-nous, nous les adultes ? »

 - La phobie pour un type d'aliment ( souvent les solides ), parce qu'il y a eu une expérience très traumatisante dont l'enfant se souvient. L'expérience peut concerner l'aliment directement ( brûlure, étouffement ) ou indirectement ( l'aliment a été associé à un traumatisme : par exemple, douleur dans la bouche suite à des aphtes )

 - Le grave manque de plaisir à manger par la bouche chez les enfants qui ont dû précocement être nourris artificiellement ( atrésies de l'œsophage, par exemple )

 - Les très jeunes enfants déprimés : ils existent et souffrent souvent de (quasi) anorexie de longue durée

 - Et pour terminer des anorexies longues et graves d'origine somme toute assez mystérieuses.

Tous les problèmes s'aggravent si les attitudes parentales sont inefficaces ( démission ; dépression ; angoisses excessives ; escalade et bras de fer )

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I. Beaucoup de mamans m'écrivent

parce qu'elles sont très préoccupées, malheureuses et anxieuses, à cause des difficultés alimentaires durables de leur enfant, souvent un petit de moins de six ans.

Je peux comprendre leurs émotions, parce que ces enfants mettent à mal une partie primitive et importante de la fonction maternelle : le nourrissage !

Or, quand on essaie de comprendre ce qui se passe, c'est souvent en bonne partie toujours la même chose :

- Tout petit, l'enfant a été traumatisé d'une manière ou d'une autre par une ou plusieurs expériences alimentaires, et parfois, on ne le voit pas tout de suite.

- Ensuite, les traumatismes continuent et s'aggravent : c'est l'ambiance d'orage, d'émotions lourdes, d'angoisses, parfois de violence qui s'engage autour des repas.

- L'intelligence de l'enfant, ici trop petit, ne lui permet pas déjà de comprendre pourquoi il vaudrait mieux faire les efforts qu'on lui recommande (pas avant six, sept ans)

Donc, on devrait pouvoir se dire qu'il faut faire preuve d'une infinie patience, quitte à ce qu'un médecin de famille ou un pédiatre surveille l'enfant, par exemple tous les trois mois. C'est les grandes lignes de cette attitude que je détaille dans le texte ci-dessous, en m'inspirant de la demande d'une maman précise.

A l'avenir (après le 01/05/2016), si des parents m'écrivent encore à ce propos, je les renverrai à ce texte ci-dessous, de référence générale, et je n'ajouterai un petit quelque chose à ma réponse que de temps en temps, si je constate qu'il y a quelque chose de très spécifique dans leur situation. Mais c'est rare !

Voici donc le texte de référence :


Chère Madame,

Je vous propose d'ouvrir sur mon site le lien www/jeanyveshayez.net/t40-alim.htm
et de lire tous les témoignages d'autres mamans et mes réponses :

Ma philosophie est toujours la même : Avec ces petits enfants traumatisés par l'alimentation, mais aussi par tous les orages relationnels et consultations multiples qui ont eu lieu autour, il faut :

- Retrouver infiniment de calme, de patience et de sérénité : par exemple, pour un enfant de quatre ans, ça peut prendre deux ans de la faire évoluer très lentement

- Cadrer les moments de repas : par exemple 4 à 5 x 20 minutes par jour, montre en main

- Banaliser ce moment : pas d'émotions fortes exprimées par l'adulte qui accompagne, mais seulement un gentil sourire et de l'espérance.

-Si l'ensemble de la famille va se montrer suffisamment calme et presqu'indifférent à lui, le mettre pour une partie de ces temps-repas en présence de " grands " qui mangent.

- Donner à l'enfant ce qu'il supporte et apporter assez souvent, mine de rien, un tout petit peu de " nouveau " ; insister un peu, de façon souriante, pour qu'il accepte de faire l'expérience ; s'il refuse, lui dire : " Ce n'est rien, tu aimeras ces choses nouvelles en devenant plus grand "…donc, vite laisser tomber si l'essai est infructueux.

- Faire contrôler sa bonne santé par le médecin ou le pédiatre traitant tous les trois mois

- Et rester patient, patient, patient, patient …

Bien à vous,


II. Je vous propose néanmoins, pour illustrer mon propos, quelques échanges de courrier tenus avec des parents

 - Une maman m'écrit parce que Liam, son petit garçon de trente mois, ne prétend pas manger de l'alimentation solide. Antécédent traumatique. Phobie alimentaire chez un enfant de trente mois.

 - Une autre maman m'écrit pour une problématique analogue chez Victor (4 ans) Ici un antécédent traumatique précoce (reflux) explique peut-être en partie un évitement, mais j'analyse aussi la situation comme une manière de s'affirmer, de se différencier ...
Victor (quatre ans) et son alimentation sélective

 - Et c'est encore le cas de la maman de Zoé
La sélection alimentaire de Zoé (32 mois)

 - Et encore de la maman de Nora
Une fillette de quatre ans petite mangeuse

 - Une autre maman m'écrit parce que sa fille de trente mois ne veut plus manger de solide après qu'elle (le bébé) ait été témoin d'un étouffement alimentaire spectaculaire de sa maman Phobie alimentaire bébé 30 mois (cas n°2)

 - Une éducatrice m'écrit à propos de la sélectivité alimentaire de Mattéo (trois ans) qui ne semble liée à aucun traumatisme repéré : Sélectivité alimentaire chez un jeune enfant (trois ans)

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III. Je termine par un article écrit en 1984

avec A. Manfredi et R.M. Thomas dans la revue Neuropsychiatrie de l'enfant et de l'adolescent. Il s'intitule A propos d'un cas de refus alimentaire chez un enfant de 30 mois. Il a presque une valeur historique, mais j'ai toujours une certaine tendresse pour ce que j'y ai écrit.

Mots clés

TROUBLES ALIMENTAIRES, refus alimentaire, opposition alimentaire, phobie alimentaire, étouffement, alimentation sélective, dépression du bébé, anorexie du jeune enfant, dégoût alimentaire, évitement, angoisse, anxiété, psychothérapie mère-enfant.

Si vous voulez en discuter avec moi

(1). Psychiatre infanto-juvénile, docteur en psychologie, professeur émérite à la Faculté de Médecine de l'Université Catholique de Louvain, premier chef du service de Psychiatrie Infanto-Juvénile des Cliniques universitaires Saint-Luc.
Courriel : jyhayez@uclouvain.be

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Création le 01 décembre 2011.
Dernière mise à jour le dimanche 01 mai 2016.
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